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  • : Le blog de danielle vioux
  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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Cette lecture est composée de 6

  textes de 3 à 20 mn et de 2 chansons originales. Durée totale environ 1h. 

Me contacter si intéressés ( page d'accueil, colonne de gauche, en haut)

 

Ici ou ailleurs2 [DVD (NTSC)]-copie-2

 

 Le début du 1er texte: LA FORET COMME UN SONGE

 

 

Le chemin serpente à flanc de montagne au milieu des prés en friche emplis de ronces là où paissaient autrefois les vaches, là où la mère avait même fait un bout de jardin, avant la mort des trois autres dans une épidémie de mauvaise grippe, avant la naissance de Jean et la mort de la mère, avant la terreur du père et son propre corps souillé. Les prés puent la mort et la souillure, la violence du père, l'odeur de l'alcool, les peaux demi-pourries des ours qu'il va chasser comme un damné , arpenteur de forêt, chasseur de misère . Pourtant un sentiment inconnu

 

commence

 

 

 

 

 

à naître en elle, une étrange jubilation, mais elle n'a pas encore tous les mots pour se le dire, seulement ce fourmillement dans le ventre, écho d'une furtive caresse de sa propre main un jour de rêveuse accalmie, et puis le cœur, et l'être tout entier comme une chanson d'église, je suis partie, je ne reviendrai jamais.

Comme elle passe au dessus du village l'église sonne le premier coup de cloche pour la messe du matin et le désir absurde d'y courir l'arrête dans sa marche décidée. Mais elle secoue la tête comme pour chasser un rêve et serre Jean plus fort en reprenant son chemin. Les rires et les moqueries, les coups peut-être. Et pourtant les couleurs et les étoffes et la musique à l'intérieur de la grande église aux vitraux de merveille. Autrefois oui. Fini. La fille de Joseph le chasseur d'ours. Monstre fille de monstre. Marie la sauvage, la renarde enragée qui mord la main trop proche et cependant subit le poids du père sans broncher, pierre parmi les pierres, morte déjà. Marie l'excommuniée. La silencieuse. La folle. Marie qui ce dimanche de novembre, délivrée, cavale comme une chèvre en serrant très fort Jean contre elle, loin de la maison du père, loin de l'église des hommes, vers la forêt.

Ce n'est pas la forêt des ours où son père défie la mort et insulte ses démons en un long cauchemar crépusculaire. Non qu'il n'y ait pas d'ours ici sans doute, ni de sangliers, de loups, de renards, de corbeaux, d'aigles, de chevreuils. Mais c'est la forêt de la vieille Gabrielle Sarnon, que tout le monde a surnommée "sans nom" depuis longtemps, tant est grande la peur qu'ils en ont tous , de cette pauvre vieille courbée, branlante, qui fait des soupes revigorantes avec trois herbes des champs et du bouillon de pas grand chose que tout le monde prend pour des potions du diable. Gabrielle Sarnon, petite sarne, petit fagot. Elle a au moins cent ans, comme dans les contes que disait la mère. Elle chantonne plus qu’elle ne parle en un long discours aux animaux, aux arbres, plus rarement aux êtres humains. Un jour elle est apparue sur le seuil de la maison du père avec une marmite de soupe. Une autre fois elle est venue masser le petit Jean avec des onguents qui ont fait tomber une mauvaise fièvre. Mais surtout elle parlait sans s’inquiéter du silence de la petite fille, elle lançait les mots comme des rubans et Marie s’en trouvait enveloppée, comme bercée.  /// A suivre....///



 


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Le début du 2e texte

: SAMEDI

 

 

 

 

 

 

 

Le samedi c’est plus tranquille. Il y a moins de monde. Je retourne au camp avec mon appareil photo . Elle est là avec les deux plus petits. Elle traverse le terrain et je ne vois qu’elle comme un soleil. L’éclair du flash. Elle lève les yeux et le soleil vire à l’orage. Pas de sourire sur son beau visage usé de fatigue. Le soleil a hâlé sa peau. Elle me fixe avec dureté sous les longues mèches de sa frange. Je ne bouge pas mais je jette des regards obliques pour voir si ses frères ou le reste de la famille sont dans les parages. Mais non, je le sais bien, ça fait des semaines que je les observe. Tout à coup je ne suis plus sûr de rien. Hier, ce matin encore, je ne pensais qu’à cette photo. Qu’à voler son image. Ou demander, peut-être. S’il vous plait, laissez moi prendre un cliché, juste un. Cliché, tu peux le dire, me nargue la petite voix dans ma tête. Cliché. Ce que tu imagines de sa vie. L’idée que tu te fais de sa pauvreté.   

