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  • : Le blog de danielle vioux
  • Le blog de danielle vioux
  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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LILI DU MARQUIS

 

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"Lili" , Salon,juillet  05
Théâtre de 1001 portes
"choeur de la mémoire des arbres"









Prologue :  Un drôle d’animal

 

 

La  fille

 

 : La mémoire est un drôle d’animal qui ruse et s’esquive et laisse juste un zigzag de couleur sur la neige. Et encore, c’est de notre mémoire à chacun que je parle. Alors la mémoire des autres, comment la transmettre juste, comment offrir et recevoir cet encombrant et précieux cadeau ?

 

 On ne parle jamais assez aux vivants tant qu’ils le sont encore. Ensuite, il faut faire comme on peut avec les bribes qu’on a, reconstituer le puzzle comme mademoiselle Botrel ses cartes de géographie, et encore, elle avait tous les morceaux, elle, ou peut-être qu’elle égarait parfois la Lozère ou le Morbihan et les reconstituait à sa façon, simplifiée peut-être,  embellie sans doute, mais assez justes finalement.

 

Avec mon père il y a eu ces heures d’enregistrement et pourtant je retombe toujours sur les mêmes histoires, les mêmes repères dans ce passé parallèle et cependant perdu : le pré en pente et le père revenu des tranchées, le chariot jouet,  l’institutrice, l’histoire du foulard, le certificat d’études . Dans le désordre parce que le foulard c’était plus tard, la silhouette de mon père très jeune homme avec ce foulard, le tracé de ses pas sur les chemins de la forêt et sur les routes du village. Les chuchotements et les rumeurs qui le suivaient comme ils avaient suivi l’institutrice . « Lili du Marquis, vraiment c’est de famille, son père déjà……. »

 

Mon père il s’en foutait bien et même il en rajoutait, il a toujours aimé choquer le bourgeois. En même temps il tenait assez à ce sobriquet à rallonge qui aurait pu le faire passer pour noble , si tous n’avaient pas connu la vieille histoire de l’ami venu rendre visite à son grand père et commentant ainsi la beauté du paysage autour de la maison en lisière de forêt : «  Bon Dieu, ici vous êtes aussi à l’aise que chez un Marquis. » Cette histoire je l’ai entendue cent fois, mais combien de questions sans réponse parce que je ne les ai pas posées à temps ? Qui dormait dans la chambre du haut ? Que disait ta sœur pour te consoler quand ton frère moyen t’avait battu ? Ta mère avait elle toujours cet air triste des photos ? Alors j’invente, j’imagine, si bien que tout est faux et cependant tout est vrai, comme une histoire, comme la vie.

 

 

 

Scène 1  (1913 à 1916) : Un pré en pente

 

(Chœur de la mémoire des arbres) 

 

Rayon de soleil -chaud- gratter tête . Bouger un peu, moitié endormi . Pousse toi, mais pousse toi donc . Coup de pied , simulacre de bagarre, sommeil , seule la haine est vraie . Ma place, ta place, toujours . Essaie un peu d’appeler maman, tu verras ce que je te ferai  . Il pleure, le plus petit des deux. Mais maman, ça, non, jamais, même si les larmes en traînées sales sur les joues, même si envie de chaud autour . Maman dehors déja sans doute, charrier l’eau , charrier le bois, des choses qu’on ne sait pas . Maman pas là, maman fait tout . Maman regarde la route , beaucoup .

 

 

Lever. Soupe chaude sur le poêle. Epaisse aujourd’hui . Bonne. Bol ébréché, toujours pour le petit . Coule un peu .Tant pis . Frère moyen crie, frappe. Courir vite. Se cacher. Le temps passe dans le nid odorant du foin de l’année dernière .

Sent bon . Chaud . Se rendormir  .  

 

 

Journée en champ les vaches, avec grande soeur, plutôt gentille , caresse un peu, gratte, mais pense à d’autres choses, sourit, pleure, sais pas, maman dispute. Grand frère calme, beaucoup parti , travaille aux routes . Rentre tard, des pièces, des sous , maman contente un peu . Frère moyen parti à l’école . Tranquille, assis dans le pré en pente avec grande soeur . Soleil, chaud , gratter tête, école bientôt aussi . Pas à côté de mon frère , je veux  . Apprendre à lire oui, mais assis tout seul .

