Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de danielle vioux
  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
  • Contact

Profil

  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

Recherche

/ / /

Extrait de "L'AMANT NI  RIME, L'AMANT MI RIEN ET MAMAN TIRELIN"

Co écriture avec Sylvain Geray  ( 1999)

 

 

psyu14120111.jpg

 

 

 

Scène presque vide, sombre . La lumière monte très lentement  révélant Martin, assis de dos sur une chaise blanche. Il est penché sur quelque chose qui l’absorbe. On verra qu’il s’agit d’un canevas auquel il travaille. A ses pieds une valise ouverte et visiblement vide.

Musique, peut-être Erik Satie ou alors John Cage ou Wim Mertens ou Pascal Comelade  ou Yann Tiersen, comme dans le lointain,comme un souvenir.

Entre Milena, souriante, portant un plateau blanc avec un verre rempli d’eau. Martin se lève et lui fait face . Il sourit aussi.

Milena pose au sol le verre et le plateau et sort de sa poche un petit carnet et un stylo. Elle prend des notes avec intermittence.

 

Martin : Ah, je vois que vous avez trouvé la cuisine.

 

Milena : Ce n’était pas très difficile.

 

Martin : Cette maison est si grande, je serai heureux de ne plus y vivre seul. Je dois vous prévenir cependant que je ne peux pas vous donner de réponse immédiate. Il y a…certains éléments qui me manquent encore. J’espère que cela ne vous ennuie pas trop ?

 

Milena : J’ai tout mon temps. Moi aussi j’aimerais vous connaître mieux avant  de prendre une décision.

 

Martin : Merci pour la boisson fraîche en tout cas. Ne voulez vous pas boire quelque chose vous même ?

 

Milena : J’ai bu à la cuisine.

 

Martin : Avez vous visité l’autre chambre aussi ?

 

Milena : Oui, elle est petite mais le soleil y entre à flots. J’aimerais refaire les peintures cependant.

 

Martin : Je n’aime pas le soleil. C’est pourquoi j’ai choisi celle –ci.

 

Milena : Vous n’aimez pas le soleil ? Voulez vous m’expliquer cela ?

 

Martin :Il n’y a rien a  expliquer. J’aime l’obscurité. Mais bien sûr …le soleil est amoureux de la terre…la terre est amoureuse du soleil…ça les regarde, c’est leur affaire….( il semble attendre quelque chose) Vous ne m’avez pas dit votre nom. Non, ne dites rien. Je devinerai tôt ou tard.

 

 Milena : Moi aussi, bien sûr.

 

Martin : C’est tellement mieux ainsi.

 

Milena : Si vous voulez.

 

L’expression sur le visage de Martin est depuis quelque temps en décalage, comme s’il se composait des visages multiples, avec des passages au masque neutre,le regard vague. Il sort de sa poche un œuf dur dont il heurte ostensiblement la coquille en rythme sur le rebord de la chaise. Milena ne dit rien .

 

Martin : Les locataires précédents étaient tellement…prévisibles. Leur nom était inscrit sur leur figure, pour ainsi dire. Aimez vous le jardin ?

 

Milena : Il est bien entretenu. Y a-t-il eu beaucoup de locataires ?

 

Martin :Oh…quelques uns. Je ne me souviens plus.

 

Milena :Des hommes, des femmes ?

 

Martin : Cela ne vous regarde pas. Vous êtes trop curieuse. Franchement, je déteste ça. Chacun a droit à sa vie privée sinon la cohabitation devient vite un enfer .Je ne crois pas que vous ferez l’affaire. Vous pouvez partir.

 

Milena se dirige vers la sortie cour. Au moment de sortir ,elle se retourne et dit très clairement : Prévert.

 

Martin : Bon, il faut bien dire que j’ai un caractère assez difficile. Il vaut mieux que vous le sachiez dès maintenant. Mais si j’ai confiance, alors…tout ira bien. Revenez, voulez-vous. Je crois que nous avons beaucoup à nous dire…que nous avons..des points communs.

(Il mange l’œuf dur avec avidité et manque s’étouffer)

 

Milena :que diriez-vous de… :

            Dans l’obscurité de la vaste salle

            Fais et défais

            Le temps est à ce prix

 

Martin : (à nouveau souriant, montrant son canevas) C’est un joli motif, n’est-ce pas. Une frise d’inspiration grecque… Avez vous des passe-temps intéressants ?

 

Milena : Boxe Française, Kung Fu, Tir au pistolet . J’adore cuisiner aussi. Je n’ai pas d’animaux.

