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  • : Le blog de danielle vioux
  • Le blog de danielle vioux
  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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          Dans les valises

il y a la mer

1

 

Pierre ( 2006)

 

Je ne sais pas comment commencer. Peut être par ce poème, retrouvé dans un cahier. Mon héritage. Anne. Anne écrivait ces choses. Il y a une date, à côté. 1989. L’année de notre séparation. Nous sommes restés amis après, comme on dit. Il n’y avait pas d’enfants, nous n’étions pas obligés. Le poème, le voici :

 

Tu n’étais pas avec moi quand j’ai contourné le mur.

Tu l’aurais escaladé, toi.

Ou bien tu aurais

Tout cassé

Explosé

Moi

J’ai fait le tour. Un homme

Regardait un fragment avec amour

Je n’avais pas de sentiment juste à poser sur ces ruines

Alors j’ai contourné, simplement

Laissé loin derrière la fête

Marché dans des rues, au hasard

Puis repris l’avion, sans savoir

Ce qui m’avait entraînée ici.

 

Anne est morte il y a douze ans déjà. Un accident. Je ne savais pas pourquoi je pensais à elle, à nouveau, depuis quelque temps. Un de ces anniversaires que votre inconscient aime à fêter malgré vous. Je suis retourné chercher le cahier, que j’avais rangé en haut des étagères du salon  après l’avoir lu, ce jour de 1994 où la mère d’Anne me l’avait apporté avec la nouvelle de la mort d’Anne, elle ne voulait pas que je l’apprenne autrement.

 

J’ai relu le poème. J’ai pensé à cette époque, au temps passé. Nelly m’a trouvé rêvassant sur le canapé. Elle m’a embrassé dans le cou  sans poser de questions. Ensuite, elle a mis un morceau de Coltrane  et m’a pris par le main pour qu’on danse. J’ai un peu reniflé sur son épaule. Le téléphone a sonné. Nina prévenait qu’elle serait en retard, elle était restée chez son amie. C’était soir de foot pour Jules, on était tous les deux. C’était bien.  J’ai oublié Anne et ses poèmes.

 

 

Dans les valises

il y a la mer

2

 

 

 

Nadia (1997)

 

J’ai commencé un journal à douze ans pour embêter ma mère, j’en commence un autre à trente quatre pour accueillir mon fils. Je pourrais souhaiter aussi bon voyage à Steve, qui a mis les voiles deux semaines avant l’arrivée de son rejeton, mais ce serait lui faire trop d’honneur. D’ailleurs, j’ai pas que ça à faire moi. D’abord, dépenser mes derniers sous pour Boris. Le berceau, tout ces trucs, on me les a donnés, heureusement j’ai un réseau. Mais enfin, il lui faut une maison bien chauffée à ce tit’homme qui m’arrive. Et des tas de choses auxquelles je n’aurais jamais pensé avant. Et moi je dois manger équilibré, pour le lait, tout ça. Ensuite, quand on se connaîtra bien tous les deux, je me remettrai à chercher du travail. Je me sens toute optimiste. Pourtant, on dit le baby blues et tout ça. Pour l’instant, rien à l’horizon. Mais je me fabrique un parapluie mental, juste au cas.

 

Le soir, je chante des inventions personnelles à Boris. Ca donne à peu près ça :

 

Mon tit bout d’homme tombé du ciel

Dors sans souci ta maman veille

T’es le plus beau de mes Noëls

T’es la plus grande des merveilles

 

Bon, c’est pas ça qui me propulsera à l’académie française, je m’en doute bien, mais quand je le chante ça a de la gueule, j’improvise et je brode autour de ça, et au bout du compte c’est pas ce qu’on dit, le plus important, c’est de le dire avec du sentiment. Et moi,  du sentiment pour mon Boris, j’en ai des tonnes.

 

Hier soir deux-trois de l’ancienne bande sont passés avec des cadeaux oh oh, et aussi des  guitares, ah ! Ma berceuse a pris des tours et des détours imprévus, on a fait pas mal de bruit, les voisins ont manifesté leur émotion à coup de balai dans le plafond, et Boris a continué de dormir comme un ange, à croire que c’était efficace, comme berceuse. Ou qu’il avait surtout entendu le sentiment.