 

 

En fin d’après midi un visiteur apparut au bout du chemin . L’enfant était seul avec les vaches et le chien . Il s’étonna que le chien ne montrât pas les dents à cet inconnu  . Le chien s’approcha de l’homme et le sentit soigneusement . Il ne lui fit pas fête mais retourna s’asseoir satisfait ,comme pour bien montrer qu’il était à son poste et faisait ce qu’il y avait à faire . L’homme, vêtu de manière étrange et chargé d’un sac assez lourd, ne s’arrêta que pour  laisser le chien sentir son odeur . Il repartit vers la maison, boitant un peu, sans presque regarder l’enfant  .

 

 

Veillée du soir . L’homme est resté . Mangé soupe, polenta , bu la gnôle .Parti pisser dehors . Maman, pourquoi il a une robe cet homme . Maman rit . C’est ton père, c’est son manteau de soldat qui lui traîne aux pieds, pour lui la guerre est finie, le revoilà . 

 

 

Dans la nuit la mère a gémi . L’enfant aussi , qui ne l’avait jamais entendue se plaindre ainsi dans le noir . Le frère moyen lance des coups de pied rageurs .Tais toi, mais tais toi donc .

 

 

Le lendemain, dans le pré en pente, l’enfant se fabriqua son premier jouet ,avec des bobines de fil de sa mère et des morceaux d’une caisse cassée . C’était un petit chariot qui ne roulait pas parce qu’il avait fixé les bobines tant bien que mal mais il apprendrait .Peut -être à l’école . L’instituteur savait sans doute faire des chariots qui roulent . En attendant il entassa dedans de l’herbe et des petits cailloux et rêva longuement d’y atteler des grenouilles ou des criquets . C’était le premier jouet de sa vie et il avait fallu qu’il le fabrique lui-même . Ce jour là, il se sentit grand .

 

Scène 2  (1919) L’école

 

 

La maîtresse, Eulalie Botrel

Une vingtaine d’enfants de six à quatorze ans

(Le premier prénom peut être remplacé par le 2e pour une distribution avec 4 femmes et 3 hommes seulement. Henriette, Séraphine, Ernestine, Lili, Albert, François, et Mlle B.)

Ou tout autre arrangement..

 

E B : J’espère que nous ferons du bon travail ensemble. Je sais que vous étiez très attachés à votre maître Monsieur Lepraz. Il a pris sa retraite et il habite maintenant chez sa fille à Moutiers. Je ferai de mon mieux pour le remplacer.

 

Ernestine : C’est votre premier poste, mademoiselle ?

 

E B : Le deuxième. J’ai commencé dans un village au dessus d’Aiguebelle.

 

Louis / Henriette:  Mon père dit qu’ils vous ont chassée de là-bas.

 

E B : Chassée ? Non. Je voulais me rapprocher de ma mère, qui habite près de Grenoble. Les enfants, pour commencer vous allez tous me dire le meilleur souvenir que vous gardez de Mr Lepraz. Par exemple, la chose la plus importante qu’il vous ait apprise.

 

Grégoire /Ernestine: Ah Mademoiselle, ça c’est trop difficile, demandez moi de vous réciter la table de sept, ça j’ai fini par y arriver.

 

E B : La table de sept on y viendra, Grégoire, non, ce que je veux maintenant c’est que vous fermiez tous les yeux une minute… voilà…maintenant pensez à monsieur Lepraz…vous voyez son visage ? Il sourit ou il est sérieux ?

 

Séraphine : Il sourit Mademoiselle 

 

Albert ( frère moyen) : Ah bien sûr, à toi il pouvait te faire des sourires, tous tes problèmes justes et pas une faute à tes dictées.

 

Gustave / Henriette: Il est sérieux mais pas en colère.

 

Lili : Il a une petite lumière dans l’œil comme quand il se retient de rire.

 

Thérèse/ Séraphine : Est-ce qu’on ne le reverra plus jamais Mademoiselle ?

 

E B : Je ne sais pas, Thérèse, peut être qu’on pourra arranger quelque chose.

N’ouvrez pas les yeux. Dites moi, maintenant. Le moment le plus important pour vous, pour chacun, de toutes ces heures avec monsieur Lepraz

 

Victor/ Henriette : Le jour où il nous a raconté Joseph Barra. Je veux être courageux. Comme lui. Mourir pour la patrie.

 

Ernestine : Jeanne d’ Arc sur le bûcher. Elle regarde en l’air vers les cieux et le feu lui brûle déjà les pieds. Elle est si belle. Vous aimez Jeanne d’Arc, Mademoiselle ?

 

E B : C’était une femme bien courageuse.

 

Louis/ Henriette : Mon père dit que Dieu l’a soutenue, en lui permettant de supporter ses souffrances, comme les chrétiens aux lions, moi c’est eux que j’ai préférés.