 

Martin :Tant mieux.

 

Milena : Tant mieux quoi ?

 

Silence . Il reprend son canevas. Elle prend des notes . Elle le regarde.

 

Milena : La tapisserie vous aide, n’est-ce pas ?

 

Martin : Il y a ces maux de tête, bien sûr. On s’y habitue.

Mais le bruit, le bruit…

 

Milena :J’ai déjà partagé un appartement. J’ai appris à ne pas déranger. J’avais … une sœur.

 

Martin : Une sœur . Elle ne va pas habiter ici, n’est-ce pas ?

 

Milena : Non, elle…

 

Martin : La maison est spacieuse, mais je ne souhaite pas louer plus d’une chambre.(silence). De toute façon, l’aile nord est en très mauvais état.

 

Milena : Personne ne viendra à part moi.

 

**********************************************************************************************************************************

 

 

Extrait de "RIEN NE M'EMPÊCHERA JAMAIS DE REGARDER LE CIEL EN FACE"

 

co-écriture avec Sylvain Geray (2001) sur une proposition de la plasticienne Rodia Bayginot







Ville, rue, nuit. Un banc ou un bord de trottoir

 

Scène 1

(Cindy assise)

 

Colomba :C’est ce poignard , surtout. Que vous n’ayez pas de briquet passe encore mais que vous m’ayez tendu ce poignard à la place…ça m’a fait un choc.

 

Cindy : J’ai un briquet aussi.

 

Colomba : Ce doit être la fatigue.

 

Cindy : Un cadeau de mariage.

 

Colomba : Vous venez de vous marier ?

 

Cindy : Ca fait…quoi …15 ans.

 

Colomba : Bon, il n’est jamais trop tard.

 

Cindy : Pour se marier ?

 

Colomba : Pour les cadeaux …(silence)…enfin ce que j’en dis…(silence)…encore amoureuse ?

 

Cindy : Je ne l’ai jamais oublié, je crois . Il avait les yeux d’un gris très clair…la peau douce…

 

Colomba : C’est vrai la peau change un peu en vieillissant…mais les yeux…

 

Cindy : Je n’en sais rien. Je ne l’ai jamais revu.

 

Colomba : Votre mari ?

 

Cindy : Mon mari a les yeux noirs…

 

Colomba : Ah je… bon vous avez au moins gardé le briquet…

 

Cindy : Il me l’a donné juste après la cérémonie, et puis il est parti. Il n’est même pas resté pour le repas.

 

Colomba : Et votre mari ?

 

Cindy : Il est resté …

 

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

 

Scène 2

(les deux assises, assez éloignées)

 

Colomba : De toute façon je n’ai plus de cigarettes .

 

Cindy : Je ne fume plus.

 

Colomba : Qu’est-ce que…ah des pastilles de menthe…j’ai cru que vous alliez me sortir …je ne sais pas moi…une grenade dégoupillée…ça ne vous dérange pas si je m’incruste un moment ? Il n’y a plus de métro ni de bus à cette heure là, je n’ai pas l’énergie de rentrer tout de suite. My feet are killing me …comme disent les Anglais.

Cindy : Ca va.

 

Colomba : Vous aussi vous êtes fatiguée. Vous habitez loin ? Vous n’avez nul part où aller ?

 

Cindy : Je viens des immeubles là-bas, de l’autre côté du parc.

 

Colomba : Pas envie de rentrer alors ? Dans le beau grand appartement confortable ?

 

Cindy : Je ne sais pas…

 

Colomba : La rue c’est pas terrible non plus, tu sais.

 

Cindy : J’ai la clef.

 

Colomba : C’est le mari, alors, le problème ? Pas assez de gris dans les yeux ? Un petit coup de nostalgie ? Un anniversaire, peut-être ?

 

Cindy : Ca va.

 

Colomba : Tu n’en donnes pas l’impression…

 

Cindy : Il s’appelle Patrick, mon mari. L’autre aussi d’ailleurs, les yeux gris.

 

Colomba : Au moins tu ne risquais pas de te tromper. Pardon, c’est pas drôle…

 

Cindy : Il a invité des amis aujourd’hui. Il aime bien inviter des amis. Là, c’est des amis de son travail. Avec leurs femmes ou leurs maris.

 

Colomba : Sympas ?

 

Cindy : Ca va.

 

Colomba : Mais c’est pas des amis à toi, c’est ça ?