 

 

 

 

Dans les valises

il y a la mer

3

 

Zach   (1970)

 

Rentré du Maroc avec une deux-chevaux qui ne tenait plus qu’avec des bouts de ficelle . Le moteur a toussoté deux trois fois à l’arrivée alors j’ai bien pris soin d’être poli et de le remercier d’avoir attendu l’arrivée at home pour rendre l’âme. Gé est déjà la tête sous le capot et les mains dans le cambouis donc j’ai bon espoir qu’une ressuscitation miraculeuse s’opère d’ici peu. . Laure  a proposé de filer un coup de peinture, elle est dans sa période mauve et orange . Résultat  j’imagine que ça sera mauve et orange pour la prochaine robe de ma bien aimée Léopoldine. Ray trouve que c’est débile de donner un nom de femme à une voiture, il peut parler, lui, il a toutes les femmes qu’il veut. Moi , je peux pas me fier à ma gueule pour les tomber, sans compter , comme dit Dom, la copine de Laure, qu’elles sont pas des objets ah mais non. Restent la tchatche et les chansons. Quand j’ai ma guitare et mon harmonica , je dylanise l’atmosphère, j’airplane le décor, je littlefeate la conversation. Un coup d’œil de côté et je vois dans les yeux de mes belles qu’elles sont déjà un tout petit peu en voyage avec moi. Si j’ai de la chance, alors, on fait un bout de route ensemble..

 

Tiens, justement j’en ai une nouvelle, là , chanson je veux dire. Je vais la tester sur Juliette aux yeux gris, je pense…. Il m’a semblé qu’elle et Léo n’étaient plus si proches qu’avant mon départ…

 

You’ll never know

 

You’ll never see the light of dawn

The way I see the world

It’s raining stones as I open

My eyes to a new day

The razorblade tears up  my soul

I’ll take you to that field

Where they kill those who stand apart

And speak the silent words

You’ll never know how much I care

I wish we could stay here

Were I first met your burning gaze

And drowned inside your skin

 

Bon, c’est pas vraiment fini, mais ça donne une idée. Kad dit que c’est nul, comprend rien à l’anglais et à la poésie. De toute façon je m’en fous c’est pas à lui que je veux la chanter. Mais je dis trop rien parce qu’en mon absence il m’a copié tous les cours de psycho. Avec les partiels qui arrivent, c’est pas le moment de se fâcher !.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans les valises

il y a la mer

4

Elisabeth  (2006)

 

Aujourd’hui à la radio ils ont donné l’information suivante : les ours bruns de Sibérie n’arrivent pas à entrer en hibernation parce qu’il ne fait pas assez froid. C’était à la fois surréaliste comme nouvelle, et cependant extrêmement concret. Il m’a semblé que cette information, sans doute passée inaperçue, était de loin la plus importante. Parce que, d’une certaine manière,elle englobe toutes les autres, qui sont peut être plus immédiatement tragiques, sanglantes, désespérantes, mais en même temps couvrent chacune une case de notre échiquier humain. L’ours qui n’arrive plus à s’endormir à quelque chose de shakespearien dans son désarroi et d’absurde dans l’amplitude du phénomène. L’ours n’arrive plus à s’endormir, les hirondelles squattent nos régions au delà des dates prévues, et la calotte glacière perd 1/8e de son volume ( sauf erreur, car je conduisais et je ne suis pas sûre d’avoir bien entendu) tous les 10 ans. En 120 ans, il reste quoi ? une gigantesque inondation ? Waterworld avec Kevin Kostner aux commandes d’un vieux raffiot ? J’étais assez songeuse quand je suis arrivée à mon rendez-vous.

 

Aujourd’hui ils  ont écrit avec une espèce de rage qui m’a prise de court. A croire qu’ils avaient tous entendu, pour l’ours et les hirondelles et le reste, et qu’ils sentaient une urgence qu’ils n’auraient pas su expliquer. Non, cette dernière phrase est nulle. Leur urgence, ils l’ont depuis toujours. Et ils savent l’expliquer mieux que quiconque. Parfois, je me dis qu’ils n’ont pas besoin de moi. Puis, pour me rassurer, je me dis que si je ne leur donne pas autre chose, je leur donne au moins un espace et un bout de temps destinés uniquement à laisser naître leur parole. C’est déjà ça.

 

Le texte d’Angel :

 

Tu me dis que je suis en retard

Encore en retard, tu dis

Tu me demandes mon carnet

Tu le secoues devant ma figure comme un gabian  miteux

Tu me gueule des mots dans l’oreille

Tu me les craches à la figure

Interdit de s’asseoir tu dis

 Debout

Interdit de garder son bonnet dans les couloirs

Debout

Tais toi

Interdit de répondre

Interdit d’avoir raison

Tais toi

Tu as l’age de ma sœur

Et tu te prends pour la justice

Tu marche dans les couloirs comme un chef militaire

Tu portes ton petit pouvoir merdique comme un drapeau minable

Tu donnes des ordres et tu te régales

Jamais une question sur nous

Sur qui on est

Sur ce qu’on aime

Sur pourquoi les bleus et les larmes qu’on cache

Tu t’en fous

 L’autre jour

Je t’ai vue parler à quelqu’un dans la rue

Tu souriais

J’ai détourné la tête

Ce sourire surpris malgré toi

 Etait  plus choquant

Que si tu avais marché nue devant tout le monde.

 

 

 


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