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  • : Le blog de danielle vioux
  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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Un goût de cannelle dans la bouche

 

 

Publié été 2008 par le Théâtre de la Tortue (site en lien) à la suite du concours l'effeuillant)

Résumé : Dans ce proche futur, les pauvres sont plus pauvres et les riches plus riches, les rassemblements interdits, le monde pollué, le travail à la fois utilisé comme punition et comme appât, et Céline, 12 ans essaie d’y comprendre quelque chose…Mais pourquoi sa grand-mère Myriam sort-elle la nuit après le couvre-feu ?

Pour les explorations et les variantes de cet univers là, voir aussi le scénario « Ailleurs au même instant » , le roman « Entre salamandre et Phénix », et quelques autres…

 Extrait

Céline 12  ans

Kora 12 ans

Valentin 13 ans

Boris  14 ans

Reggio 68 ans

Myriam 65 ans 

Jean  65 ans

***********************************************************************

 

Scène 1 : Céline,Myriam

 

Céline : Mamie, pourquoi tu es en colère après papi Jean ?

 

Myriam : Pour rien ma douce. Viens ici que je te coiffe

 

Céline : Tu ne l’aimes plus ?

 

Myriam : Qu’est ce que tu vas chercher ?

 

Céline : Tu le regardes et tu pousses des gros soupirs

 

Myriam :   Oui… eh bien, ça fait longtemps qu’on se connaît, alors forcément…..

 

Céline : Et après tu sors et tu rentres après le couvre- feu

 

Myriam : Juste une fois

 

Céline : Tu me l’interdis bien, à moi

 

Myriam. Tu es trop jeune pour prendre des risques. Attends une minute, je vais sortir les gâteaux du four.

 

Céline : Et toi, tu n’es pas un peu trop vieille ?

 

Myriam : Céline, je vais me mettre en colère si tu continues.

 

silence

 

Céline : Papi Jean c’est un vrai Papi, il fume sa pipe et il regarde le wallscreen  et parfois il joue aux cartes avec moi

 

Myriam : Ma douce j’ai toujours détesté les cartes tu le sais bien

 

Céline : Je peux aller dormir chez Kora ce soir ?

 

Myriam : Pourquoi pas le contraire pour changer ?

 

Céline : Kora m’a invitée

 

Myriam : Invite la

 

Céline : C’est pas pareil

 

silence

 

Myriam : Ses parents sont là ?

 

Céline : Oui-oui…

 

Myriam : Ne mens pas

 

Céline : De toute façon il y a Boris

 

Myriam : Tu parles d’une sécurité, il a quatorze ans !

 

Céline : Mamie s’il te plait

 

Myriam : Ta mère t’a confiée à nous . Tu veux un gâteau ma douce ?

 

Céline : Ma mère s’en fout bien de moi. Non, j’aime plus la cannelle.

 

Myriam : Ne dis pas ça

 

Céline : Elle vit sa vie

 

Myriam : Elle travaille loin. (silence).  C’étaient tes préférés avant.

 

Céline : Ca l’arrange bien

 

Myriam : C’est si dur d’avoir du travail.

 

Céline : J’en ai marre. Ma mère m’abandonne et ma grand mère disparaît dieu sait où après m’avoir fait des gâteaux de bébé pour se faire pardonner et je peux même pas aller dormir chez ma meilleure amie. Tu parles d’une vie.

 

Myriam : Céline ça suffit. Tu es une petite fille gâtée et tu ne t’en rends même pas compte.

 

Céline : Je me rends compte que je suis plus grande que tu ne le crois et que j’aimerais être encore plus grande pour pouvoir habiter toute seule et faire ce que je veux.

 

Myriam : Pour pouvoir faire tout ça il faut d’abord que tu étudies.

 

Céline : Toujours les mêmes discours. Comme si je ne le savais pas.

 

Myriam : Je ne me fais pas de souci. Tu travailles bien à la Main School

 

Céline : Mais si tu te fais du souci. Mais tu as tort. J’aurai un travail et de l’argent , bien plus que papi et toi. Je vais en goûter un, finalement.

 

Myriam : Pas difficile ! On a juste le minimum.

 

Céline : Et je m’occuperai de vous parce que je ne suis pas si méchante que ça. Ils sont délicieux.

 

Myriam : Personne n’a dit ça.

 

Céline : Je vous achèterai des fruits et des légumes tous les jours même si je préfère la pizza

 

Myriam : Ca c’est généreux de ta part !

