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  • : danielle vioux
  • daniellevioux
  • : Femme
  • : 17/07/1949
  • : PACA
  • : écriture théâtre artistes textes projets
  • : Envie de créations croisées. J'écris, et je lis! Vous dansez, jonglez, musiquez, peut être que des passerelles peuvent se créér, peut être que des créations éphémères ou pas peuvent voir le jour. Suis en région PACA.

" Totems" (2008) et "Respirer encore" (2008), pièces tous publics





T

O

T

E

M

S

  Résumé: Quant la vie t'a ballotté comme un paquet abandonné, quand tu ne sais plus qui tu es et ce que tu fais dans ce foyer où on t'a mis, alors, avec un peu de chance, tu renconbtreras un grand ou une grande qui te nommera... et ça fait toute la différence!


 

Arc

Chanson

Image

Forêt

Course

Argile

Plume

Barque

Fil

Karel ou Karole

Léo ou Léa

Sara ou Silvin

Gina ou Gino

Pierro ou  Pétra

Sofia ou Safiane (de loin le ou la plus âgé(e) )

Jane ou Jan

Eloïse ou Aloïs

Ilse ou Niels

 

 

Selon les possibilités, les personnages sont filles ou garçons.

Le chœur est composé de tout ou partie de ceux qui ne viennent pas de parler.

Maintenant et avant se télescopent parfois.

 

 

 

Scène 1 :  Tanière

 

Chœur :   Le hibou plisse une dernière fois les yeux

                 Les ouvre

                 Les ferme

                Et s’endort

                 Les animaux du jour hument la fraîcheur de l’aube

                Nous écoutons le silence qui a suivi les cris de la nuit

                Les tragédies de la nuit

                Les drames de ce jour n’ont pas encore commencé

 

Jane / Plume : Ni les comédies d’ailleurs

 

Chœur : Chhhhttttttttt

 

Sofia/Argile : Nous sommes là serrés les uns contre les autres

 

Chœur : Gelés

 

Eloïse/ Barque : Neuf petits Poucets

 

Sofia/Argile : Neuf et une grande Poucette

 

Chœur : Si tu veux

 

Karel/Arc : Nous sommes cachés dans une tanière vide

 

Sara/Image : Une tanière d’ours, peut-être.

 

Chœur : Chhhhht

 

Pierro/ Course : Où nous avons dormi serrés les uns contre les autres

 

Choeur : Nous entendions les battements de nos cœurs

 

Niels/Fil : Les gardiens du jour ne vont pas tarder à envahir le monde

 

Chœur : La forêt disparaîtra  comme par enchantement

 

Gina/ Forêt : Je suis forêt. C’est moi Forêt. Je redeviens Gina !

 

Chœur : Nous redevenons tous ce qu’ils croient que nous sommes

 

Karel/Arc  : Karel !

 

Léo/Chanson : Léo !

 

Sara/Image : Sara !

 

Pierro/ Course : Pierro !

 

Sofia/Argile : Sofia !

 

Jane / Plume : Jane !

 

Eloïse/ Barque : Eloïse !

 

Niels/Fil : Niels !

 

Chœur : Quelle incroyable tromperie !

 

 

 

Chanson de l’aube

 

Ne pas se fier aux apparences

Nous ne sommes pas tous

Ce que nous semblons être

Les mirages vous trompent

Vos yeux ne voient pas clair

Nous sommes survivants d’hier

Et cela nous donne une force étrange

 Qui nous conduit jusqu’à demain

 

 

 

Karel/Arc  : Je suis Arc !

 

Léo/Chanson : Je suis Chanson !

 

Sara/Image : Je suis Image !

 

Pierro/ Course : Je suis Course !

 

Sofia/Argile : Je suis Argile

 

 Jane / Plume : Je suis Plume !

 

Eloïse/ Barque : Je suis Barque !

 

Niels/Fil : Je suis Fil

 

Gina/ Forêt : Je suis Forêt !

 

Ils disparaissent

 

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Scène 2    : Théâtre

 

Karel/ Arc, seul, écrit. Apparemment il tente de faire un devoir. Mais les feuilles s’animent et lui échappent. Il les rattrape, les froisse.

 

Karel/Arc : J’en ai marre

 

Chœur ( ils  passent la tête avec prudence ) Il en a marre !

 

Karel/Arc  Monsieur Fluchard ! J’y arrive pas !