 /// A suivre......///

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 Le début du 5e texte:  CAFE-MIROIR

Nous sommes face à face, silencieuses. Le temps s’étire et se disloque tandis que je prends la mesure du secret révélé. Par les hautes fenêtres arrive la rumeur de la ville, bourdonnements et cris, chansons sifflotées, appels, grincement des poulies et vert roulis des canaux. Le silence s’épaissit et nous plombe au sol, immobiles. Le silence tisse un manteau de pourpre usé qui éloigne de nous la ruelle vide avec ses pavés usés, juste de l’autre côté des fenêtres, et plus loin les canaux et le port.



-Je te fais un café ?

Sa voix résonne, incongrue, absurde. Un café ? C’est bien le moment. Est-ce qu’on offre à un

mort de se reposer un peu ? Me voici éveillée à jamais, innocence perdue, les yeux grands ouverts, dans cette conscience douloureuse d’une vérité longtemps cachée. Je l’accepte pourtant, ce café, et je le bois ensuite, assise sur une chaise à haut dossier, à l’extrémité d’une longue et lourde table en bois, tandis qu’elle m’observe d’un regard presque bienveillant, de ses yeux noirs si familiers ; non, familier n’est pas un mot assez fort, il n’existe pas de mot assez fort pour dire l’intimité de miroir de son regard. Je bois le café parce que c’est ce qu’on fait dans ces cas là pour briser le silence, on offre et on boit du café, ou toute autre occupation aussi banalement réconfortante, tout plutôt que le pesant silence qui installe pour toujours dans nos vies un avant, un pendant et un après.



Plus tard, je rencontre un homme. Dans une autre vie, nous avons vécu ensemble. Je me souviens de notre dernière nuit, il y a des siècles, toute de bruit et de fracas, et de la première, il y a des millénaires, douceur et temps étiré. Je le suis dans un bar ou il m’offre un chocolat chaud qui dessine sans doute un hiéroglyphe blanc perlé autour de ma bouche comme il en dessine un autour de la sienne. Il dit que j’ai changé, il s’inquiète. J’essaie de toutes mes forces de regarder son visage, je pose mes mains sur les siennes pour en sentir la chaleur, mais rien n’y fait. Mes mains glissent jusqu’au marbre froid de la table, mon regard glisse jusqu’au miroir tavelé ou je vois le visage de l’autre.



Je rentre à l’hôtel. Dans la chambre voisine, il y a une famille avec des enfants. J’entends les " chut " des parents presque aussi fort que leurs jeux et leurs rires. C’est sans espoir, je ne dormirai pas. Dans mon lit j’essaie de me fondre avec le néant. Pour la première fois j’entrevois l’infini bonheur de cette possibilité. On dirait que je suis grain de terre et que nul ne saurait me distinguer du grain voisin. Non ! pas ça, justement ! C’est bien de moi de me clôner en pensée à l’infini, le mal par le mal en quelque sorte. Dans cette ville d’ailleurs, ce n’est pas la terre, mais l’eau, forcément, qui accueille et berce les douleurs qui nous déchirent en même temps que nos pauvres corps fatigués. J’imagine comment ce serait de se laisser glisser dans ce linceul poisseux et glacé. J’imagine la brume au dessus du canal et la voix d’un homme criant qu’il voit quelque chose qui flotte, là. Je m’imagine n’imaginant plus. Inimaginable. Ca me fait rire, bêtement. Et le rire romp le sortilège.



Dans la rue à nouveau, je passe devant des vitrines de masques, de vins fins, de dagues aux manches serties de pierres colorées. Je vais la tuer, elle, et tuer l’autre aussi, puisque autre il y a. Je vais me vêtir d’une cape et masquer mon visage, leur donner la mort plutôt qu’à moi même, après tout je n’ai rien demandé, moi, j’aurais pu vivre tranquille sans cette lettre qu’elle m’a envoyée.

 

 

 

Elle sort avec peine de dessous le père. Il est étalé endormi dans l'odeur du vin et cette fois il était si saoul qu'il s'est endormi avant. Elle ne sent pas la douleur de toutes les fois où il l'a forcée mais sa tête lui fait mal, elle a heurté en tombant le gros poêle éteint. Le père est lourd et il grogne un peu, la terreur la prend mais non, il ronfle, encore une jambe, le pied, ça y est. Elle frissonne dans la pièce humide et glacée. C'est novembre et le feu est éteint depuis longtemps. Jean ne se réveille même pas quand elle le prend dans son berceau. Elle attrape la couverture et l'enveloppe dedans, puis elle décroche sa vieille cape . La porte grince un peu mais elle se sent libre, elle n'a plus peur. C'est dimanche, elle a onze ans aujourd'hui et au plus profond de son ventre une certitude. Elle ne reviendra plus jamais .

 

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