 

Céline : Et tu m’apprendras à faire les gâteaux à la cannelle.

 

Myriam : Si on trouve encore de la cannelle.

 

Céline : Et je vous paierai des vacances à la mer, pas ici où on n’a même plus le droit de se baigner la moitié du temps, dans un endroit pas pollué avec un hôtel de luxe et des plages privées

 

Myriam :  Tu as des amis au Ministère, ma douce ?

 

Céline : A la Main School,  Maeva dit que ses parents sont encore partis en vacances.

 

Myriam : Ca ne sert à rien d’envier les autres.

 

Céline : Son père est une espèce de chef dans la Nouvelle Police.

 

Myriam : Grand bien lui fasse.

 

Céline : Mamie, qu’est ce que c’est que le cercle Salamandre ?

 

Myriam : Qui t’a parlé de ça ?

 

Céline : Personne.

 

Myriam : Eh bien, restes en là. Bon, il faut que j’y aille. Je rentrerai tard, j’ai une réunion  de quartier. Réveille ton grand-père pour qu’il joue aux cartes avec toi ou joue sur l’ordinateur.

 

Céline : Vivement la fin des vacances. J’aime mieux la pension.

 

*************************************************************

 

Scène 2 : Céline, Kora, Boris, Valentin

 

Valentin : J’ai failli ne pas venir. Mon père a fait toute une histoire à cause du couvre-feu.

 

Céline : Moi pareil. J’ai dit à mon grand père que ma grand mère était d’accord. Vous voulez un gâteau à la cannelle ?

 

Boris : Valentin, ton père  ne sait pas qu’on sort, n’est-ce pas ?

 

Valentin : Evidemment non. Trop nice, les gâteaux de ta grand-mère.

 

Kora : Délicieux, c’est sûr. Et alors, Valentin ?

 

Valentin : Ils ont commencé à envoyer des patrouilles la nuit.

 

Boris : C’est pas nouveau. Dommage qu’il n’y en ait pas plus.

 

Kora : Des patrouilles ?

 

Boris : Des gâteaux.

 

Valentin : Pas des patrouilles dans la rue. Des patrouilles chez les gens.

 

Céline : Ils n’ont pas le droit.

 

Kora : Ils le prennent , j’imagine.

 

Céline : Mais pourquoi ?

 

Valentin : Pourquoi quoi ? Pourquoi ils le font ou pourquoi personne ne dit rien ? Les terroristes, comme si tu ne le savais pas. Même réponse pour les deux questions ! 

 

Kora : Et alors ils font quoi si tu n’es pas chez toi ?

 

Valentin : Ils te fichent. Des points en moins sur le permis de travail..

 

Céline : On s’en fout, on ne travaille pas.

 

Valentin : Ta grand mère et mon père travaillent. La mère de Boris et les deux parents de Kora aussi.

 

Boris : Mais il n’y a pas eu de nouvelle loi, si ?

 

Valentin : Pas besoin. Juste un décret. Et de toute façon si tu as des points négatifs avant même de commencer à chercher un travail lors tu vas finir workless à vie, c’est sûr.

 

Céline : Pas mal, non ? Des jours entiers pour se voir et glandabonder  et rigoler ensemble.

 

Boris : De toute façon moi aussi j’ai des nouvelles.

 

Valentin : Mon père trouve bizarre que tes parents ne soient jamais là, Kora

 

Kora : C’est pourtant simple, ils travaillent.

 

Valentin : Des jours et des nuits d’affilée ?

 

Kora : C’est comme ça

 

Boris : Mais je suis là pour m’occuper de ma cousine. Alors tout va bien.

Kora : Ils font des heures de travail pénal, si tu veux tout savoir.

 

Silence

 

Céline : Bon, c’était quoi tes nouvelles Boris ?

 

Boris : Le cercle Salamandre. J’ai réussi à contacter quelqu’un.

 

Céline : T’as pas laissé tomber, alors?

 

Boris : Mais ils ne veulent pas de nous. Trop jeunes.

 

Kora : Comment trop jeunes ?

 

Boris : Quinze ans minimum. Comme si ça faisait une différence.


Céline : Bon, peut être qu’ils ont raison. Moi ça me suffit de sortir en fraude pour aller me baigner de nuit dans la piscine de vieux bourges partis en vacances sur la côte atlantique.

 

Valentin : Céline c’est pas un jeu.

