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Présentation

  • : Le blog de danielle vioux
  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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Prologue


trouver le temps,dire

que ce qui est inévitable n'est pas ce qui importe

chercher, créer, réfléchir

ajouter le petit ruisseau de ses pensées à la rivière des autres

dévorer le monde

avant d'être dévorés par lui

trouver le temps

le voler, s'il le faut

 

 I    -          RECIT d'ALIAS : La rencontre

 

 

 

La table était mise pour sept. La maison n'avait pas été pillée. Tout était resté sur la nappe à fleurs jaunes et bleues. le pain avait durci. Des feuilles étaient tombées dans la cruche d'eau. Une musique tournait en boucle depuis combien de temps? Une semaine? Davantage?

J'ai serré la main de l'enfant et l'ai assis sur une chaise. Je me suis installée à côté. Ni l'enfant ni moi ne parlions. Nous regardions. Une paix rassurante dans ce paysage figé où la musique ajoutait une petite vie dérisoire comme la bande son d'un film démodé.

Le soir tombait quand les trois silhouettes apparurent en contrebas, au bout du chemin, bien visibles par la porte restée ouverte.

Nos coeurs se mirent à battre plus fort  ; nos regards cherchaient déja une cachette , une porte de secours...

 

Soudain, l’une des silhouettes commença une chanson. D’abord en sifflant. Personne ne siffle plus . C’était comme un écho d’un passé que nous n’avions pas connu. Puis en fredonnant. Puis les mots vinrent. De l’italien peut-être. Non, autre chose. La nouvelle langue des voyageurs sans doute. Je reconnus des bribes, je creusai ma mémoire. Nous ne pensions plus à nous cacher. Nous n’avions plus peur. Nous allions peut être nous faire assassiner pour une chansonnette dont nous tentions de deviner  le sens. Mais c’était plus fort que nous. Nous sommes sortis pour les voir et les écouter, moi portant l'enfant sur ma hanche comme nous en avions pris l'habitude depuis que je l'avais trouvé dans les éboulis avec ses jambes écrasées.

 

Resteri los canson dal praster

Quald   tus varera enallas

Ia  t’émérrad pra sempro

Massi bellora  demis  damoir

 

C’est une chanson d’amour, dit l’enfant. Une larme coula sur sa joue. Il l’essuya brusquement. Les trois étaient assez près pour qu’on les distingue bien. Le premier , le chanteur,avait une trentaine d’années, peut être plus . Les cheveux roux, longs, surmontés d’un vieux chapeau. La peau claire mais noircie de suie ou de poussière. Le regard  bleu vif. Cela aussi était étrange. On ne croisait plus que des regards éteints, des visages résignés.

 

Le deuxième était un vieil homme qui s’appuyait sur un haut bâton décoré comme ceux de la vallée de Gikei. Trois couleurs : pourpre, vert clair, bleu océan. Ou bien l’homme avait été membre d’un conseil de ville, ou il avait volé le bâton. Mon père était de Gikei. L’homme l’avait peut être connu avant son voyage.

 

Le troisième était une troisième. Un petit chevreuil de fille aux cheveux courts hérissés, souple et bondissante, avançant par gambades malgré la pente montante du chemin . Elle lançait des bouts de mélodie pour accompagner la chanson de l’autre . Elle riait de ses dents blanches ou peut être était-ce la suie sur son visage qui les faisait ressortir ainsi. Si ce n’était le visage maussade du vieillard, le trio inspirait confiance….une folie peut-être. L’enfant me regarda et je le regardai. Je dis, à quoi bon ? Il aurait fallu fuir plus tôt. Il dit : J’en ai assez de fuir. Il dit : Chante. Et je chantai , du plus profond de mes souvenirs :

 

 

Sferzelli dol Laminense

Dov recordaste  flumonal

Nallo brasterial

Vela , val valle valleri

Amro amr sempradlor

Amro amr sempradlor

 

