
J'ai plus acheté que vendu! Mais j'ai fait de belles rencontres.



La consigne était de partir d'une photo de Pandora , "Bac de noeuds"

Une aventure de Magda détective
Soudain, Magda éprouve le besoin de s’asseoir, là, tout de suite. Une fatigue la prend, lui encotonne les jambes, lui brouille la tête. Allons, il ne manquait plus que ça. Deux mois d’enquête pour rien. Le client s’impatiente. Et la voilà malade. Une femme s’approche, lui parle, sa voix résonne comme en une immense cathédrale. « Je vais bien, dit Magda. Juste un petit malaise. » Le sol s’approche de son visage et elle ne peut que le laisser venir à elle en s’excusant. Pardon, pardon. Puis, plus rien. Le noir. L’absence.
Ensuite, il y a des journées de fièvre au milieu du quartier des lavandières. Allongée sur un châlit ouvert de coussins aux couleurs passées, Magda boit l’eau fraîche et les thés parfumés, puis un jour le bouillon revigorant. Plus tard on lui apporte les fruits cuits au four, et finalement, un vrai repas. Les visages se précisent, femmes-ombres dont les rires en cascades s’abritent derrière des murs blancs. Les hommes sont tous en mer pour des mois. Elles vivent là ensemble dans un quotidien feutré, paisible, souvent joyeux. Le temps s’étire et Magda somnole sur les coussins, boit le thé brûlant, sourit sans comprendre.
Un jour une femme s’approche. Elle n’est pas brune et mate comme les autres, mais blonde au teint clair. Elle parle la langue de Magda, mais comme au ralenti, comme si la vie en ce village l’avait rendue déjà autre. Elle tient les mains de Magda et les caresse tandis qu’elle parle. Elle masse les mains de Magda avec des huiles odorantes et elle raconte. « C’est mon mari qui vous envoie, n’est-ce pas ? Il vous a payée pour me retrouver. Il croit que je suis partie avec un amant . Il croit que je suis victime d’un chantage ou que je veux le faire chanter, lui, et que j’ai vidé le coffre de la maison pour cela seulement. Il se trompe. »
Magda pense à son client. Un homme riche et impatient, habitué à être obéi. « Retrouvez mes bijoux. Si ma femme veut rentrer, qu’elle demande pardon. Si elle ne veut pas, qu’elle aille au diable ». La femme a t elle trouvé le diable ? Pour l’instant, elle sourit plutôt comme quelqu’un qui a trouvé la paix. « Il n’y a pas d’amant, dit elle. Peut être un jour. Pour l’instant, je suis bien ici, simplement, avec elles. Quant aux bijoux……. » Elle se dirige vers un baquet rempli de linges tordus, torsadés, noués, essorés, à l’autre bout de la pièce à peine meublée ou Magda a dormi tous ces jours passés. Elle soulève le linge et là, au fond, prend les diamants, les cercles d’or, les pierres rouge sang, bleu lagon, jaune comme l’œil du diable ou son mari l’a envoyée. Toujours souriante elle s’approche de Magda, la pare, la décore comme un arbre de Noël. « Gardez ce que vous voudrez, dit-elle. Puis remettez le reste sous le linge, dans la bassine. » Et elle tourne les talons, tandis que Magda se met à rire, à rire, sans pouvoir s’arrêter.