 

Céline : Quand même un peu, si ? On est quatre jeunes et on s’amuse et si ça veut dire ne pas respecter les lois alors c’est encore plus amusant. Qui ils sont pour nous dire ce qu’on doit faire et pas faire ?

 

Boris : Je lui ai dit que j’avais quinze ans.

 

Kora : Tu vas continuer, alors

 

Céline : Ce que je veux dire c’est qu’il sera temps quand on sera grands

 

Valentin : Ou pas.

 

Boris : Mais vous, vous êtres vraiment trop jeunes

 

Kora : Tu es responsable de moi, mon cousin. Je ne te lâche pas d’une semelle.

 

Boris : C’est pas encore fait.

 

silence

 

Céline : La piscine, alors , on y va ?

 

Boris : Non, fini les enfantillages, ce serait trop bête de se faire prendre pour une action inutile.

 

Céline : Et voilà. La seule chose qui me plaisait pendant ces vacances pourries et on laisse tomber parce que Boris attend une super mission qui va en faire un super adulte pourri pendant que moi je jouerai aux cartes avec mon grand père.

 

Valentin : Tu regardes autour de toi Céline ?

 

Céline. Evidemment. Je le  connais ton couplet. On est des privilégiés de chez privilégié  par rapport au sud. Nous au moins on a à manger en pagaïe et de l’eau pas trop pourrie, sauf dans notre mer chérie que tous les touristes pourris ont déserté maintenant qu’il est trop tard.

 

Kora : Et même si on est privilégiés, ça rime pas à grand chose de crever de scare dans nos cités en béton parce qu’on nous dit que les plus pauvres d’ici et d’ailleurs vont venir nous exploser dans nos meubles .

 

Valentin : Et même si on crève de scare ça rime pas à grand chose d’accepter le couvre-feu et les patrouilles et la Nouvelle Police parce que ça ne résout rien, au contraire

 

Boris : Et même si c’était utile on peut se demander à qui : à nous des blocks et des lotissements ou aux bourges des chateaux avec piscine ? Tu crois qu’ils ont des points en moins sur leur permis de travail, eux ? Tu t’es jamais demandé pourquoi ils ne vont jamais en prison pour activités anti-civiques? Pourquoi ils ont les meilleurs médecins ? Pourquoi ils ont des vacances tous frais payés alors qu’ils pourraient  se les offrir bien mieux que nous ? Parce que le schnam, le money, le fric, le blé, parce que tout ça , ma beautiful. Parce que ç’est ça la magie qui croit et se multiplie sur les mêmes têtes et les mêmes familles mais ne peut pas , oh  non jamais,  ne peut pas être partagé  … ou alors  par des miettes.

 

Valentin : Note bien que ces miettes tu y tiens plus qu’à tes os. Ce qui permet de placer le couvre-feu,  la nouvelle Police et les décrets directs.

 

Kora : Et qui t’empêche, entre autres, de continuer à voir tes amis tranquillement le soir.

 

Céline : S’il n’y avait pas le couvre feu ma grand mère me laisserait encore moins rester.

 

Boris :    Ta grand-mère en fait partie.

 

Céline : Ma grand-mère fait partie de quoi ?

 

Boris : Un autre cercle.

 

Céline : Ma grand-mère, tu plaisantes ?

 

Boris : Pose lui la question

 

Céline : C’est un complot ou quoi ? On est devenus adultes dans la nuit et personne ne m’a rien dit ? On n’a plus le droit de jouer au réseau , de chatter sur l’ ordi et de boire et de fumer en cachette et d’aller se baigner la nuit dans les piscines des autres ? Tu parles d’une vie !

 

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Extrait de  « Une porte sur l’autre pays »


 


                       


Résumé : Gamins des rues et des cités, du présent ou du passé, qui sait ? On survit et on s’occupe comme on peut….Mais cette porte, à quoi sert-elle, où mène- t-elle ? sur une scène peut-être.

 

Scène 1

 

Milou : (entre avec des planches) Marre de recevoir des ordres : (voix aigue)  « Porte ça , Milou. » (voix moyenne)  « Va acheter le pain , Milou. » (voix grave) « Jai pu d’cigarettes, Milou » »  Aucune différence. Ici, là bas.  Chez ma mère. Au foyer. A l’atelier du patron .Tout pareil la vie.

 

Stef : T’exagères. C’est pas à ce point là.(entre en traînant des tôles, ou éventuellement des plaques de lino ou de toile enduite) J’ai réussi à chtoublarver ça.

