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  • : danielle vioux
  • daniellevioux
  • : Femme
  • : 17/07/1949
  • : PACA
  • : écriture théâtre artistes textes projets
  • : Envie de créations croisées. J'écris, et je lis! Vous dansez, jonglez, musiquez, peut être que des passerelles peuvent se créér, peut être que des créations éphémères ou pas peuvent voir le jour. Suis en région PACA.

créations passées

Jeudi 5 novembre 2009
Affiche du film de Georges Méliès



DECROCHER LA LUNE

 

 

« Décrocher la lune ? »

Le jeune stagiaire regardait les hommes d’un air inquiet. Les autres se retenaient pour ne pas rire. Certains frisaient l’apoplexie. Ce n’était pas tous les jours qu’on pouvait s’amuser un peu ! Le stagiaire, lui, pâlissait à vue d’oeil. Il avait le vertige avant même d’être monté à l’échelle. Il se demandait ce qu’il faisait là et regrettait avec amertume d’avoir choisi

L’entreprise  La Gagnante pour faire son stage  sur les conseils de son prof de maths et de ses parents. .

 

 La lune était une décoration en carton pâte rescapée de la fête d’Halloween. Ce soir là, l’entreprise avait autorisé tous les employés à cesser le travail trente cinq minutes plus tôt afin de se livrer à une demi-heure de joie conviviale, chapeaux de sorcières et cotillons, citrouilles en pâte à sucre, pastis, vin, bière et  petits gâteaux salés. Rien de tel pour fédérer les troupes et apaiser les rancoeurs. On avait même embauché un DJ pour assurer l’ambiance musicale et les gars du bureau d’études  de Lyon accompagnés d’un directeur des ventes et d’un directeur technique  avaient fait le déplacement en avion pour bien montrer que la hiérarchie s’intéressait à tout le personnel. Après la fête, la boite responsable de la déco avait tout remballé prestement  mais avait omis de récupérer la lune accrochée au plafond du grand hall. C’est alors que les derniers gars  passablement éméchés, qui tardaient à rentrer chez eux,  eurent cette brillante idée : demander au petit jeune de monter à la grande  échelle et  de la décrocher, car, disaient ils, le lendemain, quand le travail aurait repris, ça ferait quand même désordre, et l’équipe de Lyon avait bien souligné que sans ordre pas d’efficacité, et sans efficacité pas de profit.

 

Le stagiaire, résigné, commença à grimper sur les premiers barreaux. Il n’était resté après la fête que parce que l’un des gars devait le reconduire chez lui, assez loin en banlieue. Un , deux, trois. Il s’arrêta, regarda les hommes, qui le regardaient :  "Aaaaalleeeeeez ! " s’exclamaient-ils joyeusement pour l’encourager. Quatre, cinq, six. L’échelle trembla un peu. Cependant une ou deux voix commençaient à s’élever avec quelque discordance dans le convivial concert. Bon, ça suffit, arrêtez. La plaisanterie a assez duré. Le gamin à peur, il a peur, voilà tout. S’il a un accident, vous imaginez les conséquences ! Sept, huit, neuf. L’échelle tremblait de plus en plus, ou était ce le jeune stagiaire ? Curieusement, les voix qui le soutenaient dans son désir de ne pas monter lui donnaient le courage de monter plus haut encore. Dix, onze, douze. L’échelle commença à glisser imperceptiblement. Un cri s’éleva et les hommes n’entendirent pas la femme de ménage entrer avec l’aspirateur et les seaux. Deux hommes se précipitèrent pour tenir l’échelle. On entendit un grand soupir de soulagement.

 

Treize, quatorze, quinze, seize, dix-sept, dix huit.  Le gamin était presque en haut mais il était clair que de toute façon, l’échelle était  trop courte. Même au dernier barreau, il n’atteindrait pas la lune en carton pâte qui se balançait doucement au bout d’un fil.  Tout à coup, un bruit, et tous les regards se détournèrent. La jeune femme de ménage  avait commencé à escalader prestement l’un des murs, en s’aidant des aspérités diverses, lampes, étagères, moulures, décorations. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire elle était déjà suspendue par les pieds au  plafond, décrochait la lune et , tenant le fil entre ses dents, la faisait descendre assez bas pour que le stagiaire puisse la récupérer. Il y eut un silence parfait, puis les applaudissements crépitèrent, sincères, ravis. On pouvait vraiment le dire, ceux qui étaient partis plus tôt avaient  raté le meilleur de la fête !