Le hall d’un théâtre avant le spectacle. Bruits de conversation. Anne arrive en courant vers Léo qui attend.
Anne : L’étudiante était en retard. Désolée mon Léo-léo
Léo : Arrête avec ce nom ridicule.
Anne : Personne n’a entendu.
Léo : Je déteste me donner en spectacle.
Anne : Tu n’es pas à une contradiction près.
Léo : Tiens. Ton billet.
Anne : J’ai quelque chose à te dire.
Léo : Moi aussi.
Anne : La galerie ?
Léo : Non. Ce type ne comprend rien .
Anne : Tu ne me demandes pas comment s’est passée ma journée ?
Léo : Comment s’est passée ta journée ?
Anne :J’ai décroché le contrat
Léo : C’est ça ta nouvelle ?
Anne ( trop fort) Non. Ca c’est juste un hors-d’oeuvre.
Léo : Tu es tellement théâtrale.
Anne : J’ai des émotions, c’est tout.
Anne : Michaël avait de la fièvre
Léo : C’est courant chez les enfants
Anne : Je sais, c’est mon troisième
Léo : J’essayais d’être gentil
Anne : Tu vas avoir l’occasion.
Léo : Ca veut dire quoi ?
Anne : Je suis enceinte
Léo : De moi ?
Anne : Ca ne mérite même pas de réponse
Léo : Tu m’avais dit…
Anne : Je sais. Je le croyais moi aussi.
Léo : C’était ça ta nouvelle.
Anne : Et la tienne ?
Léo : Je te quitte.
Anne : A cause du bébé ?
Léo : Non
Anne : Tu cherchais une excuse. Je te connais.
Léo : Ne vas surtout pas croire qu’il y a une autre femme.
Anne : Tu n’aurais jamais osé s’il n’y avait pas eu de bébé..
Léo : Tu étais si indépendante autrefois.
Anne : Tu t’es occupé de ça.
Léo : Je me suis occupé de tes enfants aussi.
Anne : J’ai menti. Il n’y a pas de bébé.
Elle pleure. Il la regarde. Silence. Il part. Elle entre dans la salle de théâtre.
Médiathèque de petite ville. Préparation d’une expo de Léo. Anne , qui travaille à la médiathèque, a été chargée de l’aider.
Léo : Vous, là, les clous.
Anne : Mot magique.
Léo : Quoi ?
Anne : S’il vous plait.
Léo : S’il vous plait.
Anne : Même Michaël !
Léo : Qui ?
Anne : Je n’aime pas ce vert.
Léo : A cause du cuivre.
Anne : Même.
Léo : Tant pis.
Anne : Mais le reste, si.
Léo : Vos yeux, votre bouche
Anne :Quoi ?
Léo : J’aime
Anne : Agrafeuse, s’il vous plait.
Léo : Votre parfum
Anne : Merci
Léo : Vous n’êtes pas obligée.
Anne : Pour l’agrafeuse.
Silence. Il va travailler plus loin.
Anne : Un verre, ce soir ?
Léo : Et comme ça, qu’est ce que vous en dites ?
Anne : Chez moi ?
Léo : C’est bien, non ? L’espace est mieux équilibré
Anne : Vous me plaisez
Léo : Excusez moi, je n’entends pas
Anne : Dépêchez vous un peu
Léo : Il ne viendra personne, c’est sûr
Anne : On parie ?
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Tragédie
Il fallait bien que ça arrive… Ils ont téléphoné chez moi aujourd’hui. Résultat, ma mère est au courant pour tous les cours que j’ai loupés. Le pire, c’est quand elle a demandé à voir mon carnet, avec tous les mots signés de ma main, assez fidèles à l’original d’ailleurs, on peut dire que je me suis bien entraîné. Résultat, les chutes du Niagara, ma mère effondrée en larmes sur le divan du salon, se flagellant pour se punir d’avoir enfanté un monstre. Mon père faisant les cent pas d’un air sinistre, me prédisant un avenir d’escroc, de bon à rien, de sdf, de gangster. Ma soeur, quant à elle, gloussait de rire dans sa chambre, je l’entendais depuis le salon. Trop contente la sister, la voilà bien vengée de toutes les fois où il lui ont interdit quelque chose sous prétexte qu’elle est une fille et que je n’ai pas levé le petit doigt pour venir à son secours.
Un instant, j’ai cru qu’elle m’avait dénoncé, je me suis dit que j’aurais dû acheter son silence.. Mais non. C’était beaucoup plus simple, et j’avais tout prévu sauf ça. J’avais réussi à persuader les autorités du lycée que mon grand père était hospitalisé, mon petit frère fiévreux , ma présence nécessaire pour soutenir ma famille, ma maison inondée, mes parents en plein divorce tragique, que je souffrais d’une maladie chronique que l’on arrivait pas à diagnostiquer précisément, et quelques autres histoires du même genre. Je regardais les profs et l’administration avec sérieux, avec bonne volonté, parfois je réussissais même à fabriquer deux ou trois petits larmes tout à fait convaincantes, et comme ces absences étaient judicieusement réparties sur l’année et que mes notes n’étaient pas mauvaises malgré tout, on ne me posait pas trop de questions. Bref, ce paradis qu’étaient mes promenades au bord de la rivière, mes rendez vous avec Mathilde, mes rêveries, mes poèmes, mon univers à moi, tout cela aurait pu durer longtemps encore….
Mais voilà. Il y a eu la grippe. Celle dont ils parlent à la télé tous les jours. Et quand ils ont décidé de fermer le lycée, ils ont vu que j’étais absent depuis deux jours et ils ont gentiment pensé à prévenir mes parents pour que je ne retourne pas en cours lundi…... Ma mère a poussé un cri . A l’autre bout du fil, quelqu’un, une voix de femme, a-t-elle raconté ensuite à mon père, lui a dit qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. Quelques jours de plus chez moi me feraient le plus grand bien puisque j’avais été un peu souffrant, et me permettraient de me remettre tout à fait avant de reprendre le collier avec le courage et le sérieux dont j’avais toujours fait preuve depuis mon entrée au lycée. Elle a même ajouté que ma mère pouvait être fière de moi.

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