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  • : Le blog de danielle vioux
  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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Il serait temps que tu écrives quelque chose de drôle avec de vrais parsonnages" ( 2006)

 

 

 

 

frontiere.jpg

 

 

note: Il existe une version scénario de ce texte

 

 

Rosa   45 à 55 ans..ou plus ?

Josh    Idem

Banjoe  35 à 45 selon l’âge de Rosa

Lalie        80  environ…ou plus ?

Camille  30 à 35

Angel     10 à 12

 

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1 : L’invité

 

Josh : c’était peut être pas une bonne idée de l’inviter ce soir.

 

Rosa : Ce soir ou un autre soir….

 

Josh : Pourquoi alors ?

 

Rosa : Pourquoi quoi ?

 

Josh : Pourquoi tu lui as dit de venir ?

 

Rosa : Tu étais d’accord, non ?

 

Josh : Mais c’est toi qui dis, «  ce soir ou un autre soir c’était pas une bonne idée »

 

Rosa : Mais non, c’est toi qui as dit, « c’était pas une bonne idée »

 

Josh : et tu as dit :  « ce soir ou un autre soir.. »

 

Rosa : Je voulais dire, « ce soir ou un autre soir, on va passer la soirée de la même manière, alors …pourquoi pas ce soir ? »

 

Josh : Justement, ce soir, j’avais l’intention d’écrire.

 

Rosa : Tu peux écrire si tu en as envie. Je bavarderai avec lui.

 

Josh : Et qu’est ce que ça veut dire, on va passer la soirée de la même manière ?

 

Rosa : Tu veux le détail ? Six heures, l’un ou l’autre fait à manger, sept heures je vais tenir compagnie à Lalie qui fait sa crise d’angoisse quotidienne, huit heures nous soupons, neuf heures tu allumes la télé, j’écris, minuit tu éteins la télé,  j’éteins l’ordi, on va dormir.

 

Josh : Et donc, ce soir, tu ne vas pas écrire.

 

Rosa : Non, je ne vais pas écrire, et toi si. On a une vie pleine de rebondissements.

 

Josh : Tu n’es pas obligée de prendre ce ton sarcastique.

 

Rosa : Tu n’es pas obligé de prendre ce ton pompeux parce que tu viens d’avoir une idée pour ton roman.

 

Josh : Tu peux parler ! Toi et ton écriture expérimentale ! Ce soi-disant théâtre avec des éructations de monologues par des zombies qui n’ont même plus de nom !  Tu te prends pour un auteur parce que tu jettes des mots en vrac sur le papier ! C’est facile, vraiment ! Moins on comprend et meilleur c’est !  Et tragique avec ça, toute la misère du monde ! Il serait temps que tu écrives quelque chose de drôle avec de vrais personnages.

 

Rosa : Je vais y penser, Josh, mon chéri, je vais y penser. Venant d’un critique aussi éclairé que toi dans le domaine du théâtre, c’est un conseil qu’on se doit de suivre. Et au fait, on dit une auteure.

 

Josh : Tu ne m’épargneras rien. Je vais faire un tour.

 

Rosa : Et donc, je fais la soupe ?

 

Josh : En papotant avec Lalie, oui. Peut être même qu’elle t’aidera à éplucher les légumes si elle n’est pas en pleine tragédie intérieure. De toute façon c’est moi qui ai préparé à manger hier et avant hier.

 

Rosa : Prends un sac, au cas où tu trouverais des champignons.

 

Josh :  C’est fait.

 

Rosa : Ne rentre pas trop tard, j’ai dit à Banjoe de passer vers huit heures.

 

Josh :  Quel nom stupide 

 

Rosa : Pas plus que Josh. Un surnom aussi. Les surnoms, ça reste.

 

Josh : Je vois d’ici la soirée, chanson folk et petites fumées.

 

Rosa : Juste un gamin dont je m’occupais quand j’étais jeune. A tout à l’heure mon amour.

 

Josh : Il a  grandi sans doute. A plus tard ma douce.

 

Rosa : File vite ! Ou je t’assomme avec la marmite.

