Ce bref texte de théâtre ( protégé mais pas encore édité) écrit en 2006 a aussi une version scénario et un court métrage a été tourné en 2008 (voir article à ce sujet Jean-Louis Kamoun joue "Jean" ).
Le texte a été écrit lors d'un marathon d'écriture à Clermont Ferrand et comme il avait été nominé, on le trouve en entier sur le site du Petit théâtre de Vallières. ( voir liens dans la colonne de gauche ).
Représentations à déclarer à la SACD.
Cette année là, en France c'était le CPE, les bloquages de lycées, les manifestations, et quand j'ai traversé Clermont Ferrand les murs étaient couverts d'affiches.
Ces éléments se sont mêlés aux consignes données lors du "marathon" et à mon envie d'explorer des futurs proches possibles, de réfléchir à ce qui risquait de se durcir encore dans les problématiques déja à l'oeuvre.......comme dans d'autres textes ( "Entre salamandre et Phénix", par exemple, ou "Respirer encore", ou " Un goût de Cannelle dans la bouche", ou la co-écriture "Bleus")
Ces derniers jours, je me suis dit que le texte avait d'autres résonnances encore
Résumé.
Marie, Jean, Victor et Nicolas ( soixante ans environ) se sont-ils connus autrefois ? Que sont-ils venus faire dans cette salle vide près du stade ? Quels sont ces bruits de l’autre côté du mur ?
Ca se passe quand, au fait ? Va savoir…
Extrait "Ailleurs au même instant" ( autre extrait colonne de droite)
Victor - Vous chantiez dans ce groupe, il y a quarante ans.
Jean - Mais enfin pourquoi il me dit « vous », celui là ? Il se croit où ? Il croit qu’on va faire quoi ? Un rendez-vous mondain ?
Victor - Il y a quarante ans. Vous parliez souvent dans les grandes réunions. Et vous aviez monté ce groupe. Vous donniez des concerts pendant les grèves. Ensuite, vous avez été un peu célèbres, pendant quelque temps.
Jean - Un peu célèbres, voilà.
Nicolas - Les affiches, tu les as ?
Marie les sort du sac
Un avion décolle. Impossible de parler.
Nicolas - Pas mal.
Jean - Pas mal ! Jamais content, alors ? Un vieux reste de la Nouvelle Police ? Tu vas voir qu’il va nous dénoncer. Je n’ai pas confiance.
Nicolas - Jean, je suis entré à la Nouvelle Police parce que je n’avais pas le choix. Plus de travail stable, plus de droit au chômage, deux enfants ...
Jean - On a toujours le choix.
Nicolas - En tout cas on est tous dans la même galère. Le décret s’applique à tous. Une somme forfaitaire pour la retraite. De quoi tenir deux, trois ans. Et après, crève.
Jean - Comme si je ne le savais pas.
Nicolas - Alors où est la différence entre toi et moi ?
Jean - C’est que moi, je n’ai jamais rien renié
Nicolas - Tu as dormi en attendant que ça se passe.
Marie - On a tous dormi. Maintenant on est réveillés. Et c’est l’heure de sortir. (Silence) Et j’ai peur. Même si…
Victor - On a tous peur.
Marie - Qu’est ce qui se passe si on est tout seuls ?
Jean - Marie ! (Silence) Mais c’est toi qui es venu nous chercher. Qui nous a persuadés !
Marie - D’un seul coup, je n’y crois plus
Nicolas - Des groupes de cinq comme le nôtre il y en a des milliers partout. Ailleurs, au même instant, ils se préparent comme nous.
Marie - Ca n’a plus de sens
Nicolas - Ca a le sens qu’on lui donne. Dans un pays où les rassemblements ne sont autorisés que pour se divertir, c’est déjà un événement.
Victor - Imagine les murs couverts d’affiches
Jean - Imagine juste le fait d’être ensemble dehors, pas dans un stade-discothèque ou un visio-burger-bowling-paradise. Juste être dehors, ensemble. Tous.
Marie - Comme autrefois. Pour dire qu’on n’est pas d’accord. Qu’il y a forcément d’autres solutions. Que de l’argent, il y en a.
Jean - A propos de danse, on ne les entend plus, les jeunes.
Victor - Tu sais qu’il y a eu un décret qui les concerne aussi.
Nicolas - Un de plus.
Jean - Ils s’en foutent.
Marie - Comment tu le saurais ? Tu en fréquentes beaucoup ? C’est toi qui t’en fous, Jean. Tu ne t’intéresses qu’à ce qui te touche, toi, personnellement.
Nicolas - C’est un début. On y va ?
Marie - Tu n’étais pas comme ça autrefois.
Victor - Ce bruit, qu’est ce que c’est ?
Marie - Des tambours. Dehors.
Nicolas - Je vais voir. Je reviens.
( à suivre...)