 

« Si tu attends que j’aie fini mon travail, dit la jeune femme à l’adolescent, je te raccompagne. C’est quand même plus sûr . » Les gars  partirent un à un, en partie dégrisés par toutes ces émotions contradictoires. L’intensité du bonheur qu’ils avaient éprouvé quand la fille avait escaladé le mur et fait ses acrobaties imprévues, le sentiment que ce moment où elle avait tenu entre ses dents la décoration de carton pâte   et l’avait approchée doucement de la main tendue du stagiaire  était précieux et rare,  tout cela les troublait un peu. Ils marchaient songeurs jusqu'à leurs voitures, comme si quelque chose s’enfuyait déja, une idée qu’ils avaient été tout proches de saisir mais qui leur avait échappé, finalement.

 


Par danielle vioux
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Lundi 2 novembre 2009

Une aventure de Magda détective


Assise dans un vieux fauteuil de cuir défraîchi, Magda regardait le vieil homme allongé inerte sur le lit, vêtu d’un costume anthracite dans lequel il flottait un peu. Elle n’éprouvait aucune tristesse, malgré l’affection qu’elle lui portait, car il avait quatre-vingt-seize ans et avait eu somme toute une bonne vie, pleine d’amis, d’amours, d’engagements divers, de musique et de bons repas partagés. Son visage pâli était paisible et même presque malicieux, comme s’il avait fait une bonne blague. Magda le regardait pensive. Il essayait de lui dire quelque chose, mais quoi ?

Quelques jours plus tôt, le vieil homme lui avait téléphoné. Il ne se sentait pas très bien et souhaitait lui confier un secret. Cela avait à voir avec la famille, apparemment, la nièce qui le gardait et son mari, ainsi qu’avec une autre nièce qui semblait attendre avec hâte sa disparition. 


Le vieux Siméon avait malheureusement enterré sa femme Claudie trente ans plus tôt et le couple n’avait pas eu d’enfants. Ses deux héritières étaient ses deux nièces, Sophie la fille de son défunt frère Albert, qui logeait chez lui avec son mari Jacques depuis huit ans afin de s’occuper de lui, et Marina, la fille de son frère Raoul, qui dépensait joyeusement l’héritage de ses parents et tentait depuis longtemps de persuader le grand-oncle de lui céder la maison en viager et de partir en maison de retraite...

 

Magda se souvenait des soirées d’autrefois avec Siméon et ses amis, des gens de tous âges , extravagants, colorés, fraternels. Avec eux elle se sentait adoptée et  protégée. Ils s’intéressaient à elle et lui parlaient comme à une adulte, alors que pour ses parents elle n’était qu’une gamine dont les opinions importaient peu. Chez Siméon, la vie était une aventure permanente. On ne savait jamais si la soirée se terminerait en jam session improvisée, en sortie nocturne pour installer du land art aux alentours de la maison, ou en collage d’affiches révolutionnaires sur les murs du centre ville . Plus tard, Magda avait continué à rendre visite au vieil homme chaque fois qu’elle revenait voir ses parents. Les amis des fêtes de jadis disparaissaient un à un, mais la maison gardait comme un écho généreux de leurs voix et de leurs rires. C’était avant que Sophie vienne s’installer chez lui, quand il était apparu évident qu’il ne pouvait plus vivre seul. Sophie et son mari étaient des gens généreux mais le mari de Sophie aimait le calme. Finies les fêtes, les amis, les amours. Heureusement, Valentin, le fils de Sophie et  Jacques, s’était mis à la musique, et jouait jeux interdits avec bonne humeur et détermination à la guitare tandis que son grand-oncle l’accompagnait d'une oreille indulgente au saxophone. Un gamin sympa, Valentin. Qu’était-il devenu ?

 

Mais voici que Magda se ressaisit. Fini les rêveries. Reprenons. Siméon est mort avant de révéler son secret. Sophie dit qu’il y a un testament qui stipule que la maison lui revient puisqu’elle s’est occupée de lui , tandis que Marina clame qu’il y a un autre testament qui lui donne la maison à elle seule, puisque Sophie et Jacques en possèdent une autre où ils vivaient avant. « Mais où est le saxophone ? » se demande Magda. Jacques veut le vendre mais Sophie dit que si Valentin le veut, ce sera un souvenir de son grand-oncle. Magda sursaute. Sophie entre, justement. « Au fait, dit-elle, je ne sais pas pourquoi mais mon oncle avait toujours dit que si vous veniez, il faudrait vous faire écouter ça » . Et elle met un CD dans le lecteur. Un frisson hérisse la peau de Magda, tandis qu’à travers la voix de la chanteuse, Siméon semble s’adresser à elle. « je vous laisse écouter », dit Sophie, et elle sort.