 

Le chœur entre peu à peu

 

Pierro/ Course/  : Je vais faire Monsieur Fluchard !

 

Chœur : Monsieur Fluchard dit toujours la même chose

 

Pierro/ Course/ Fluchard : Mon petit, tu n’essaies pas vraiment.

 

Karel/Arc : Mais si, j’essaie !

 

Pierro/ Course/ Fluchard  Tes copains ne sont pas plus malins que toi

 

Chœur : Merci bien !

 

Pierro/ Course/ Fluchard : Seulement eux, ils essaient, et toi, tu n’essaies pas !

 

Chœur : Il n’essaie pas, c’est vrai

 

Karel/Arc : merci bien !

 

Pierro/ Course/ Fluchard : Ceux qui essaient réussissent

 

Chœur  Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt !

 

Karel/Arc : Si j’avais le choix, je dormirais jusqu’à midi.

 

Chœur :  Aide toi, le ciel t’aidera !

 

Pierro/ Course/ Fluchard  A bon chat, bon rat !

 

Chœur : Quoi ?

 

Pierro/ Course/ Fluchard : Je trouvais que ça faisait bien

 

Jane / Plume  C’est comme Madame Sobel

 

Eloïse/ Barque : La folle avec des lunettes ?

 

Jane / Plume : Elle me déteste

Eloïse/ Barque : Je fais madame Sobel

 

Chœur : Elle fait madame Sobel

 

Eloïse/ Barque/ Sobel : Jane, tais-toi s’il te plait

 

Jane / Plume  c’est pas moi m’dame

 

 Eloïse/ Barque/ Sobel  Ce n’est jamais toi. Où est ta préparation ?

 

Jane / Plume : J’l’ai pas faite m’dame

 

Eloïse/ Barque/ Sobel : Où est ton livre ?

 

Jane / Plume :J’l’ai oublié m’dame

 

Eloïse/ Barque/ Sobel : Tu le fais exprès !

 

Jane / Plume : Non, m’dame, j’étais chez mon père ce week-end. J’ai tout oublié chez lui

 

Eloïse/ Barque/ Sobel : Tu seras punie

 

Jane / Plume J’suis pas la seule m’dame

 

Chœur : Elle n’est pas la seule, c’est vrai

               Personne n’a fait sa préparation

 

Eloïse/Barque/Sobel ( découragée) : Il faut bien que je commence par quelqu’un

 

Jane/Plume : Les autres je ne sais pas pourquoi ils n’ont pas fait leur préparation. Moi c’est juste que je n’avais pas envie. Ca ne m’intéresse pas ce qu’on fait avec Madame Sobel. Pourtant j’aime écrire. Ah, ça oui ! Des histoires j’en ai des cahiers pleins.

 

Sofia/Argile : Avec des fautes partout

 

Jane/Plume : Et alors ?

 

Sofia/Argile : Et alors si tu joues du violon  ça ne fait rien que tu fasses des fausses notes ?

 

Jane/Plume : Rien à voir

 

Sofia/Argile :  Il faut que tu lises

 

Jane/Plume : Je n’aime pas trop lire

 

Chœur : On n’aime pas trop lire

 

Sofia/Argile : Je vous lirai, si vous voulez

 

Chœur : Voilà exactement ce qu’elle nous a dit.

 

 

 

 

 

 

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     extrait de

"Respirer encore" (2008)


 

 

 

 

 

 

 

Résumé: Dans un monde en guerre et/ou en crise où tout le monde marche dans tous les sens et où on ne comprend plus rien à rien, "Elle" , l'enfant, va trouver des clés pour grandir, et de l'aide, avec la grand-mère, l'ange, lhomme  à l'harmonica et quelques autres fantômes...Rien n'est perdu tant que nous pouvons, ensemble, respirer encore...

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1          Au début

 

 

 

Eux       Ca pourrait commencer dans un théâtre vide.

Ca pourrait commencer  par un souffle de vent qui enfle jusqu’à disperser des papiers rangés là en attente.

Alors on voit que les spectateurs sont déjà là, en attente eux aussi.

Certains se lèvent spontanément pour aider à ramasser les papiers, puis retournent à leur place.

D’autres restent assis.

Le silence s’installe.

 

Elle : Je ne voulais pas.

Il a dit que je n’avais pas le choix.

Grand-mère était la seule.

 

L’ange : J’étais là.

