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  • : Le blog de danielle vioux
  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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Lucie à la fenêtre                     

 

 

Espace  vide. Sombre. On distingue à peine Lucie , debout, tenant à bout de bras un objet qui s’avère être un soutien-gorge. Lucie se balance doucement et chante . Le choix de la chanson est laissé à l’interprète mais il s’agit d’une vraie chanson chantée en entier et le mieux possible. Une suggestion : « Ca casse » (Maurane)

La chanson s’adresse très clairement au soutien-gorge, qui est en coton blanc tout simple, de petite taille, bonnets peu profonds. Lucie est vêtue de sombre, sans style particulier, des vêtements qui cachent le corps.A la fin de la chanson, la lumière est plus intense , assez chaude.

 

Lucie : ( détournant les yeux du soutien-gorge, s’adresse au public.)

             J’ai trouvé ce truc sous la table . Ca, et une bougie à  moitié consumée.

             Ce n’est pas à moi.

             Normalement, je n’aurais pas dû être là.

             Chez mes parents, j’aurais dû être.

              Seulement voilà, je suis rentrée un jour plus tôt.

            

 (Pendant le texte suivant, le soutien-gorge, comme oublié, prolonge simplement les gestes de Lucie.)

Je ne l’ai pas fait exprès, je le jure. Un concours de circonstances. J’avais conduit les enfants en Ardèche, enfin, seulement les deux derniers, parce que l’aîné, n’en parlons pas, plus question qu’il s’en aille deux mois là-bas, un mois c’est un maximum, alors il s’est trouvé un camp, un chantier international , avec ses copains du lycée . Son père l’a aidé je pense… Bref je devais rester trois jours. Et puis au bout d’un jour on s’était déjà disputées trois fois avec ma mère , et mon père m’avait fait une bonne douzaine de remarques sèches sur ma vie, mes vêtements, et les succès de mes sœurs. Avec mon père on ne peut pas se disputer parce qu’ il n’attend jamais la réponse. Il vous guillotine et puis il vous laisse toute seule avec votre tête sous le bras, débrouillez vous. Moi, je n’ai pas trouvé d’autre réponse que la fuite, depuis toujours, alors voilà, c’est ce que j’ai fait une fois de plus, j’ai fui. Un peu culpabilisée parce que les deux petits allaient rester là, entre ma mère qui crie et mon père coupeur de têtes, mais d’un autre côté ils cavalent dans la colline toute la journée et ils s’en moquent un peu .Et puis va savoir pourquoi, avec eux, il y a moins de cris, moins de sarcasmes, si j’osais je dirais :plus d’amour … si vous avez un bon microscope. 

 

(Elle roule le soutien-gorge en boule et le serre contre son cœur pendant le texte qui suit)

Ce qui m’a décidée à partir, aussi, c’est que Jérôme voulait rentrer sur Marseille et qu’il n’avait pas de voiture, alors j’ai dit d’accord, je t’emmène. En souvenir de nos quatorze ans et de la fois du jeu de dames et des câlins sous les buissons. Enfin, ça je l’ai pensé, je ne l’ai pas dit. Je ne suis plus amoureuse de Jérôme depuis longtemps mais  ça me faisait plaisir de passer un moment avec lui ; On ne s’était pas vus depuis au moins dix ans parce qu’il ne vient pas souvent voir sa famille. Mais il ne faut pas dix minutes pour que j’aie l’impression qu’on s’est quitté la veille. Il vieillit bien, Jérôme. Il a les yeux qui pétillent et un grand sourire adolescent et il est même inutile de reprendre le résumé des épisodes précédents, on peut passer directement aux histoires en cours, il comprend aussitôt, il se rappelle le nom des gens dont on a parlé il y a dix ans, il écoute vraiment. J’aimerais bien qu’on soit amis, qu’on se voie ailleurs que là bas mais….disparaître, ça aussi c’est une chose qu’il sait bien faire.. sans adresse sans rien…pendant dix ans par exemple…(elle mordille le soutien-gorge d’un air absent)   enfin bon, en est rentrés ensemble…et je l’ai déposé pas loin de Castellanne, et là… il a fait quelque chose…qu’il n’avait pas fait depuis cet été de nos quatorze ans… à croire que la phrase il l’avait lue dans ma tête… il m’a… embrassée… et il a posé sa main….et je  l’ai laissé faire… et même… et tout cela avec le sentiment que ça ne m’arrivait pas à moi….En fait, je pensais à  Christian et au plaisir incroyable que j’ai avec lui… à comment je vibre avant même qu’il ne me touche…comment je supporte tout le reste à cause de ces moments là . Quand on arrête de se déchirer et de vouloir exiger de l’autre ce qu’il ne peut pas nous donner, lui qu’il ne regarde que moi et pas seulement mon cul, je veux dire moi entière….moi et personne d’autre…et moi que j’arrête de réclamer de l’amour, que je me contente de ma petite part privilégiée de femme officielle et mère des jumeaux…que je me contente de l’amour de ses mains sur mon cul et du plaisir qui monte en moi… Enfin je pensais à Christian pendant que les mains de Jérôme…et il y avait une étrange douleur …je veux dire douceur…dans ce baiser et ces caresses…pas un plaisir violent…autre chose…j’étais comme au dessus de mon corps et de cette voiture et je regardais la scène…Et puis il m’a lâchée et il a dit quelque chose d’étrange, une espèce de proverbe, en anglais, je crois que c’était « you only have to walk  into a dark wood before …. » je ne sais plus la suite… avec son sourire et ses yeux qui pétillent et peut être une petite nostalgie en plus, va savoir…puis il est sorti de la voiture et il a pris son sac et il s’est éloigné…et de là-bas, d’assez loin en fait, il m’a crié un numéro de téléphone et naturellement je n’avais pas de stylo, et en plus je n’étais pas sûre d’avoir bien entendu …je me le suis répété et répété mais j’avais un doute…un doute.