 

Cindy : Je n’en ai pas…plus…loin…mais ceux d’aujourd’hui ne sont pas les pires. Sauf  un. Qui est aussi un ami de chasse de Patrick. Les autres ils boivent sec et il ne faut pas leur en promettre question repas, mais bon ça va, ils restent calmes . Y’en a même qui disent merci.

 

Colomba : Et Patrick, il dit merci ?

 

Cindy : Il dit merci ma Chipounette et il me met la main aux fesses.

 

Silence. Colomba regarde Cindy qui ne la regarde pas …puis cherche quelque chose dans son sac…et finit par renoncer.

 

Cindy : Mille fois peut-être j’ai ri . Il pensait sûrement bien faire. Une femme tu lui mets la main aux fesses avec un petit nom familier et un air satisfait de propriétaire et voilà elle ne veut rien de plus. Elle sait que tu l’aimes. Enfin , les mille premières fois pour quelqu’un d’assez lent comme moi. La mille et unième fois j’ai pris deux trois affaires et je suis partie aussi sec. Je les ai plantés là avec leur souper de petits oiseaux et je suis descendue au parking.

 

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^


Extrait de : "Une miette de pain sur mon lit"

ce texte est  l'une des trois co-écritures faites avec Sylvain Geray




Lumière faible. Draps au sol formant une espèce de patchwork géant en cours de fabrication (et peut-être meubles recouverts de draps comme avant une longue absence  prévue)

 

Les didascalies sont une tentative de préciser nos images intérieures. Elles peuvent être adaptées à d ‘autres imaginaires en gardant à l’esprit la question des distances et des trajets et celle du jeu.

 

Elle, Lui

 

 

****************************************************

 

SCENE I : INFORMATIONS

 

LUI-(Assis avant scène cour, face public, semble réciter)

- Une miette de pain sur mon lit. Une trace de toi dans mes draps . Que fais tu? Où es tu? Je l'ignore. Fin du monde demain. La fin d'un monde ?

Tu ne m'as toujours pas dit ce que j'aimerais entendre. Ces trois mots, trois syllabes inutiles, un son parmi tant d'autres.

subitement violent C'était pour qui ce blanc?

Et aussi : L' éclipse demain. Le soleil a rendez vous avec la lune. Et toi? Qui? Pour lequel ces étincelles? Tu ne me le diras pas.

Je me prépare, pourtant. Je dis les mots avant, dans ma tête. Je me promets que je ne mendierai pas, que je ne laisserai rien paraître même de mes sentiments. C'est ce que tu veux, ce que tu acceptes, et moi, simplement pour te voir apparaître une fois de plus dans ma maison de bois à l’orée de la forêt je jure de me taire, de ne rien demander de l'autre.

 

ELLE- (De dos, fond jardin) - Si j'arrête de crier, je meurs.

Si je suis folle alors je suis encore vivante. Mais si tu me réponds " NON!" alors je n’ai plus qu’à mourir.

 

LUI (se lève et balaie son carré. Neutre)

- Et tu entres dans ta robe blanche , le long manteau de fourrure est déjà jeté au sol et j'essaie. J'essaie. Derrière mon dos j'enfonce mes ongles dans ma peau, je souris et je saigne. Je te raconte des choses de ma vie et tu souris. Tu m'aimes ainsi, joyeux, facile. Tu me laboures le cœur et puis tu repars vers lui, la conscience en paix.

Mais je ne peux plus, tu as vu? Les mots sortent tous seuls de ma bouche, il me trahissent; ils t'éclaboussent de l'obscénité de mon amour qui t'encombre comme un vieux manteau trop porté dont on n'arrive pas à se défaire..

 

Voix off radio – Ce matin vers 9.45 près du petit village de Mizerre un corps portant des traces de coups et de blessures au visage a été retrouvé. L’enquête va essayer de  …

 

 

 -Tu secoues ta tête d'ange cruel et tu défroisses ta robe et tu cours vers lui.

Je regarderai le soleil…  A m'en brûler la rétine. Pour arrêter ce naufrage, mon naufrage.

J'ai même peur de ne plus sentir l'odeur que tu aimes.

J'ai mal de me taire, j'ai mal de parler, j'ai peur du silence comme j'ai peur des mots. Tes mots qui creusent en moi, qui s'immiscent dans ma vie.

Les miens qui glissent sur toi. Allez. Déshabille-toi.

 

ELLE- (debout, demi tour,  se met en marche ,avance d’une case . Comme à elle-même :)   -Déshabille toi !

 

LUI - comme à lui-même - .Déshabille toi.