 

« A fleur de mots je me balance
et lance un message à la mer
mon talisman, mon jour de chance
je t’invite , entre dans la danse,
le printemps vient après l’hiver »

 

Une vieille chanson que Magda aimait écouter quand elle venait chez Siméon . Une rengaine un peu sucrée sur laquelle aimaient improviser tous ces musiciens fous qui peuplaient la maison ; « Ca ne m’avance pas beaucoup » pense Magda. « Qu’est ce que tu veux, Siméon ? Que je danse autour de ton lit de mort ? » Puis elle se reprend. Une rengaine « sucrée » ? Bien sûr ! Il s’agit de ce tour de « magie » que Siméon lui faisait autrefois. Elle cherche des yeux le bocal de sucres enveloppés de papier que Siméon a toujours récupérés dans les cafés. Il est là, sur l’étagère. Le papier de deux des sucres n’a pas été recollé. Un verre d’eau à présent. Juste pour le plaisir car Magda peut déjà lire les mots sur les morceaux. Le sucre tombe dans le verre et les mots affleurent à la surface de l’eau peu à peu. " arbre"  et "cabane" .  Valentin entre. Magda reconnaît les yeux et sourire de l’enfant sur le visage de l’adulte. « Viens, dit elle. J’ai quelque chose d’important à te montrer ». Ils sortent tous deux devant les yeux ébahis de Sophie et de Jacques. En route pour le petit bois derrière la maison, leurs mains se cherchent et se trouvent en un mouvement libre et naturel.

 

Dans la cabane en haut de l’arbre il y a un paquet et le dernier testament de Siméon qui partage sa propriété entre ses deux nièces, car, dit-il, « dans sa vie il n’a jamais pu choisir entre la cigale et la fourmi », et lègue « la boite du saxophone avec tout ce qu’il y a dedans » à son petit-neveu Valentin. Dans la boite, il y a le saxophone , mais aussi des gros rouleaux de billets comme si le grand-oncle avait dévalisé une banque avant de mourir, et un billet d’avion pour deux personnes pour Salvador da Bahia, Brésil. Valentin regarde Magda. Il dit : « Autrefois tu étais trop grande pour que j’ose … » . Elle sourit : « C’est d’accord, . Je n’ai rien de prévu pour les mois à venir. Mais la guitare?…». Il dit : « J’ai appris le saxophone aussi . Une fois qu’on a commencé…»

 

« A fleur de mots je me balance
et lance un message à la mer
mon talisman, mon jour de chance
je t’invite , entre dans la danse,
le printemps vient après l’hiver ….»

 

Dans le petit bois retentit la mélodie et c’est Magda qui chante, la voix un peu serrée à cause de l’émotion, mais assez juste, et avec la certitude que ce cadeau est à cueillir et savourer comme il le mérite, c’est à dire avec passion et folie. Là bas, dans la grande maison, sur son lit, le vieux Siméon semble toujours sourire.

Par danielle vioux
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Samedi 24 octobre 2009



Les feuilles mortes

 

Les feuilles mortes

Ne font plus recette

Dans les dessins d’écoliers

 

Les feuilles mortes

Font pour le mieux

Dans ce monde moderne

Mais parfois

La colère les prend

 

Les feuilles mortes

N’aiment pas les bottes des enfants

Le cambouis des motos

Les emballages plastiques

Les mégots mal éteints

Tu parles d’une vie

 

Les feuilles mortes

Aimeraient bien dé-mourir

Juste un instant

Sentir la sève

A nouveau

Dans leurs nervures engourdies

 

Les feuilles mortes

En ont un peu marre des poèmes

Bla bla bla l’automne et tout ça

Les montagnes qui rougeoient

Et la douce mélancolie

 Et la sagesse et gnan gnan gnan

Elles voudraient bien

Une vraie histoire d’amour

Torride

 

Les feuilles mortes

Rêvent d’un futur

 

Les feuilles mortes

Le restent

 







Par danielle vioux
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Dimanche 11 octobre 2009
La consigne était de partir d'une photo de Pandora , "Bac de noeuds"




pardon à "Kline", l'auteur et inventeur de Magda détective, pour cet emprunt......quand j'étais petite, je lisais les aventures de Magda et je l'aimais bien car elle était tout sauf potiche...j'avais en fait assez peu de souvenirs de ses aventures mais plutôt du personnage, et elle est revenue plusieurs fois habiter mes histoires. Pour illustrer cet article, je suis allée chercher Magda dans les méandres du web et la voici, assez américaine ma fois... La mienne s'est orientalisée un peu.