 

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Tu te rappelles

 

Banjoe :  Elle me dit  tu te rappelles, et je dis ouais, bien sûr, je me rappelle, j’avais dix ans ou à peu près, ma mère était jamais là, elle avait trouvé un travail dans le nord, tu me mouchais, m’essuyais les joues, tu me faisais des goûters poisseux qui sentaient les fleurs, tu mettais des fleurs partout dans les confitures. Tu portais des jupons violets, des bottines , tu lavais tes cheveux rouges avec du henné , ma mère détestait tes cheveux rouges mais elle était pas là et toi si. Tu me serrais contre tes seins quand ma mère me manquait, il n’y avait pas Josh à l’époque, tu avais des fiancés  intermittents et je t’aurais bien enlevée sur mon cheval blanc mais bon à dix ans….Elle dit tu as changé, je dis oui, bien sûr, j’ai changé, tu t’attendais à quoi ? Maintenant dix ans de différence c’est rien, je peux t’enlever sur mon cheval blanc, elle a dit de quoi tu parles, j’ai dit rien, private joke, elle a ri, son rire je l’ai toujours aimé. Josh est entré pendant ce rire, il m’a regardé drôle, alors j’ai souri mon sourire et j’ai tendu la main comme un gars franc du collier que je suis, et il s’est radouci, il a dit salut et il a sorti une armada de champignons d'un sachet plastique  et on a parlé de choses simples. Je me disais qu’on aurait le temps plus tard de parler de ce pourquoi j’étais là  et j’ai eu envie ce soir là que ce soit juste un soir familial, moi de famille j’ai pas, c’est assez fendard si on pense que justement je passe ma vie à…mais pour en revenir à ce soir là, J’ai sorti le grand jeu, montré des photos d’avant, débarrassé la table, chanté des chansons en grattant ma guitare, le banjo y a longtemps qu’il est passé aux pertes et profits. A la fin elle était un peu rouge et elle riait fort, Josh la regardait avec indulgence, ils ont proposé que je dorme là, mais j’ai insisté pour retourner à l’hôtel malgré la distance. Alors Josh a dit reviens demain avec tes valises et reste quelques jours, les enfants n’arrivent que dans un mois, il y a deux chambres libres, sans compter le grand dortoir de l’époque où on venait nombreux en vacances. Et Rosa a dit, et ton roman ? Et il a dit, je travaillerai tôt le matin, et l’après midi on ira marcher en montagne, et Rosa a dit, ça fera du bien à Lalie de voir une nouvelle tête aussi. Alors j’ai dit merci comme si je n’étais pas venu avec l’idée de me faire inviter, comme si tout ça n’était pas la première partie de ma mission là haut. A cause de la confiture de fleurs, des cheveux rouges et des seins de Rosa, à cause des bonnes paroles de Josh. J’ai dit merci et je le pensais vraiment. Et quand je suis parti Josh est allé voir si Lalie dormait, au début j’avais cru que c’était leur fille, mais non, juste une vieille femme qui vit chez eux, et Rosa m’a serré contre elle comme autrefois, sauf que maintenant mon visage est au niveau du sien ou à peu près, je ne suis pas très grand, alors je l’ai embrassée assez vite sur la bouche, pas trop sensuel mais un peu intime quand même, et elle a ri, et moi j’ai souri encore. En retournant vers ma voiture je sifflotais. Il paraît que les gens ne sifflent plus, dommage.

 

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3 : Ecrire ou faire l’amour

 

Rosa : Lalie, tu vas faire une centenaire, c’est sûr

 

Lalie : Tu ne sais pas ce que c’est de vieillir. Personne ne peut comprendre.

 

Rosa : J’ai la théorie. J’aurai la pratique plus tard.

 

Lalie : Je suis à votre charge, il vaudrait mieux que je m’en aille

 

Rosa : Que tu ailles où , Lalie ? Ce n’est plus de ton âge de courir les routes sac au dos et pouce en l’air.

Lalie : Ne te moque pas, tu sais bien ce que je veux dire.

 

Rosa : Je ne veux pas le savoir. Tu te ronges pour rien. Tu es chez toi ici.

 

Lalie : Je ne suis même pas de votre famille.

 

Rosa : Encore heureux, j’ai du mal à les supporter. Tous partisans des nouvelles méthodes musclées au nom de la sacro-sainte sécurité. Qu’ils restent où ils sont et en bonne santé, c’est tout ce que je leur demande pour ne pas avoir mauvaise conscience.

 

Lalie : Je sens que j’énerve Josh parfois

 

Rosa : Josh est un ours qui s’énerve tout seul. Mais il t’aime bien et il ne me déteste pas trop.

 

Lalie : Et ça te suffit ?

 

Rosa : Un ours ?

 

Lalie : Qu’il ne te déteste pas trop

 

Rosa : C’est possible

 

Lalie : Et Banjoe ?

 

Rosa : Un gamin dont je m’occupais quand j’étais jeune.

 

Lalie : Tu lui plais.

 

Rosa : Je suis sûre qu’il a une autre raison de rester.

 

Lalie : Mais tu lui plais quand même. Je ne me trompe jamais.

 

Rosa : Il me plait aussi. Mais j’aime mon ours. Et je suis curieuse de savoir ce que Banjoe a derrière la tête.

 

Lalie : Et le roman de Josh ? Et ta pièce ? Depuis qu’il est là je ne vous vois plus écrire.