 Ce n’est pas ma voix qui prononce ces mots. Ma voix est un corbeau qui croasse. Ma main au bout de mon bras une araignée monstrueuse. Je suis un monstre. Allez, déshabille toi. Tu es la Belle et je suis la Bête et je vais orchestrer quelque perverse cérémonie que tu n’oublieras jamais. Tu comprendras. Ma voix est un fouet. Je voudrais qu’elle laisse sur ta peau des zébrures, des marques indélébiles, qu’elle te tatoue en plein cœur ces tortures d’amour que tu m’infliges.

Déshabille toi. La pièce est vide. Silence. Un poids lourd démarre au feu rouge là bas loin sur la nationale. 

 

Voix off radio :  …………………se portent du côté de la maison qui héberge le groupe « premier matin du monde ». Cependant les voisins affirment n’avoir remarqué aucun…………….

 

 

ELLE – Tous les soirs, je regarde par la fenêtre et je le vois s’éloigner.

Je sais que ça ne sert à rien  mais je n’ai pas envie d'arrêter… Un tambour  dans ma tête, un ordre trop répété…

Ce n'est pas moi. Ce ne sont pas mes mots . C'est ta voix en moi. Et la voix de ma

mère . Et la voix de mes deux maris. Toujours la même chanson, si lancinante que je  la sais par cœur et tu vois, je me la chante moi-même, beau boulot.

(Son visage devient un masque de vieille femme) – Arrête de pisser, de hurler, de baver, petite peste !

Arrête de dormir, de danser, de faire semblant d’obéir, idiote !

Arrête de sortir, de faire la grande, de ramener des hommes, salope !

-Regarde comme c'est subtil. Des mots qui font mal et qu’on répète tous les jours pour que je me taise. Et je ne réponds rien, je ne veux pas leur dire qui je suis. Il suffirait pourtant d'un mot. Ecris "parce que " à la place de "si". "Si je ne vois pas… si je n'entends pas.." implique un manquement rare à quelque paradis dont je serais le centre capricieux et gâté. Un jour les serviteurs câlins et consciencieux de ce paradis se seraient mis en grève ou simplement ils se seraient endormis les pauvres, il faut les comprendre avec un si dur travail.

 Et moi, exigeante souveraine, je trouverais encore à redire, je me plaindrais honteusement, je serais insatisfaite et frustrée de ces quelques secondes de non-paradis.

 

Voix off infos radio : Dans la nuit du 24 au 25 alors qu’il rentrait à pied chez lui, un homme blond aux cheveux courts, bien habillé lui a proposé de le raccompagner. D’après un témoignage, il semblerait que…

 

 

(A cet instant ils sont sur une même case)

LUI – Le Paradis est un endroit où on pourrait se comprendre sans dire un mot, où faire l’amour serait sans questions, sans réponses à trouver

 

ELLE -Tu y crois, toi?

 

LUI – Non …

 

ELLE – (Se remet en route) Et maintenant écoute avec "parce que". Parce que je ne vois pas. Parce que je n'ai jamais vu. Parce que ma mère m'a tenue à l'écart des garçons le plus longtemps possible et près d'elle par la même occasion. Parce qu'après ça ils me paraissaient si extra-terrestres que je ne savais même pas leur parler, alors tu imagines les séduire. Parce que ma mère m'avait si bien appris que je n'étais pas conforme à ce qu'on attendait de moi, une grosse boule de déception en quelque sorte, jamais assez bonne élève, jamais assez bonne fille, jamais assez gentille, jamais assez raisonnable, jamais assez conforme. Si j'étais une pièce d'usine on m'aurait jetée au rebut…

 

 

Voix off radio :les pluies diluviennes qui tombent sans répit depuis trois jours déjà devraient continuer au moins jusqu’à mardi. Des recommandations de prudence………………….

 

 

Lui- Le contremaître voulait me voir ce matin. J’ai pensé qu’il allait me renvoyer, qu’il trouverait un prétexte pour le faire, qu’il avait un cousin ou un neveu à placer, je sais qu’il ne m’aime pas, mon tatouage il ne l’aime pas, mes cheveux il ne les aime pas, mes tenues il ne les aime pas.

 Mais il n’a rien a me reprocher, comment pourrait-il savoir ? Il ne sait pas lire dans ma tête. Dans le travail je suis réglo. Jamais en retard, jamais absent, quelque soit le temps. Il ne peut pas voir ton image dans mes yeux, ni ton image ni les scènes que j’imagine heure après heure en répétant les mêmes mouvements, les mouvements de machine, mon corps machine et ma tête pleine de toi, des images crues , violentes, un barbouillis de couleurs chaudes éclaboussées dans mon imaginaire, chaud mon imaginaire,  glacés mes doigts, il ne voit rien mais au fond de son cerveau reptilien il se doute de quelque chose…. Un doute vague mais agaçant.. pas de preuves ….. pas de preuves.