Une aventure de Magda détective

 

Soudain, Magda éprouve le besoin de s’asseoir, là, tout de suite. Une fatigue la prend, lui encotonne les jambes, lui brouille la tête. Allons, il ne manquait plus que ça. Deux mois d’enquête pour rien. Le client s’impatiente. Et la voilà malade. Une femme s’approche, lui parle,  sa voix résonne  comme en une immense cathédrale. « Je vais bien, dit Magda. Juste un petit malaise. » Le sol s’approche de son visage et elle ne peut que le laisser venir à elle en s’excusant. Pardon, pardon. Puis, plus rien. Le noir. L’absence.

 

Ensuite, il y a des journées de fièvre au milieu du quartier des lavandières. Allongée sur un châlit ouvert de coussins aux couleurs passées, Magda boit l’eau fraîche et les thés parfumés, puis un jour le bouillon revigorant. Plus tard on lui apporte les fruits cuits au four, et finalement, un vrai repas. Les visages se précisent, femmes-ombres dont les rires en cascades s’abritent derrière des murs blancs. Les hommes sont tous en mer pour des mois. Elles vivent là ensemble dans un quotidien feutré, paisible, souvent joyeux. Le temps s’étire et Magda somnole sur les coussins, boit le thé brûlant, sourit sans comprendre.

 

Un jour une femme s’approche. Elle n’est pas brune et mate comme les autres, mais blonde au teint clair. Elle parle la langue de Magda, mais comme au ralenti, comme si la vie en ce village l’avait rendue déjà autre. Elle tient les mains de Magda et les caresse tandis qu’elle parle. Elle masse les mains de Magda avec des huiles  odorantes et elle raconte.  «  C’est mon mari qui vous envoie, n’est-ce pas ? Il vous a payée pour me retrouver. Il croit que je suis partie avec un amant . Il croit que je suis victime d’un chantage ou que je veux le faire chanter, lui, et que j’ai vidé  le coffre de la maison pour cela seulement. Il se trompe. »

 

Magda pense à son client. Un homme riche et impatient, habitué à être obéi. «  Retrouvez mes bijoux. Si ma femme veut rentrer, qu’elle demande pardon. Si elle ne veut pas, qu’elle aille au diable ». La femme a t elle trouvé le diable ? Pour l’instant, elle sourit  plutôt comme quelqu’un qui a trouvé la paix. « Il n’y a pas d’amant, dit elle. Peut être un jour. Pour l’instant, je suis bien ici, simplement, avec elles. Quant aux bijoux……. » Elle se dirige vers un baquet rempli de linges tordus, torsadés, noués, essorés, à l’autre bout de la pièce à peine meublée ou Magda a dormi tous ces jours passés. Elle soulève le linge et là, au fond, prend les diamants, les cercles d’or, les pierres rouge sang, bleu lagon, jaune comme l’œil du diable ou son mari l’a envoyée. Toujours souriante elle s’approche de Magda, la pare, la décore comme un arbre de Noël. « Gardez ce que vous voudrez, dit-elle. Puis remettez le reste sous le linge, dans la bassine. » Et elle tourne les talons, tandis que Magda se met à rire, à rire, sans pouvoir s’arrêter.



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Par danielle vioux
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Jeudi 1 octobre 2009
Consigne : Un dialogue




RUPTURE / RENCONTRE

 

 

Rupture ( 2003)

 

Le hall d’un théâtre avant le spectacle. Bruits de conversation. Anne arrive en courant vers Léo qui attend.

 

Anne : L’étudiante était en retard. Désolée mon Léo-léo

 

Léo : Arrête avec ce nom ridicule.

 

Anne : Personne n’a entendu.

 

Léo : Je déteste me donner en spectacle.

 

Anne : Tu n’es pas à une contradiction près.

 

Léo : Tiens. Ton billet.

 

Anne : J’ai quelque chose à te dire.

 

Léo  : Moi aussi.