 

Le vieil homme à l’harmonica : Je passais.

 

 

Eux : Ca pourrait commencer par un souffle de vent qui enfle jusqu’à détruire la maison de paille, la maison de bois. A chaque nouvelle maison détruite, des hommes, des femmes, des enfants, s’enfuient comme des fourmis sur des routes pas choisies. Ceux qui ont mis le feu diraient : comme des cafards. Hit the road, Jack. And never, never come back. Jack prend la route et n’est pas Kerouac qui veut. Jack marche et se cache et pense à sa fille. Il se demande si elle et la grand-mère sont vivantes. Il se demande si le feu est passé par la maison  en bois de la grand-mère. Il se demande si la grand-mère fait le poids.

 

Elle : C’est la troisième cerise que je reçois sur la tête. Même pas bonne. Moitié bouffée par les oiseaux. Ou pourrie, carrément .

 

L’ange : Pas ma faute si tu es venue sous mon cerisier.

 

Elle : Une cerise qui parle.

 

L’ange : Patience

 

Elle : Patience je n’ai pas. Peux pas attendre. Gloutonne de cerises et dévoreuse de secrets. Boulimique de jeux et d’histoires.

 

L’ange : Tu apprendras.

 

Eux : Et comme ça les sept premiers jours. La voix de l’ange qu’elle prend pour une cerise. La voix de l’homme qu’elle prend pour le vent dans les hauts sapins. Et Elle qui explore le territoire de jeux, les prés en pente autour de la maison de la grand-mère. Tout cet espace lui donne le vertige. Elle se sent libre, en sécurité. Vingt minutes de marche jusqu’au village en bas et trente au retour. Pas même un vrai chemin. La grand-mère la nourrit, l’embrasse mouillé avant de la border. La grand-mère qu’elle n’avait jamais vue, qui n’est probablement pas sa propre grand-mère : son père est resté très évasif là-dessus.

 

Le vieil homme à l’harmonica : Quand j’étais jeune je rêvais d’un accordéon. Ceux qui pouvaient s’en payer un étaient recherchés comme la pluie. Pas besoin d’un orchestre pour faire danser les filles. Tu bats la mesure du pied, tu souffles la ritournelle, emballez c’est pesé ! Mais il m’aurait fallu dix ans pour l’acheter, cet accordéon, et là haut les vieux ça ne leur aurait pas trop plu. Moi, j’étais pas né pour faire l’artiste : Pour travailler aux champs, oui, et pour construire des murs, réparer des meubles ou des charrues, et même bricoler un moteur pas trop compliqué. Mais artiste à quoi ça rime, c’est pas pour nous. Quand même, moi, j’aurais aimé, voilà. Alors finalement, avec les quatre sous que je gagnais ici ou là à donner la main pour un travail ou un autre, je me suis acheté un harmonica. Et j’ai commencé à jouer. A l’oreille, puisque je ne connaissais rien à la musique.

 

Eux : Et comme ça les sept premiers jours. La grand-mère qui cavale après les deux chèvres et les trois brebis ou se courbe sur les cultures de son petit jardin et se relève en grinçant comme une vieille porte. Et Elle qui respire un air tout différent d’en bas là bas. Un air qui se respire sans masque. Un air qui trimballe des parfums d’herbes et d’arbres, de terre humide, de champignons. La grand-mère ne parle guère. Perdu l’habitude. Ou parle aux arbres et aux pommes de terre, aux salades, aux oiseaux. Tout pareil. La grand-mère est la reine d’ici en haut. Et  l’enfant, bientôt, apprend à faire de même.

 

Elle :  Oiseau, est ce que tu as vu mon père sur la route ? Est-ce qu’il est vivant ?

 

