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  • : Le blog de danielle vioux
  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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Extrait d'"Un pied devant l'autre"








Résumé:  On fête les 100 ans de Reine. Elle ne parle plus mais se souvient. Et autour d'elle, la famille s'active...C'est une histoire de fidélités et de trahisons... la vie...




 

Scène 1 :

 2002. Reine née 1902

100e anniversaire de Reine, c’est l’aube

 Reine somnole. Bruits de jeux et de rires (1912)

 

Reine dix ans : Et c’est là que tu resteras prisonnier pour toujours ! A moins, à moins…

 

Jonas 10ans : ……….Que je ne chante la chanson magique ?

 

Reine 10 : Essaie toujours

 

Jonas chante : « L’amour de moi ci est enclose…. »

 

Reine : Ferme les yeux

 

Il obéit. Reine dépose un baiser sur sa bouche. Il sourit , les yeux fermés. Le visage des 2 Reine est sérieux, presque douloureux.

 

Jonas : Je suis libre, maintenant ?

 

Reine : Non, tu dois réciter la promesse.

 

Jonas : Je ne sais pas, Reine, ma reinette…

 

Reine : La promesse

 

Jonas :…. Ma grenouillette

 

Reine :La promesse contre ta liberté, prince Jonas

 

Jonas : Moi, prince Jonas, je jure solennellement

 

Reine : Oui ?

 

Jonas : Je suis  obligé de jurer ?

 

Reine :Oui

 

Jonas : Mon père dit..

 

Reine : Il a raison

 

Jonas : C’est un jeu, ma reinette, ma grenouillette

 

Reine : Quand on jure c’est pour la vie

 

Jonas : Rien qu’un jeu

 

Reine : Et ma mère dit

 

Jonas : S’il te plait Reine..

 

Reine : …Que nous nous  marierons quand nous serons grands. Elle l’a toujours dit et la tienne aussi.  Nous sommes nés en même temps, nos mères ont crié en même temps et la corneille a croassé trois fois. Nous sommes promis l’un à l’autre.

 

Jonas : Prince Jonas et Princesse Reine se marient. Pas Reinette Grenouillette et Jonas l’explorateur.

 

Reine : Ca va, je le sais, je ne suis pas idiote. C’est un jeu, tu l’as dit, alors tu peux bien jurer

 

Jonas : Bon, alors… je jure solennellement d’épouser la princesse Reine le jour de nos dix huit ans…….Contente ma Reinette ? Je suis libre maintenant ? 

 

Reine : Libre, tu n’as que ce mot à la bouche

 

Solange : Reine, vous dormez ? C’est l’heure de votre médicament.

 

 

 

 

Scène 2 : matin

2002

 Solange coiffe Reine. 

 

Solange :

Vous le savez bien, pourtant. Avec le médicament ça va mieux. Vous êtes presque là. Enfin, si on peut dire. Je me demande bien ce que vous entendez . Un signe de temps en temps, ça ne serait pas du luxe, ça ferait plaisir, quoi. Finalement, je n’ai que ça à faire, hein, guetter un signe. Qu’est ce qu’il y a ? je vous ai fait mal ? Pardon, je fais comme je peux, mais je ne rajeunis pas moi non plus. Les doigts s’engourdissent, on devient maladroite. Si ça continue je vais devenir comme vous et on nous alignera là toutes les deux. Vous pouvez vivre cent cinquante ans si ça vous chante, moi, hein, j’ai l’habitude. Mais pour ma part je crois que