 

Anne : La galerie ?

 

Léo : Non. Ce type ne comprend rien .

 

Anne : Tu ne me demandes pas comment s’est passée ma journée ?

 

Léo : Comment s’est passée ta journée ?

 

Anne :J’ai décroché le contrat

 

 Léo : C’est ça ta nouvelle ?

 

Anne ( trop fort)  Non. Ca c’est juste un hors-d’oeuvre.

 

Léo : Tu es tellement théâtrale.

 

Anne : J’ai des émotions, c’est tout.

 

Long silence

 

Anne : Michaël avait de la fièvre

 

Léo : C’est courant chez les enfants

 

Anne : Je sais, c’est mon troisième

 

Léo : J’essayais d’être gentil

 

Anne : Tu vas avoir l’occasion.

 

Léo : Ca veut dire quoi ?

 

Anne : Je suis enceinte

 

Léo : De moi ?

 

Anne : Ca ne mérite même pas de réponse

 

Léo : Tu m’avais dit…

 

Anne : Je sais. Je le croyais moi aussi.

 

Long silence

 

Léo : C’était ça ta nouvelle.

 

Silence

 

 

Anne : Et la tienne ?

 

Léo : Je te quitte.

 

Anne : A cause du bébé ?

 

Léo : Non

 

Anne : Tu cherchais une excuse. Je te connais.

 

Léo : Ne vas surtout pas croire qu’il y a une autre femme.

 

Anne : Tu n’aurais jamais osé s’il n’y avait pas eu de bébé..

 

Léo :  Tu étais si indépendante autrefois.

 

Anne :  Tu t’es occupé de ça.

 

Léo : Je me suis occupé de tes enfants aussi.

 

Silence

 

Anne : J’ai menti. Il n’y a pas de bébé.

 

Elle pleure. Il la regarde. Silence. Il part. Elle entre dans la salle de théâtre.

 

 

II   -Rencontre  (1998)

 

Médiathèque  de petite ville. Préparation d’une expo de Léo. Anne , qui travaille à la médiathèque, a été chargée de l’aider.

 

Léo : Vous, là, les clous.

 

Anne : Mot magique.

 

Léo : Quoi ?

 

Anne : S’il vous plait.

 

Léo : S’il vous plait.

 

Anne : Même Michaël !

 

Léo : Qui ?

 

Anne : Je n’aime pas ce vert.


Léo : A cause du cuivre.

 

Anne : Même.

 

Léo : Tant pis.

 

Anne : Mais le reste, si.

 

Léo : Vos yeux, votre bouche

 

Anne :Quoi ?

 

Léo : J’aime

 

Anne : Agrafeuse, s’il vous plait.

 

Léo : Votre parfum

 

Anne : Merci

 

Léo : Vous n’êtes pas obligée.

 

Anne : Pour l’agrafeuse.

 

Silence. Il   va travailler plus loin.

 

Anne : Un verre, ce soir ?

 

Léo :  Et comme ça, qu’est ce que vous en dites ?

 

Anne : Chez moi ?

 

Léo : C’est bien, non ? L’espace est mieux équilibré

 

Anne :  Vous me plaisez

 

Léo : Excusez moi, je n’entends pas

 

Anne : Dépêchez vous un peu

 

Léo : Il ne viendra personne, c’est sûr

 

Anne : On parie ?

 

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Par danielle vioux
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Mardi 22 septembre 2009

consigne: un évènement chamboule tous vos plans....Le texte doit contenir les mots ( dans l'ordre) "Il fallait bien que ça arrive..."


 

 

 

 

Tragédie

 


Il fallait bien que ça arrive… Ils ont téléphoné chez moi aujourd’hui. Résultat, ma mère est au courant pour tous les cours que j’ai loupés. Le pire, c’est quand elle a demandé à voir mon carnet, avec tous les mots signés de ma main, assez fidèles à l’original d’ailleurs, on peut dire que je me suis bien entraîné. Résultat, les chutes du Niagara, ma mère  effondrée en larmes sur le divan du salon, se flagellant pour se punir d’avoir enfanté un monstre. Mon père faisant les cent pas d’un air sinistre, me prédisant un avenir d’escroc, de bon à rien, de sdf,  de gangster. Ma soeur, quant à elle, gloussait de rire dans sa chambre, je l’entendais depuis le salon. Trop contente la sister, la voilà bien vengée de toutes les fois où il lui ont interdit quelque chose sous prétexte qu’elle est une fille et que je n’ai pas levé le petit doigt pour venir à son secours. 

