Un pas après l'autre
avance
une pierre après l'autre
construis
un souffle après l'autre
respire
laisse
une trace
recueille
une mémoire
l'aigle
tournoie
d'en haut
on voit plus large
un nuage
s'attarde
il a le temps
Un pas après l'autre
avance
une pierre après l'autre
construis
un souffle après l'autre
respire
laisse
une trace
recueille
une mémoire
l'aigle
tournoie
d'en haut
on voit plus large
un nuage
s'attarde
il a le temps
Le "Tango du poulailler" a donc été primé ce week end! (Voir colonne de gauche, rubrique "actualités")
Je suis très heureuse de cet encouragement à toute l'équipe du film, car je suis bien consciente aussi des imperfections du film dans la forme ( ma première "réalisation")
Fière aussi que ce soit justement ce prix là (prix "Charly Costa") étant donné la qualité des films que faisait CCosta.
Consciente que "Le Mazet" et " CI-Taime" ( deux films que j'ai beaucoup aimés) méritaient au moins autant le prix, mais ils en ont eu d'autres du même niveau, alors...
Le jury a souhaité mettre l'accent sur le fond, le propos des films. Cela m'encourage à continuer à traiter dans les scénarios des thèmes qui me tiennent à coeur: Dire le monde, témoigner, transmettre,réfléchir, anticiper...
Dans notre club, "Les diamants sont éphémères" , de Damien Rizzo, a eu un prix d'encouragement, et "Comme sur des roulettes" , de Laurent et Janou Becker, qui ont maintenant ouvert leur propre club, un prix du public.
Tierry Dary, auteur de la musique du tango, est content aussi!

1999, d’après mes souvenirs. Ivan et son fils Serioja passent une semaine chez nous. Ils parlent russe et allemand, je parle anglais et baragouine le russe avec un vocabulaire plus que sommaire, dans le mépris le plus joyeux des règles de grammaire Le reste de ma famille se contentera carrément d’un langage des signes maison et de quelques bouteilles de bon vin. La grand-mère observe avec bienveillance et avec la distance que lui confèrent ses quatre-vingt treize ans. L’ambiance est très joyeuse. Nos invités sont faciles à vivre et les rires nous viennent facilement.
Quand nous nous promenons au marché ou dans les magasins, Ivan s’émerveille de la quantité de marchandises. Il dit que nous avons tellement de chance d’avoir tout ça, cette liberté d’acheter, de prendre, d’emporter chez soi, de posséder. Chez lui les magasins sont vides et il faut parfois la journée pour acheter à manger. Je pense aux maisons des autres personnes qui hébergent le groupe . Elles sont dix fois plus luxueuses que la nôtre, qui ressemble un peu à une grande bibliothèque mal remise d’une invasion tartare. Cependant, comparés à Ivan, nous sommes sans doute riches, avec nos salaires réguliers, même si Ivan a monté une petite entreprise modeste en plus de son travail pour pouvoir y arriver et possède une petite isba en plus de l’appartement de location. J’essaie d’expliquer que les magasins sont pleins mais que ce qu’ils contiennent n’est pas à la portée de tous. Qu’ici c’est l’abondance mais que les différences sont énormes. Certains dépensent sans compter et d’autres ont du mal à finir le mois. Il dit : oui, oui , mais continue à regarder les étalages avec envie.
Deux ans plus tard, je crois, c’est Natacha qui passe une semaine chez nous. Elle est jeune, belle et sûre d’elle. Elle travaille dans les hautes sphères et s’emploie à gravir les échelons avec détermination. Elle ne manque de rien, je pense. D’ailleurs, notre maison ne lui plait pas tellement. Elle aurait préféré rester chez ses hôtes précédents, plus jeunes, plus aisés et plus conformes à l’idée qu’elle se fait de l’occident. Elle sourit poliment et nous faisons de même. Nous nous quittons assez soulagés.
Il n’y a pas de morale à cette histoire, juste des questions. Des pensées un peu enchevêtrées sur la liberté. Liberté de circulation, certes, liberté de pensée. Je ne saurais vivre heureuse sans et la souhaite évidemment à tous. Mais quelle est cette liberté qui étale insolemment ses richesses pour mieux les soustraire à certains ? Quelle est cette liberté de posséder censée nous rendre plus heureux dans une fuite en avant du toujours plus ?
Ces jours, ci, on lit dans les journaux des histoires de censure d’artistes, des histoires de mépris, des histoires de mensonge, des histoires de rappel aux normes. Des histoires de réécriture de l’histoire. Tout ce que nous avons reproché à certains pays dans le passé. Mais je ne devrais pas m’inquiéter, j’imagine. Tant qu’il y a des marchandises à acheter, nous ne risquons rien…..