 

E B : je ne sais pas, Louis, elle croyait à quelque chose, certainement, et les premiers chrétiens aussi…mais il n’y a pas que Dieu pour nous aider à nous dépasser…

 

Henriette  : Vous ne croyez pas en Dieu, Mademoiselle ?

 

EB : Je ne sais pas, je vais à la messe et j’aime les cantiques ,.. mais des preuves personne n’en a jamais eu………..Mais en l’homme oui je crois….je crois en l’homme, bien sûr.

 

Lili : C’est ce que dit Anselme quand il se dispute avec mon père à la veillée et mon père dit que l’homme est mauvais et Anselme dit qu’on peut changer ça

 

François (frère aîné) : Mais tais toi donc Lili tu es trop petit pour comprendre.

 

Albert (frère moyen) : Mon petit frère, Mademoiselle, il est tellement bête que quand mon père est rentré blessé  en 1916, il ne l’a même pas reconnu et il l’a pris pour une femme !

 

E B : Ton frère avait cinq ans , Albert ,et ton père était parti depuis bien longtemps, et puis je suis sûre qu’il portait cette longue capote de soldat que ton frère ne lui avait jamais vue.

 

François : C’est vrai, Mademoiselle, et Mademoiselle, au fait, c’est moi qui remplis le poële le matin tout ce mois avec Albert, on apporte tous une bûche. Et après ce sera le tour de Thérèse et de Camille.

 

E B : Bon, je l’aurais demandé un peu plus tard.

 

Thérèse / Ernestine: Moi, mademoiselle, je veux parler du jour où Monsieur Lepraz nous a emmenés à Chambéry

 

Séraphine ; Et moi, du tour de France de deux enfants

 

Robert / Albert: Moi de la géométrie quand on fait les grandes figures au tableau

 

Clara/ François : Moi je veux dire une récitation

 

Lili : moi, quand je serai grand, je veux être instituteur et apprendre aux enfants .

 

Albert : Quand tu seras grand tu travailleras aux champs comme tout le monde et tu resteras ici toute ta vie. Et moi j’irai en ville et je travaillerai aux chemins de fer et je ne reviendrai jamais

 

Lili : Il faudrait déjà que tu aies ton certificat.

 

François : Et moi aussi, mademoiselle, il faut que je l’aie. Je veux travailler comme cantonnier avec mon père l’année prochaine et j’ai déjà échoué deux fois

 

E B : Tu l’auras, François, tu l’auras , fais moi confiance ;

 

 

 

Scène 3  : Des mots d’italien dans des chansons

 

Lili ( avec son apparence adulte)

 

Elle s’est bien occupée de mon frère. Le soir , après la classe, elle le gardait une heure de plus, avec parfois Grégoire ou Siméon. C’étaient les trois plus grands de la classe et ils n’avaient pas trop le goût d’apprendre mais elle s’était mis en tête qu’ils allaient réussir à tout prix. Elle inventait des manières de leur apprendre le calcul avec des bouts de patate sur des aiguilles à tricoter, l’orthographe avec des fiches illustrées de sa fabrication et la géographie avec des cartes qu’elle collait sur des cartons pour en faire des puzzles. A nous elle apprenait des mots d’italien dans des chansons et nous faisait jouer des pièces de théâtre qui re présentaient les grandes scènes de l’histoire .

 

 On apprenait beaucoup et on riait beaucoup aussi. Elle ne nous battait pas. Elle fronçait les sourcils au dessus de ses grands yeux gris et on se taisait pour l’écouter. Elle riait de son rire en cascade qui éclairait sa belle figure et on était contents avec elle. Elle avait vingt deux ans et on était tous un peu amoureux d’elle, même les filles, même mon frère Albert qui était toujours à ronchonner. Nous tous à l’école oui, même ceux qui ont dit le contraire après son départ, et pas mal d’hommes au village aussi. Mais elle se dérobait, parlait d’un fiancé à Grenoble.

 

 

Le dimanche elle n’allait pas aux vêpres, et il lui arriva une ou deux fois après la messe du matin d’accompagner les hommes au café en camarade, ce qui ne se faisait guère chez nous. Elle prenait un petit blanc limé en riant de bon cœur mais gardait toujours ses distances. Les femmes qui rentraient à la maison préparer le repas du dimanche commencèrent à parler… Puis les hommes, assez vite, et ceux là mêmes qui avaient bu avec elle ces dimanches en évaluant les rondeurs de ses seins et de ses hanches sous le lourd tissus noir de la robe et du manteau.

 

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