 

(Lumière froide. Lucie défroisse le soutien-gorge et le pose devant elle, assise au sol.)

Et puis je suis rentrée et j’ai trouvé ça. Ca et une bougie à moitié consumée.

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extrait de "Ash-Tray" (1998)

         




                              "Ash-Tray" au centre culturel de la Castellanne, Marseille,  mars 04
(Véronique Pineau)









ASH-TRAY

 

 

                   ( CONTRAT ETERNEL)

 

 

 

Scène 1 :

 

Claire : (elle pleure )Franchement Papa excuse-moi mais c’était pas le jour. Je comprends pas Maman. Ca fait six ans qu’elle refuse de sortir et d’un seul coup la voilà qui part au Maroc toute seule. Enfin , toute seule, j’en sais rien. Remarque, je la vois pas se faisant la malle avec un autre homme. (elle rit)  Quoi que, finalement…Elle sortait de chez le coiffeur, non ? (silence) Enfin ça ne veut rien dire. Ca ne serait pas une mauvaise idée, remarque. Mais enfin, elle aurait pu te laisser à la maison. Qu’est ce que je peux faire de plus ? Il y a six ans qu’on aurait dû régler cette histoire. Où est-ce que je vais te mettre ?J’avais presque réussi à ….(silence) Et la voilà qui te sort du placard, qui t’amène ici et qui disparaît Dieu sait où avec Dieu sait qui. Et moi je sais plus où j’en suis et je peux même plus pleurer tranquille, j’ai l’impression que tu me regardes. (elle pleure). Oh et puis merde. Tu en penses ce que tu veux. Qu’est ce que tu imaginais, hein ? Que j’avais fait une croix là-dessus depuis le départ de Bernard ? Ca fait trois ans, Papa, et moi je suis pas une nonne. Je suis pas Mata Hari  non plus note bien. Je viens de me prendre encore une belle baffe. Métaphoriquement parlant. Je veux dire, le genre d’homme que je devrais fuir en courant . (elle rit). Ta fille a le cœur brisé, Papa. Une fois de plus .Remarque je m’améliore, je ne me jette plus sur le frigidaire maintenant, c’est déjà ça. Je pleure et je pleure et je pleure. C’est moins cher qu’un psy et ça évite les ulcères. (elle pleure) Non  franchement je dis n’importe quoi. (elle pleure de plus belle) Tu vois dans quel état je suis, Papa, tu le vois ? Qu’est ce que je peux faire de toi ? Je suis plus bonne à rien. J’ai cent ans . Je suis plus vieille que Maman. C’est déjà bien que j’aie pas à te nourrir, je suis même plus capable de me faire à manger. (silence) . Enfin, aujourd’hui, va quand même falloir que je me bouge, parce que j’ai invité Thomas et il a un appétit féroce. De toute façon je vais pas lui ouvrir la porte avec des yeux comme ça. Il supporte pas quand je déprime, ça cadre pas avec l’image qu’il a de moi.(elle rit) De ce que je devrais être.(silence)  Enfin ça c’est récent parce que quand il était plus petit… Il a changé, Papa. Il est devenu exigeant, intolérant…Je n’arrive plus à le faire sourire. Enfin, ça serait un miracle que j’y arrive, vu que j’arrive même plus à me faire sourire moi-même.(elle pleure) Oh là là, c’est pas vrai, je suis une catastrophe ambulante. Bon, c’est pas tout, ça. Où je vais te mettre ? Sur une étagère ? C’est un peu bizarre, non ? (silence)Je peux quand même pas te mettre dans un fauteuil ? Je te mets dans le placard dans ton sac, voilà tout.(silence)  Non, c’est pas possible, tu n’es quand même pas un objet. Bon je te sors du sac. (Elle sort un paquet enveloppé de papier kraft.) Elle t’a ficelé comme un saucisson .(silence) Oh mon dieu ça y est je me rappelle. C’est moi qui avait fait ça il y a six ans parce que le couvercle ne tenait pas bien. (elle rit) Comme si tu allais te sauver, hein, pas de danger. (Elle pleure) Papa, papa, te voilà  dans un bel état coincé depuis six ans dans ton cendrier ambulant. Et me voilà dans un bel état aussi. Ah vraiment, on fait une belle paire. (silence ;elle rit ;elle pleure)