 

Un instant, j’ai cru qu’elle m’avait dénoncé, je me suis dit que j’aurais dû acheter son silence.. Mais non. C’était beaucoup plus simple, et j’avais tout prévu sauf ça. J’avais réussi à persuader les autorités du lycée que mon grand père était hospitalisé, mon petit frère fiévreux , ma présence nécessaire pour soutenir ma famille, ma maison inondée, mes parents en plein divorce tragique, que je souffrais d’une maladie chronique que l’on arrivait pas à diagnostiquer précisément, et quelques autres histoires du même genre. Je regardais les profs et l’administration avec sérieux, avec bonne volonté, parfois je réussissais même à fabriquer deux ou trois petits larmes tout à fait convaincantes, et comme  ces absences étaient judicieusement réparties sur l’année et que mes notes n’étaient pas mauvaises malgré tout, on ne me posait pas trop de questions. Bref, ce paradis qu’étaient mes promenades au bord de la rivière, mes rendez vous avec Mathilde, mes rêveries, mes poèmes, mon univers à moi, tout cela aurait pu durer longtemps encore…. 

 

Mais voilà. Il y a eu la grippe. Celle dont ils parlent à la télé tous les jours. Et quand ils ont décidé de fermer le lycée, ils ont vu que j’étais absent depuis deux jours et ils ont gentiment pensé à prévenir mes parents pour que je ne retourne pas en cours lundi…... Ma mère a poussé un cri . A l’autre bout du fil, quelqu’un, une voix de femme, a-t-elle raconté ensuite à mon père, lui a dit qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. Quelques jours de plus chez moi me feraient le plus grand bien puisque j’avais été un peu souffrant, et me permettraient de me remettre tout à fait avant de reprendre le collier avec le courage et le sérieux  dont j’avais toujours fait preuve depuis mon entrée au lycée. Elle a même ajouté que ma mère pouvait être fière de moi. 



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pour lire les textes que d'autres ont envoyés aux impromptus, c'est ICI
Par danielle vioux
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Jeudi 17 septembre 2009
       cliquer ici  sur l'image


Ca y est!


 on peut écouter "Be yourself" avec 2 autres textes sur le thème "Delinquency" sur le site onceuponapodcast.com.

   ou cliquer ici

C'est un projet de Roni Weiss   (cliquer sur son nom  pour en savoir plus)

Si vous préférez lire, le début de la pièce est sur l'une des "pages" dans la colonne de droite




Par danielle vioux
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Mercredi 16 septembre 2009

Un texte écrit pour "Impromptus littéraires"  ( lien dans la colonne de gauche): Consigne: le texte doit commencer par    "Ses doigts effilés aux ongles soignés caressaient....."

 




Les mains blanches

 

 Ses doigts effilés aux ongles soignés caressaient le contrat avec une douceur obscène. Un contrat de quarante deux pages  avec de nombreux passages en petits caractères que le vieux Bastien , assis en face de lui de l’autre côté du large bureau high-tech,ne pouvait pas lire de tout façon.. Il y avait longtemps qu’il ne pouvait plus se permettre de faire renouveler ses lunettes. « Excusez-moi, monsieur , dit-il avec douceur, mais je n’ai pas vraiment le choix, n’est ce pas ? »

 

-         On a toujours le choix, Monsieur, heu…Bastien… Lambert…

-         Il ne me reste plus rien, vous le savez bien.

-         Sans doute avez vous dépensé trop vite et sans prudence, Monsieur Lambert. Vous auriez du prendre un conseiller financier.

 

Bastien ne répondit pas. La rondeur poupine du visage de l’homme derrière le bureau contrastait avec ses longs doigts qu’on aurait dits comme neufs, aseptisés, inhumains. Le visage, orné de lunettes fines,  lui donnait l’air étonné mais roublard d’un vieil  enfant satisfait.  Bastien se rappela soudain une chanson que chantait son grand père.

 

Ils ont les mains blanches
Les mains maquillées
Ils ont les mains blanches
Par l'or elles sont souillées
Ca sent le trafic, c'est sale, c'est malsain
Voilà c'qu'on appelle un poil dans la main !


-Pardon ? dit l’homme avec une légère touche d’agressivité qu’il n’avait pas tout à fait réussi à contenir. Que chantez-vous ? Pourquoi riez-vous ?