 

Rosa : Josh travaille le matin, il ne s’était plus levé aussi tôt depuis des années. Ma pièce, je ne sais pas. J’attends que ça mûrisse. Josh m’a embêtée l’autre jour avec des histoires de modernité et de personnages, je l’ai envoyé au diable mais ça m’a bloquée quand même. Tu sais ces monologues que j’adore écrire, ces chansons que je mets au milieu. Ces trucs qui énervent.  Et encore, je suis très très loin d’être la plus avancée sur l’échelle des avancées de l’écriture. Juste des mélanges que j’aime. Eh bien là ça bloque. Je n’y arrive plus. Alors bon, en attendant que ça revienne, je passe du temps avec Banjoe, et ma foi c’est aussi bien que l’écriture.

 

Lalie : « Histoire vécue vaut mieux que roman lu »

 

Rosa : C’est un proverbe ?

 

Lalie : Depuis quelques secondes.

 

Rosa : En voilà un autre pour toi : « Centenaire vivante vaut mieux que souvenir d’absente ». Reste avec nous ma Lalie. J’aime trop ta présence. Je m’en fous pas mal des petits tracas que tu nous causes. Ca distrait. Un jour je ferai de toi l’héroïne d’une de mes pièces.

 

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Dans la glu de l'inactive mélasse ( 2011)


 

ambulance.jpg

 


 

 une fois n'est pas coutume, ce n'est pas le début de la pièce, mais  juste un extrait ...et la voix de Laure n'est que l'une des voix de cette pièce chorale actuellement voyageuse ... d'un éditeur à l'autre...


 

 

 

Laure

Je suis tombée dans le grand fauteuil et Mathis s’est mis à pleurer. Yola est venue avec son doudou et m’en a caressé la figure. Je ne suis pas vraiment tombée dans les pommes, juste un malaise très bref je crois, mes jambes qui ne me portaient plus et mon cœur comme un tambour. Puis, très longtemps, j’ai serré mes deux enfants contre mon cœur , agrippée à eux comme à des

bouées de sauvetage, touchant leur peau, respirant leur odeur, et quand mon cœur s’est calmé je leur ai dit que ça allait, juste la fatigue, et que je les aimais fort. Ensuite je les ai couchés, je leur ai lu des histoires, avec l’impression que ce n’était pas à moi que ça arrivait. Puis j’ai mis la télé en appuyant sur toutes les  touches de la télécommande pour avoir accès aux chaînes d’infos, en français, en anglais et en espagnol, et comme ils tournaient en boucle avec « une bombe explose dans un café de Tsemla, sept victimes et de nombreux blessés », je suis allée aussi sur Internet pour en savoir plus, mais il n’y avait rien, ou alors j’étais trop angoissée pour être efficace, ou ils ne disent jamais les noms de toute façon, je ne sais pas, et puis je pensais que Klaus allait rentrer et je me suis composé un visage. Klaus ne m’a pas regardée, j’aurais pu aussi bien porter un nez de clown ou un masque de tragédie grecque. Il était épuisé, il s’est assis et il a mangé son souper devant la télé, moi je ne l’attends plus  ça fait trop tard, je mange avec Mathis et Yola, je préfère. En biais je regardais son beau visage et son grand corps que la fatigue courbait un peu, et je me rappelais comme nous nous étions aimés autrefois, il y a sept ans à peine, mais c’est si loin. Son beau visage était vide d’expression et son corps ne demandait plus son dû que les week-ends, et je le lui accordais, en guise de substitut à l’amour, pour ne pas mourir. Jusqu’à l’arrivée de Stéphane dans ma vie. Non pas que Klaus et moi ne faisions plus l’amour les week-ends depuis Stéphane, au contraire, c’est comme si j’avais 

 

plus d’amour à donner, justement.

Stéphane parti à Tsemla avec femme et enfants.

Stéphane dont je suis sans nouvelles.

Stéphane que je ne peux pas appeler.

L’énormité de ce silence me glace, la mort grimace et me fait signe, quelle bonne blague ces amours clandestines qui empêchent tout lien en cas d’accident, tu peux crever loin de moi, Stéphane, et je n’en saurai rien, qui me préviendrait ?

Klaus me trouve pâle et me parle des vacances à venir. L’Italie peut être ? Ou la maison de famille dans le Queyras ? Ou l’autre en Allemagne ? Je souris tant bien que mal tandis que défilent tous les « plus jamais » et que le deuil commence à me fouailler les tripes et le cœur, puisqu’aussi bien je n’en saurai jamais plus que cette absence et ce silence.

Et je dis : L’Italie, peut être, oui.

Et je pense :  cette longue litanie des jours, ici ou là, quelle importance ?

Et plus tard, dans l’obscurité , je pleure, en silence moi aussi.


 

 


 

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