 Ce n’était pas pour cette fois. Seulement des heures supplémentaires, une grosse commande, faut assurer, à l’entendre on croirait que la boite est à moi et son honneur entre mes mains,quelle bonne blague !

 

Voix off – Selon le témoignage des voisins, il semblerait que de toute évidence, la victime de nationalité étrangère n’avait pas l’habitude de sortir à cette heure …

 

 

ELLE – et vlan dans la caisse en carton à côté de la chaîne où paradent les modèles réussis, mais chez les humains ça fait mauvais effet alors on garde, tu vois, et puis t'es pas cent pour cent ratée , juste trop ceci et pas assez cela, alors on te garde, tu es là pour meubler, pour faire la copine de la jolie blonde que tous les hommes entourent et qui n'a donc pas besoin de pleurer crier supplier pour qu'on s'intéresse à elle tu vois, elle gagne sur tous les plans celle là aussi. 

(LUI l’écoute intéressé)

Et après tu fais la femme du type qu'aurait bien voulu la jolie blonde, où à défaut une imitation de sa propre mère en plus joli si possible , et qui t'a choisie à la place, un instant de déprime sans doute, alors maintenant il te rechante la même chanson, la chanson de la pièce non conforme qui en plus dérange tout le monde en demandant de l'amour. Je sais. C'est pas comme ça qu'on va m'aimer.

(A nouveau sur une même case ,comme un jeu)

LUI – Alors c’est comment ?

ELLE – …

LUI – C’est comme ça ? (il l’embrasse)

ELLE étonnée naïve – …non

LUI doucement - ..je t’aime..

ELLE (s’éloigne)

LUI – Tu es mon cœur dans ce corps qui bat, tu es …

ELLE indulgente– non arrête…

LUI – Mais j’aime pas quand tu regardes un autre homme, quand tu le regardes de cette façon qui lui fait comprendre clairement que…

ELLE hystérique – ARRETE !!

…C'est pas comme ça qu'on va s'aimer…

Pas avec cette aigreur, cette hystérie-utérie qui dérange, cette folie, oui, ma folie. Je te présente ma meilleure amie, cette sorcière aux cheveux de serpents.

Que ma mère, que mes maris aient seriné cette chanson à mes oreilles, bon, ainsi va le monde, à la guerre comme à la guerre. Mais toi. Que toi aussi tu fasses partie de la foule, alors non. Trahison !!…

 

Voix off radio :………………….. lier ces arrestations avec la rumeur persistante de fin du monde que charrie avec lui chaque changement de millénaire. En l’an mille……………………..

 

 

 

SCENE II : GASTRONOMIE

 

ELLE - Une miette de pain coincée entre les dents

LUI - Prendre un amour impossible et puis

ELLE -  Le badigeonner de belles déclarations

LUI - de sentiments bien frais

LES 2 – Réserver

            Pour les jours de famine

ELLE - Prendre une jalousie et puis

LUI - Souhaiter la mort de l’autre et puis

         Si jamais elle se produit

ELLE - Se couper la main droite

LES 2 - Avant l’aube si possible

            L’heure des beaux sacrifices

ELLE - Prendre une belle révolte

          Une jolie rébellion adolescente fera l’affaire

LUI - Mais si vous avez au frigo

          Une vraie révolution

          Même lyophilisée

LES 2 - Alors là !……………………………….

LUI  - conservez

ELLE - sans en altérer le subtil parfum

LUI  - mais si cela devait arriver

            Si un goût amer

             Si un goût de sang………………… ;

ELLE -  jetez !

              Sautez la rivière

LUI - Encore une rivière ?

           Les plantes poussent elles de l’autre côté ?

ELLE - Il y en aura d’autres

            Y aura-t-il assez de chaleur de l’autre côté ?

LUI - Tu feras  du feu. Tu en as déjà fait.

ELLE - Je ne suis pas sûre d’avoir envie d’aller voir

LUI - La rivière t’entraîne. Tu aborderas plus bas.

ELLE - j’ai peur et j’ai envie

LUI - Ne pars pas si vite ! J’avais cuisiné ce repas pour toi

ELLE - Rendez vous à la prochaine escale

 

 *************************************************

Partager cette page

Repost 0
Published by

Pages