Les trois nous suivirent à l'intérieur et s’installèrent à notre table , le roux et la fille toujours souriants, le vieillard sombre comme un crépuscule en forêt. Je déposai l'enfant à nouveau sur une chaise et courus à notre cachette chercher  le pain dur, la gourde avec de l’eau claire et bonne à boire, des baies sauvages qui ne paraissaient pas contaminées. Nous avons partagé ces trésors. Le vieillard a sorti une pipe et des grandes feuilles qui ressemblaient à du maïs, qu’il coupa méthodiquement et fit brûler en dégageant une fumée âcre. Je ne fumais pas mais c’était un troc que je ne pouvais pas refuser. L’enfant avait monté le son de la machine qui diffusait en boucle un vieil air d’opéra. Nous étions silencieux sous les étoiles.

 

Dans ma tête, je pensais : Leurs noms. Personne n’a dit son nom. Et tout à coup je me rendis compte que ni l’enfant ni moi ne connaissions celui de l’autre, pourtant cela faisait bien dix ou quinze jours que nous faisions route ensemble, lui acroché à ma hanche et se faisant léger malgré son âge, il devait bien avoir huit, neuf ans. Nous nous étions choisis sans poser la question que l’on posait en premier autrefois. Alors pourquoi maintenant ? Le nombre ? L’impression que peut être nous étions en train de construire une famille ?

 

La famille:

Lems, l’homme au bâton, irascible et courbé, la mémoire d’autrefois, vieil homme où est la sagesse du vieil âge ?

Zelda, la fille écureil, la fille chevreuil, la danseuse de chemins ,

Chuva, l’homme aux chansons , la voix qui berce et fait danser, la poudre d’or dans le regard , la mesure du temps en ce  temps de la démesure

Pratz, l’enfant, brune tignasse (ne l’ai pas encore dit) tisseur de rêves et joueur de billes avec les cailloux du chemin quand je le pose à terre, Pratz qui parle aux aigles et aux insectes.

Et moi, Alias, celle qui adopte et lit dans les étoiles, celle qui cueille et cuit les herbes qui ont résisté pour emplir les estomacs et soigner les mauvaises douleurs, Alias à l’ancien nom oublié.

 

Drôle de famille. Famille choisie pour nous par le hasard……………….choisie par nous sur le chemin de hasard.

Pleine lune. Demain, nous repartons.

 

II -    Récit de  Chuva : L’usine

 

L’usine était une fournaise où je ne voulais plus aller. Bien m’en a pris. Ce jour là ils ont tous sauté et pas mal de maisons à la ronde aussi. Je n’y étais pour rien. Marginal mais pas assassin. Quand je n’aime plus , je pars, c’est tout.

 

Je chante et les gens donnent des pièces ou à manger. Je frappe mon tambour adjbé pour marquer la mesure quand la chanson devient danse. Voir danser les gens et danser moi-même voilà qui me donne la certitude d’être en vie. Parfois j’ajoute quelques acrobaties, empruntées ici ou là dans mes voyages, danses-combats où danses-défis, comme on les faisait encore il y a une génération. C’est vrai, je voyageais bien avant que le grand exode ait jeté les gens sur les routes. Maintenant c’est celui qui reste qu’on remarque . Mais je me dis, un jour il faudra s’arrêter. Chaque jour est pire que la veille. Chaque paysage a eu son lot de ravages et de destructions. Alors, pourquoi toujours ailleurs ? C’est avec ce gâchis planétaire  qu’il faudra compter si l’on veut inventer quelque chose . Après, c’est maintenant. On y est jusqu’au cou. Certains n’ont pas su nager, paix à leur âme.

 

Pourquoi j’ai commencé par cette usine, je n’en sais rien. Peut être parce que j’y ai laissé deux doigts dans une machine un jour d’inattention. Peut être parce que c’est le dernier endroit ou  j’ai essayé de faire semblant de pouvoir vivre cette vie là. Peut être parce que la fille qui travaillait en face était  ardente et belle……..va savoir ! Je crois bien qu’elle a sauté avec les autres, quel gâchis.