 

Milou : Tu fais trop de bruit

 

Milou essaie d’assembler des planches, en les retenant de ses mains, pour voir l’effet produit

 

Stef : T’as même pas de clous

 

Milou : Ioda les apporte

 

Stef : Elle tient vraiment à ce nom ridicule ?

 

Milou : Oui, elle aime mieux ça que Janine

 

Stef : Ouais, bon..

 

Stef imite Milou, mais  avec les tôles, sans grand succès

 

Milou : Sofi apporte des cartons, il y en a plein chez son père. Yazid apporte d’autres planches. Nadia des pots de peintures.

 

Milou : Et  Babou ? Il apporte quoi Babou ? (où : Elle apporte quoi..Vous êtes assez malins pour changer les autres répliques tous seuls)

 

Milou : Il porte rien, Babou. Il crie, ça il sait bien faire.

 

(voix de Babou) « Milou, il reste des planches ! viens les chercher ! »

 

 

Scène 2 

 

 

Les amoureux, enlacés, près du tas de matériaux provisoirement abandonné par Stef et Milou. Marco tire de sa poche une petite boite , en sort une paire de boucles d’oreilles, les donne à Sabrina qui les essaie.

 

Marco : Elles te vont bien

 

Sabrina : Tu me fais trop de cadeaux, mon Marco. Je ne sais même pas où tu prends l’argent.

 

Marco : Rien n’est trop beau pour toi, ma douceur.

 

Sabrina : Je t’aime mon Marco.

 

Silence.

 

Sabrina : Et pour le bébé, on fait quoi ?

 

Silence.  Entrée de Maman Krismeuss, clocharde, chargée de sacs, qui s’installe dans son endroit favori sans s’occuper d’eux)

 

Marco : Je réfléchis, ma douceur. Je réfléchis.

 

Silence. Elle sourit de toutes ses forces. Il l’embrasse, se lève, sort.

 

Chanson de Sabrina :

 

J’ai mal au cœur de toi mon bébé dans mon ventre

Ca ressemble pas tellement à ce qu’on m’avait dit

Pour le conte de fées, j’crois qu’il faudra attendre

L’père Noël m’a gâtée, mais il a mal choisi

 

J’aimais mieux les fou-rires avec les copines

J’aimais mieux les rêves  le soir dans mon lit

J’aimais mieux  le temps d’avant aujourd’hui

C’est un mauvais téléfilm

Une télé réalité de la vraie vie

J’veux sortir de l’écran

Avant que ça finisse mal

Avant que ça finisse mal

 

 

 

Scène 3

 

MK (Maman Krismeuss) : C’est vrai qu’elles te vont bien.

 

Sabrina : C’est de plus en plus dur de le croire.

 

MK : Je sais, ma fille, je sais. (Elle sort un bout de miroir.) Ne prend pas cet air ahuri, ma fille. Tu crois que je n’ai pas envie d’être belle, moi aussi ? Bon, pour l’instant c’est pas trop ça. Mais quand ils auront construit leur machin, là….

 

Sabrina : Ce tas de bordilles, là ? Qu’est ce qu’ils vont construire avec ? Ils sont fous ces minots. Qu’est ce que vous voulez que je fasse avec ce truc ?

 

MK : Regarde toi. Tu y crois, en celle là ?

 

Sabrina : Excusez moi mais je ne suis pas trop d’humeur à écouter les leçons.

 

MK : Parce que c’est ça qui compte.

 

Sabrina : Et c’est cette question là que vous vous posez tous les jours en vous regardant dans votre miroir pourri ?

 

MK : Entre autres.

 

Entrée Nadia, portant des sacs plastiques plein de pots de peinture

 

Sabrina : Non,  je ne le crois pas ! Tu as trouvé ça où ?

 

Nadia : A la cave, of course. Des centaines, de toutes les couleurs. Des vestiges de toutes les tentatives désespérées de papa pour embellir la vie.

 

Sabrina : Arrête de parler comme les livres.

 

Nadia : Je ne parle pas comme les livres, je fais les livres.

 

MK : Ca avance ton roman ?

 

Sabrina : Son roman, laissez-moi rire.

 

MK : Elle sera peut-être célèbre un jour.

 

Sabrina : Vous voyez ça dans votre miroir magique ? Allez viens Nadia, faut qu’on fasse à manger pour papa sinon il va encore ameuter tout le quartier.

 

(MK sourit, ne répond pas. Sabrina sort, en reniflant un peu. Nadia pose ses pots de peinture et la suit. MK S’enroule dans ses couvertures et s’endort.)

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