 quatre vint dix ça me suffira, enfin on trouvera bien quelqu’un pour prendre la suite puisque Hervé ne veut pas d’étrangère. Moi une étrangère ça ne me dérangerait pas . De toute façon , quand la tête s’en va, on les reconnaît comment les étrangères ? Si ça se trouve vous pensez que j’en suis une, et certains jours d’ailleurs je me demande…mais moi je ne suis pas une étrangère voyageuse, je reste là, bon an mal an, pas de surprise… (silence) …j’aimerais bien que ce soient des étrangères qui s’occupent de moi. Elles me laveraient avec des mains expertes et sans émotion, des mains de technicienne du lavage des corps, des mains habituées, des mains industrielles, quoi. Pendant que leurs mains s’agiteraient sur ma peau flétrie pour me rendre inodore et hygiénique, c’est à dire présentable à la famille et à d’éventuels visiteurs, leurs têtes convertiraient toute cette agitation en quelques euros supplémentaires qui viendraient s’ajouter au petit compte en banque en vue de petites vacances ou peut être d’un petit lave-vaisselle ou même d’une petite voiture, l’ancienne donne des signes de fatigue…Bon c’est vrai, j’ai le lave-vaisselle et la voiture, les vacances, par contre…on pourrait croire que votre fille …..(silence)……mais non, un petit bonjour de ci de là, et  on est quitte, je veux bien croire que ça n’ a pas toujours été facile entre vous deux, mais quand même……Je ne parle pas des deux autres fils qui vous restent , ceux là ils sont partis directement  en maison de vieux à l’autre bout de la France, ils ont passé leur tour en quelque sorte…Bon, vous voilà prête, ça vous va bien ce gilet, la couleur adoucit vos traits….Parfois on pourrait croire que vous souriez. Si on partait en maison de vieux toutes les deux ?  Cent ans c’est un bel âge pour commencer une nouvelle vie. Moi je serais une jeunette à nouveau parmi eux et je pourrais avoir tous les amants que je veux, ça se bousculerait au portillon..

 

 

 

Scène 3 : matin

2002

 

Hervé : Franchement tu n’as que ça à faire ? Tu crois que ça intéresse ma mère tes histoires ?Les invités  vont arriver tu seras encore là

 

Solange : Tout est prêt. De toute façon le gâteau c’est ce soir.

 

Hervé : Le pain, il est de chez  Fabre au moins ? C’est le seul qui le fasse souple comme autrefois

 

Solange : Autrefois le pain était dur et tu avais toutes tes dents

 

Hervé : Ca me rappelle, tu as encore laissé le bouchon du dentifrice ouvert

 

Solange : C’est un distributeur pas besoin de bouchon

 

Hervé : Il sèche

 

Solange : Pas autant que la moutarde

 

Hervé : Qu’est ce que tu me chantes avec cette histoire de moutarde

 

Solange : Je me comprends

 

Hervé : Tu viens d’inventer cette histoire de moutarde pour avoir quelque chose à me reprocher

 

Solange : Mon dieu pas besoin de chercher loin

 

Hervé : Il faut toujours que tu inventes

 

Solange : Ta chemise , ça ne va pas trop bien avec le pantalon

 

Hervé : Tu crois ?

 

Solange : Mets l’autre, celle avec les petits motifs ton sur ton. J’aime bien cette chemise

 

Hervé : A nos âges, on n’a plus besoin de faire des championnats d’élégance.

 

Solange : A ton aise . Mais parle pour toi.

 

Hervé : Tu te couvres de ridicule à faire les yeux doux à ce Vincent qu’ils trimbalent partout avec eux.

 

Solange : Tu ne t’es pas vu avec Leïla. Tu la manges des yeux.

 

Hervé : Il n’a pas de famille dont il doive s’occuper celui-là ? Je ne suis même pas sûr qu’il ait un vrai travail

 

Solange : Moi non plus je n’ai jamais eu un vrai travail depuis que je te connais

 

Hervé : Ca n’a rien à voir. Tu as élevé ton fils . Tu t’es occupée de ma mère. Tu as tenu la maison.

 

Solange : Je ne dis pas que je n’ai pas travaillé. Mes journées ont été remplies. Mais c’est comme si j’avais fait tout ça pour du vent. Qu’est ce que je peux montrer comme résultat ? Même quand je travaillais avec toi au magasin , il n’y avait pas de salaire, pas de…

 

Hervé : tu ne vas pas recommencer.

 

Solange : Faudrait pas trop me pousser…la crise de la soixantaine…

 

Hervé : Tu es folle ma pauvre. Bon, je mets la chemise à motifs, alors ? Puisque tu dis qu’elle me va bien ..

 

Il sortent en se chamaillant

 

Scène 4 matin

2002-

Reine seule sourit. Semble réfléchir. Son regard s’écarquille de curiosité. Pétille comme celui d’un enfant. S’assombrit. Elle pleure, peut-être.