« Je ne m’étais pas rendu compte que je chantais, dit Bastien », et l’homme crut le voir se redresser un peu, prendre confiance en lui en quelque sorte, ce qui n’était pas cohérent avec la situation, mais après tout, il retombait sans doute en enfance. « Quant à rire, ajouta Bastien paisiblement, c’est avec les chansonnettes une des dernières choses que je peux m’offrir, voyez vous. Mais finissons-en. Lisez-moi le résumé de ce contrat et je le signerai. »


L’homme lut : « Monsieur Bastien Lambert, ayant épuisé la retraite qui lui a été versée à l'âge de soixante dix ans, il y a dix ans, et ne pouvant plus subvenir à ses besoins, étant sans famille vivante, accepte de se vendre comme esclave à Monsieur  Jean Foxy-Crook, directeur de la banque Shark Ltd, lequel s’engage à le nourrir et le loger contre dix heures de menu travaux quotidiens dans sa maison de campagne, jusqu’à ce que Monsieur Lambert soit trop vieux ou trop invalide pour s’acquitter de ces travaux. Il sera ensuite dirigé vers une structure apte à gérer la situation »

 

Bastien signa et alla s’asseoir dans le hall, en attendant que l’on vienne le chercher pour le conduire chez Monsieur Foxy-Crook. Par la fenêtre il contemplait un ciel immense ou flottaient des nuages dorés par le couchant. Il songea au tableau qui ornait la salle de classe de son enfance. Un peintre Anglais dont il avait oublié le nom. Un nuage dessina un instant les traits de Rose-Marie, morte depuis quinze ans déjà, et Bastien sourit. Avec un peu de chance, il mourrait avant qu’on ait à l’emmener à l’abattoir.

 

 

 

 

 

Par danielle vioux
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Jeudi 10 septembre 2009
Texte écrit pour Impromptus littéraires

Consigne "Une contrée imaginaire"
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Oubliés

4 ianvrou

Ca y est, j’ai réussi. Je suis passée. Je n’écrirai pas ici comment, au cas où ces writpism tomberaient entre leurs mains. Je ne voudrais pas causer d’ennuis à ceux qui m’ont aidée. Moi, ils peuvent m’interroger. Je ne dirai rien.

 

6 ianvrou

Je me suis installée dans un petit  albregho  proche de la mer, au bout de la plage. La mer est d’un violet sombre aux reflets argentés, le sable d’un blanc bleuté. Quelques pêcheurs essaient d’améliorer leur ordinaire mais on dit que les eaux de cette mer ne renferment plus grand chose. De baigneurs, point. Le patron de l’albregho est un vieil ours taciturne et discret, ça me convient. Il ne pose pas de questions. Quand je suis rentrée à l’heure des repas il dépose sur la table devant moi une assiette remplie  de plats étranges mais qui sentent bon et que je dévore volontiers . Si je suis dans ma camroom il frappe à la porte et dépose mon repas devant, à même le sol, sans attendre que j’ouvre. J’ai le sentiment d’être la seule cliente. Il est vrai que l’endroit n’incite guère au tourisme avec ses sombres rues presque désertes et ses habitants pressés dont on ne croise jamais le regard, que le vent est glacial depuis hier et que l’albregho, de surcroît, grince de tous ses murs à vous donner le frisson.

 

14 ianvrou

 

A force de traîner dans le quartier de Sbyhar et d’y boire des srevez  seule à ma table en observant les  consommateurs, j’ai fini par lier connaissance avec quelques habitués qui me tolèrent, faute de mieux. Je ne sais combien de temps il me faudra pour avoir une vraie conversation avec eux. Je ne peux pas rester ici indéfiniment.

 

20 ianvrou

 

Curieusement, c’est le patron de l’albregho qui m’a parlé le premier. Il m’a même dit son nom : Avmal. Ici, c’est une marque de confiance énorme. Je lui ai dit le mien, enfin, celui que je me suis donné ici, Nelzia. Il a souri. Je sais qu’il sait que je mens. Peut-être ment-il aussi. Pour le reste, il m’a parlé des rites de fravel , qui arrivent bientôt. Il m’a conseillé de me cacher pour regarder. Il dit que c’est dangereux pour une étrangère. J’ai osé lui demander si les Autres seraient là. Il  m’a regardé, à hésité. «  Toutes les nouvelles lunes de fravel et d’agsto, oui »

-Et vous aller devoir leur donner......