 

 

 

Scène 2 : 2 jours plus tard

 

Claire : Je  vais peut-être le défaire, ce paquet. Six ans que je ne l’ai pas revue, ta Mercedes. Là, voilà, c’est quand même mieux que ton emballage cadeau, non ?Sobre et pas vraiment laid . Plutôt…neutre. Il y a eu un film, je crois, Roumain, il

me semble. Une fille qui se balladait avec les cendres de son père. Je ne l’ai pas vu, dommage. J’aime bien les road movies. Toi c’est un mot qui ne t’aurait pas plu, hein, trop Américain… Enfin, ce qui est bien c’est qu’on n’est pas obligé d’expliquer les mots quand les gens sont morts, ils comprennent tout de suite. Mais qu’est-ce que je dis là, moi ?

Heureusement que je me connais, sinon j’appellerais tout de suite un psy. Tu  te rappelles juste après ta mort, quand j’avais ces visions ? Moi j’en étais plutôt contente, c’était un lien avec toi, ça me donnait l’impression que je maîtrisais un peu les choses. Quand j’en ai parlé à Solvero, il m’a filé des cachets en marmonnant quelque chose  sur Electre et le nécessaire travail de deuil . Quant à Estrella, elle a pris l’air indifférent pour me dire que c’était seulement du mental, je suppose que ça voulait dire que je me faisais mes programmes télé au lieu d’attendre qu’ils arrivent dans le poste. Enfin, curieusement, il m’a semblé qu’elle essayait de me protéger de quelque chose ou de moi-même bien davantage que ne l’avait fait Solvero…dont j’ai jeté tous les cachets d’ailleurs.(long silence ;elle caresse l’urne) Tu te rappelles quand je t’ai dit : tu es venu me chercher à la maternité, je suis venue te chercher au cimetière, c’est de bonne guerre…(silence ;elle sourit) Bon, ça ne m’empêche pas de penser qu’on aurait dû disperser tes cendres il y a longtemps, ça n’a pas de sens d’attendre ainsi.(silence)

Je te laisse un moment sur la table… Après je trouverai bien un endroit. De toute façon je n’attends personne avant ce soir…Non ,Thomas, comme l’autre jour. Avant de retomber amoureuse, je vais me retaper un peu, je crois, sinon je ne serai pas assez costaud pour le prochain chagrin. Thomas il doit sentir que sa mère ne va pas fort, il était tout gentil avant hier, je l’ai mal jugé je crois. C’est ma faute aussi, j’ai loupé le coche au début de sa crise d’adolescence , trop de soucis perso…….et après c’est dur à rattraper. Ou peut –être que c’est lui qui a pris un peu de maturité. Si seulement il trouvait un travail. Ca fait deux ans qu’il a quitté l’université. Enfin, il a  finalement appris a parler avec des vraies phrases et plus avec des slogans, c’est déjà ça….. J’étais déjà comme ça, moi ? Insupportable de pédanterie et de certitudes quand j’avais vingt ans ? Excuse-moi, Papa, mais au niveau des certitudes, je vois bien d’où vient l’héritage,si tu vois ce que je veux dire. Papa ? ? ?Papa ! ! ! ! !

 

 

Scène 3 : 4 jours plus tard

 

Claire : Je me demande pourquoi j’ai accepté de recevoir cet Américain . Vous avez un grand appartement et les gens vous prennent pour un hôtel. Ici, on reçoit les morts et les vivants. English spoken. Oui-ja . Tables tournantes. Bon, ça va. On peut bien plaisanter . Tu te rends compte, je peux même vous mettre dans la même chambre et il n’y verra que du feu ! (elle rit) Mieux  que les marchands de sommeil. Sous-louez votre chambre pour l’éternité, c’est un bon placement…sans compter l’enrichissement métaphysique  . Petit à petit on s’habitue à la compagnie des morts…Remarque, peut-être que c’est toi qui ne t’habitueras pas à la compagnie d’un Américain ! ! ! Est-ce qu’on a encore ce genre de préventions

quand on est une âme ? Normalement tu devrais être au delà

de ça. Est-ce que tu es une âme, d’ailleurs ? Pour un Marxiste mécréant et bouffeur de curés c’est quand même… Ce doit être… Tu ne dis rien ? Tu n’es pas bavard aujourd’hui. La première fois que j’ai réalisé que je t’entendais dans ma tête,

j’ai failli faire un arrêt cardiaque, mais c’est drôle comme on accepte  vite…Je me demande si je pourrais te voir….Il y a bien cette espèce d’opacité au dessus de l’urne , mais…  Papa ?…

 

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