 

Chantsong

 

Through clouds I saw

The earth above

The sky below

 

At the break of dawn

Ashes still burn

Rivers still flow

 

Sometimes in the sun there’s the shadow of a doubt

 

And I say hush, hush you,

young girl, long gone,

 I say hush, hush you,

young girl, long gone,

 

At night she comes

Into my mirror

And speaks to me

And although she’s soft

I shiver a little

And make up a dream

 

At the break of dawn

Ashes still burn

Rivers still flow

 

And I say hush, hush you,

young girl, long gone,

and I say hush, hush you,

young girl, long gone,

 

and I try not to hear

the little voice inside:

I’m alive! I’m alive!

I’m alive! I’m alive!

 

 

And I say hush, hush you,

young girl, long gone,

And I say hush, hush you,

young girl, long gone.

 

 

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extrait d'Une île solitude








 

La vieille femme : Soledad

La femme : Luna

La jeune femme : Aurore

 

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Soledad : Je n’ai jamais quitté l’île

 

Aurore : Ils disent, là-bas, qu’on ne peut pas vivre ici

 

Luna : Ils disent que c’est un rocher stérile et nu

 

Aurore : Personne ne choisirait un endroit pareil

 

Soledad : Je n’ai pas choisi. Personne n’a choisi. C’est comme ça.

 

Luna : Tu aurais pu partir , après…

 

Aurore : Après ?

 

Luna : Quand ils ont ouvert les portes

 

Soledad : J’aurais pu partir, oui. Rentrer chez moi. Dans ma maison en ruines.

 

Aurore : Comment savais-tu qu’elle était en ruines ? Vous n’aviez aucune nouvelle .

 

Soledad : On en avait. Chaque nouvelle fournée de prisonniers apportait des bribes, des miettes, des brindilles où on s’accrochait comme on pouvait.

 

Luna (à Aurore) : Pour savoir, pas besoin d’entendre dire

 

Aurore : Quand j’écris un article, il vaut mieux quand même que j’aie des éléments concrets. Sinon, je ne vais pas garder mon boulot longtemps.

 

Luna : L’un n’empêche pas l’autre

 

Soledad : C’est vrai. Je savais que certains quartiers avaient été détruits. Mais pour ma maison, c’était autre chose. Je le savais….Là. ( Elle montre son ventre).

 

Aurore : Maman aussi…. ( regard  à Luna, puis à Soledad)  . Tu ne peux pas imaginer tout ce qu’elle sent……..là .

 

Luna : C’est ce nom d’Erevine. L’île d’ Erevine. C’était comme une forteresse. Comme une prison. Je le sentais…là. C’est vrai. Il fallait que je vienne. Que je vienne voir.

 

Soledad. : Il n’y a pas grand chose à voir. Ce n’était pas une grande prison. Pas la plus célèbre, pas la plus peuplée.

 

Aurore :On y torturait aussi ?

 

Soledad : Je n’ai plus envie de parler de tout ça.

 

Luna :Ils ont dit que c’était surtout.. avant.

 

Soledad : Je ne veux plus en parler. C’est comme ça. On était jeunes quand on est entrés ici. On en est ressortis vieux. Et moi j’y suis restée.

 

Luna : Excuse le dérangement.

 

Soledad : Ce n’est rien. Il en vient d’autres. Je leur dis la même chose. Ils repartent

De mauvaise humeur, à cause de mon sale caractère, mais…

 

Luna : Mais ?

 

Soledad : mais sans mon sale caractère, je n’aurais jamais tenu.

 

Aurore : C’est comme moi. Dans mon boulot, je veux dire…

 

Luna : Ca ne se compare pas.

 

Soledad : Qu’est-ce que vous espériez ? Un article pour ton journal, petite ? Tu es en retard. C’est bien avant qu’il aurait fallu venir.

 

Aurore : Avant ma naissance ?

 

Luna : J’en ai fait, des recherches. Encore aujourd’hui, j’ai espéré…Ce n’est pas ma faute.

 

Soledad : Je ne suis pas ta mère.

 

Luna : Tu n’es pas ma mère.

 

Soledad : Mais tu aurais bien voulu.



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