Eux : L’oiseau tourne et tourne en cercles au-dessus du pré. Son cri est rauque, son message est sombre. Oui, le père est vivant. Mais il marche et marche encore avec des millions d’autres et pas plus qu’eux ne sait au fond pourquoi il marche et où il va. Les incendies jaillissent ici où là sans raison logique, la terre est un seul volcan qui se réveille et crache sa haine. Sauf que le volcan ne s’est pas éveillé tout seul. Sauf que cette haine est humaine, haine d’humains pour d’autres humains. Sauf que l’eau manque en bas et que l’air y devient irrespirable. Le père est vivant et il marche et ne trouve pas ce qu’il cherche. Pourquoi il n’est pas monté chez la grand-mère pour s’y réfugier  aussi, va savoir. Mais il s’est contenté de donner  une petite poussée dans le dos de son enfant pour la mettre en route sur le sentier  en pente. Vas tout droit et tu trouveras  le bon chemin. Je t’ai toujours montré le bon chemin.  Et Elle a ravalé ses larmes : un baiser sur la joue, sur le front, elle aurait voulu. Les bras du père autour d’elle serrés comme protection contre le monde. Mais juste cette poussée, juste cette phrase ce matin là, après qu’ils ont dormi cachés dans des buissons pas loin de la route. Elle son petit sac sur le dos, lui son gros sac, chacun une couverture, un couteau, des allumettes et quelques vêtements. Ce qu’il a d’autre dans son grand sac elle ne le sait pas. Quand elle se retourne après une cinquantaine de mètres, il a déjà disparu.

 

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2       Je te nomme

 

 

 

Elle : Grand-mère, j’ai cueilli quelques cerises sauvages.

 

La grand-mère : Tu m’as appelée  grand-mère.

 

Elle : Oui

 

Grand-mère : Alors je t’appelle Elle.

 

Elle : C’est ce que tu fais déjà. C’est ce que font les gens. Elle a faim ? Elle veut dormir ?

 

Grand-mère : Les gens parlent de toi. Ils ne te parlent pas à toi. Et ton père ?

 

Elle : Il m’appelle fille et je l’appelle père.

 

Grand-mère : Tu n’es pas ma fille.

 

Elle : Tu n’es pas ma grand-mère.

 

Grand-mère : je suis la grand-mère de beaucoup de gens.

 

Elle : Appelle-moi petite-fille

 

Grand mère : J’ai une idée : Je vais t’appeler Aile

 

Elle : C’est pareil

 

Grand-mère : Non, pas elle E.L.L.E, Aile A.I.L.E. Comme une aile d’oiseau. Tu sais écrire ?

 

Elle : Oui, j’ai appris quand les écrans marchaient encore. J’ai appris beaucoup de choses

 

Grand-mère : Alors tu sais que des mots peuvent se dire pareil et s’écrire différemment.

 

Elle : Ce n’est pas une chose très utile à savoir.

 

Grand-mère : Et même je vais t’appeler AILES avec un S, ça fait deux, plus pratique pour l’envol. Mais tu te trompes. Les mots sont des choses importantes. Et se dire qu’elle, c’est à dire toi, porte le nom d’Ailes, c’est à dire ce qui fait s’envoler les oiseaux et les anges, n’est pas sans intérêt par les temps qui courent. A propos, je t’ai vue parler à cet oiseau.

 

Ailes : Je n’ai pas aimé sa réponse.

 

Grand-mère : Mais tu l’as entendue.

 

Ailes : Oui.

 

Grand-mère : Ton père qui t’a appris ?

 

Ailes : Non. M’a appris d’autres choses. Des histoires de chemin. Des musiques. A voler quand il le faut. A donner quand je le peux. Mais ça, c’est depuis mes huit ans. Autrefois, quand ma mère…… c’était différent.

 

Grand-mère : Différent ?

 

Ailes : Confortable. Une maison avec tout ce qu’il faut. Des wallscreens partout. De l’eau qui coule froide et chaude. Des machines pour tout.

 

Grand-mère : En tout cas il a retenu mes leçons.

 

Ailes :  Pourquoi tout à changé, Grand-mère ?

 

Grand-mère : Tout le monde ne vivait pas  comme toi. Pour certains, peut être, ce n’est pas pire que ce qu’ils ont connu avant.

 

Ailes : Tu l’appelais comment ?

 

Grand-mère    Qui ?

 

Ailes :     Mon père

 

Grand-mère : Je te le dirai un jour.

 

Ailes     C’est bien que je comprenne l’oiseau ?   

 

Grand-mère  Ca peut servir.

 

Ailes  Personne ne me trouvera ici, grand-mère ?

 

Grand-mère : Pas grand risque.

 

Ailes : Mais si quelqu’un montait ?

 

Ailes: Ce serait pour boire de l’eau et m’acheter du fromage.

 

Ailes : Quelqu’un de méchant ?

 

Grand-mère : Je m’en occupe

 

Ailes : Tu n’as peur de rien, alors.

 

Grand-mère : Non, je n’ai plus peur de grand-chose.

 

 

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