 

Depuis tout petit je suis comme ça . Ma mère et mon père étaient morts quand j’avais quoi, trois quatre ans, ma tante m’a élevé comme elle  pu, mais elle ne m’a pas enseigné la stabilité, c’est sûr. L’instinct de survie et les techniques qui vont avec, oui. Je l’ai vue assommer d’un coup de pied fatal un rôdeur qui en voulait à son argent et à son corps, le pauvre , il s’était trompé d’adresse. Fallait pas essayer de l’embêter, mais à part ça une femme pleine de générosité, qui a gagné sa vie sans rien demander à personne. Elle est morte il y a deux ans. Une sale maladie comme l'environnement pourri en produit de plus en plus. Enfin bref. Je suis comme je suis et finalement ça ne me réussit pas trop mal. Je pourrais presque dire que je suis heureux.

 

 

 

 

 

III - Récit de Zelda : La route

 

 

 

La route m’a chopée comme un papier tue-mouche chope une mouche, sauf qu’elle , elle peut plus bouger et elle meurt, moi c’est juste le contraire, je bouge et je vis. Arrête tes conneries,disait mon père, et il me filait une baffe, dans ses meilleurs jours. Les jours pires j’en parlerai même pas. Un jour y en a eu marre. Pourquoi ce jour là plutôt que la veille j’en sais rien. Les flammes au loin peut-être et les cris dans la rue. Je me suis dit ça peut pas être pire que chez moi et je suis partie avec mon sac à dos mes balles et mes massues. Au début j’ai eu plus de remarques sur mes bleus et mes blessures que j’en avais eu tout le temps de l’enfance,de l’école et de tous ces trucs . A croire que les sauvages de la rue, ces hooligans bigarrés au langage tour de Babel, ils étaient plus attentifs que tous les civilisés institutionnels qui s’étaient penchés sur mes appels au secours déguisés en fugues, insolences et mauvaises notes diverses. Bref des amis j’en ai vite eu un bon millier, et tant pis si passées les premières tchatches ou les premières étreintes on se revoyait plus jamais. Moi c’est comme ça que je me suis construite et marraine la fée a veillé à ce que j’aie un stock de préservatifs, une bonne initiative. De toute façon peu à peu je me suis calmée et un gars comme Serafino avec son chien noir et ses fringues de carnaval, par exemple, je suis bien restée avec lui deux, trois mois, un record pour moi, je parle pas de mon père, lui j’avais pas choisi, qu’il crève. J’avais dit que j’en parlerai plus, bon c’est la dernière fois, juré craché.

Serafino et moi on avait un numéro d’acrobatie, moi j’adorais , il avait l’air maigrichon comme ça mais il avait de la technique. On vivait bien, jusqu’au jour où de couvre-feu en décret d’utilité publique, ils ont pratiquement interdit les saltimbanqueries et autres spectacles de rue, pourtant si nous on n’était pas d’utilité publique alors je sais pas qui l’est. Tu regarde les sourires des gens et les yeux des mouflets et tu sens  bien que tu es plus utile que l’ aspirine, ptêt’ même bien que les anti-dépresseurs, ils carburent tous à ça vu l’état du monde, enfin ceux qui peuvent s’en procurer, depuis qu’ils ont liquidé la solidarité-santé y a plus grand monde qu’a les moyens.

Après Serafino il y a eu Babou, puis Serge, puis Vava, une fille de l’est, c’était plutôt bien notre partenariat et on a fait de la bonne route ensemble, mais bon, tout passe tout casse tout lasse comme elle disait tout le temps Vava.
Quand les choses ont commencé à aller vraiment mal j’étais dans le sud pour y passer un hiver pas trop dur, mauvais calcul. Je suis repartie aussi sec. Direction la montagne, chercher un coin tranquille, attendre que ça se tasse. C’est là que j’ai rencontré Chuva, puis Lems.

 

 (à suivre)


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