-Oui. On ne peut pas faire autrement. C’est le prix à payer.

Je sens la vieille peur qui revient, mais aussi l’excitation du danger et de l’inconnu. Je voudrais bien contacter Rez44, mais il faut attendre que le vaisseau soit  suffisamment proche pour pouvoir relayer mon pauvre falamicr vieille génération, ce qui devrait tomber aux pleines lunes de ianvrou, dans trois jours

 

7 fravel

 

Plus que deux jours avant les nouvelle lunes. Dans le quartier de Sybhar  je suis devenue plus proche d’un groupe d’hommes et de femmes qui semblent préparer quelque chose. J’ai été tentée de leur dire d’où je viens et pourquoi je suis là, mais je ne l’ai pas fait. Ils portent tous des vêtements qui cachent en grande partie leur corps. Je sais pourquoi. Je sais que leur corps a été mutilé, amputé bien des fois déjà. Je crois qu’ils vont se révolter . Je crois que j’ai choisi le moment parfait pour venir sur cette planète.

 

15 fravel

 

Je suis cachée dans la cave d’Avmal. Les Autres sont venus sûrs d’eux et repartis en déroute, mais ceux d’ici  y ont laissé bien des vies aussi.  Avmal a disparu et je n’ai presque plus de provisions. Je n’ose pas sortir tant que je n’ai pas une chance de courir au  ponton de décollage pour y retrouver mon passaviek, s’il est encore vivant. Pas après avoir vu les Autres, l’horreur des affrontements, le sang sur le sol, les deux couleurs mêlées. Ma plugcard est pleine d’images et de sons.  Ils me croiront enfin là bas. Ils sauront que ces signaux captés à l’observdom n’étaient pas imaginaires . Ils sauront que les ancêtres de  ces terriens émigrés troisième génération n’auraient jamais dû écouter les promesses des beaux parleurs. 

 

22 favrel

Avmal est rentré dans la nuit. Un vrai sourire, le sourire de quelqu’un qui a fait ce qu’il fallait.

-         Tu vas partir , Nelzia ?

Je l’ai trouvé beau avec ce sourire là, avec son visage fatigué, ses vêtements recouverts de poussière rouge. Il n’y avait pas de poussière rouge à proximité de la ville, de la plage ou de l’albregho.

-         Tu voudrais retourner sur terre, Avmal ?

-         Non, c’est chez moi ici. Malheureusement, c’est aussi chez les Autres. Ils étaient là avant nous. En nous installant ici, nous avons envahi leur espace, modifié l’équilibre de leur écosystème et détruit les petits animaux  et les plantes dont ils se nourrissaient pour y installer les nôtres….Pour eux, il n’est que juste que nous…..

-         Mais la révolte ? les morts ? Vous vous êtes libérés, non ?

-         Libérés de quoi ? Ca fait des décennies , Nelzia. Ils peuvent tout aussi bien dire qu’ils doivent se libérer de nous, qui nous sommes installés chez eux sans y réfléchir...Ca ne rime à rien. Ils partent et ils reviennent. Ils nous tuent, nous les tuons. Parfois ils sont plus forts, parfois c’est nous. Mais on n’arrive pas à trouver de solution. Et pourtant, il faudra bien qu’on y arrive, un jour. Je reviens de chez eux. J’ai parlé avec leurs dirigeants. Je parlerai encore. C’est dur, à cause de tout ce qui nous sépare. C’est déjà dur de se comprendre avec un voisin. Alors, tu imagines !

Il caressait mon visage. Je caressais le sien. Nous sommes restés  ainsi longtemps. Et d’une manière toute naturelle, je l’ai suivi jusqu’à sa chambre.

 

Je ne dirai rien

Je ne dirai rien.

Les beaux parleurs  règnent toujours sur ma planète.

A quoi bon les amener ici ?

Ils ne feraient qu’envenimer les choses.

Ils ont déjà fait assez de mal.

Je vais détruire ce wripism.

 

A quoi bon le dire à ceux de chez moi.

Je ne dirai rien 

Je reste

 

Je n’ai pas peur des Autres.

 

Nous parlerons ensemble, un jour.

 

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Par danielle vioux
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Mercredi 9 septembre 2009

"Toucher l'instant", telle était la consigne des "Impromptus littéraires", atelier d'écriture sur le web ( lien dans la colonne à gauche)









le mistral a fraîchi l'eau

 je dérive en algue

 visage offert au soleil





Par danielle vioux
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