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Présentation

  • : Le blog de danielle vioux
  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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Certains de ces textes ont été écrits pour des ateliers d'écriture, sur le web ou ailleurs

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Samedi

 


Le samedi c’est plus tranquille. Il y a moins de monde. Je retourne au camp avec mon appareil photo . Elle est là avec les deux plus petits. Elle traverse le terrain et je ne vois qu’elle comme un soleil. L’éclair du flash. Elle lève les yeux et le soleil vire à l’orage. Pas de sourire sur son beau visage usé de fatigue. Le soleil a hâlé sa peau. Elle me fixe avec dureté sous les longues mèches de sa frange. Je ne bouge pas mais je jette des regards obliques pour voir si ses frères ou le reste de la famille sont dans les parages. Mais non, je le sais bien, ça fait des semaines que je les observe. Tout à coup je ne suis plus sûr de rien. Hier, ce matin encore, je ne pensais qu’à cette photo. Qu’à voler son image. Ou demander, peut-être. S’il vous plait, laissez moi prendre un cliché, juste un. Cliché, tu peux le dire, me nargue la petite voix dans ma tête. Cliché. Ce que tu imagines de sa vie. L’idée que tu te fais de sa pauvreté. Je lutte pied à pied avec la petite voix pendant les secondes infinies où la femme  marche vers moi,  sans lâcher les enfants. Témoigner. Ce que je veux faire. Dire l’injustice. Me battre pour que ça change, me battre avec mes photos. Tu parles. Naïf que tu es. Elle me fait face. Je ne suis pas très grand, ni très costaud. Un instant, l’ombre d’un sourire étire un peu sa bouche et fait comme une brève étincelle dans ses yeux . Je suis si troublé que je la laisse prendre l’appareil à mon cou. Je veux parler mais aucun mot ne sort. Elle a une odeur  de vanille qui me tourne la tête. Elle tient l’appareil à bout de bras et réussit je ne sais comment  à prendre une photo de nos deux visages emmêlés tandis qu’elle écrase mes lèvres avec les siennes. . Le baiser s’épanouit en coquelicot dans ma bouche. Puis elle me lâche et me rend l’appareil. Les deux petits , visage levé, contemplent la scène avec intérêt. Elle dit « Barre-toi, connard ». Et je m’enfuis, en effet, tandis qu’elle fait demi-tour comme si de rien n’était. Je cours tout au long du chemin de poussière jusqu’à la départementale où j’ai laissé ma vieille camionnette. Je cours jusqu’au labo et m’enferme avec des musiques jusqu’au moment ou dans les bacs les photos apparaissent  peu à peu. Elle avec les deux petits. Et notre baiser si mal cadré qu’on ne voit que nos mentons et des mèches de cheveux, les siens, bruns, les miens, blonds, un peu de son cou, et en arrière plan, au loin, toute la famille qui rentre en poussant de vieilles voitures d’enfant pleines de trésors dérisoires.

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Chance

 


Je suis resté environ une heure dans la salle de bains, le temps de sortir tous les médocs et les lames de rasoir et de les contempler  alignés là comme des soldats dérisoires. Après, j’ai pleuré un peu et puis j’ai tout mis à la poubelle et j’ai attendu.. J’entendais les pia pia pia de mes parents et  de leurs invités à travers les cloisons qui sont pas bien épaisses. « Et votre fils, alors, toujours pas bachelier ? »  Leur fils à eux  traîne sa dégaine de bourge dans les soi-disant grandes écoles, humiliations et formatage garantis. J’imaginais ma mère : « C’est un artiste, mon fils, il a des qualités mais pas celles qu’il faudrait dans le système scolaire » Toujours à me défendre, ma mère. Et mon père toujours à me descendre, mais souvent ça revient à peu près au même. La même nausée au bout du compte.

Finalement ils sont sortis sur le balcon alors j’en ai profité pour m’éclipser, je me disais que ça me ferait du bien de prendre l’air. Question air, j’étais servi, ça caillait, mais question ambiance nocturne je pouvais repasser. Dans ma ville, tout ferme tôt, surtout l’hiver. Restent trois bars  dont j’ai rapidement fait le tour, sans rencontrer personne de ma connaissance. Devaient tous être au chaud chez l’un ou l’autre, mais bêtement j’avais pas pris mon portable et puis est-ce que j’en avais envie de toute façon ? J’ai bu un coca en discutant avec des poivrots déjà bien avancés, puis je suis parti récupérer ma mob, je la laisse sans antivol toujours,  et elle est tellement pourrie que personne ne la vole. Après j’ai fait le tour par le circulaire et j’ai atterri au jardin, j’avais pas tellement de choix questions animations touristiques dans un rayon de cinq kilomètres, ma mob ne peut guère aller plus loin.

Le vieux  La Chance était là comme d’habitude, essayant de s’arranger un lit pour la nuit. Faisait froid, quand même, pour dormir dehors. La Chance a sorti une bouteille et on a bu à petite gorgées son eau de feu en devisant sur le monde. Enfin, moi surtout. Je lui ai raconté  la conversation avec Monsieur Severin le matin même, comment ils me gavent tous ces profs qui veulent absolument qu’on travaille et qu’on ait le bac et qui voient même pas que la vraie vie c’est ailleurs. La Chance a grommelé quelque chose que j’ai pas bien compris. Je suis rentré chez moi dormir. Le lendemain, au Lycée, Sandra m’a dit qu’on l’avait retrouvé mort de froid, le vieux La Chance, dans le jardin public. Et elle a ajouté : « Tu sais quoi ? On dit qu’il avait été prof, autrefois ».

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  La suite dans le recueil "EVASIONS" publié chez l'Harmattan


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