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  • : Le blog de danielle vioux
  • Le blog de danielle vioux
  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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extrait de

 Comment Kei-Ui détruisit les montagnes….

 

        brecht.jpg      masque chinois      traders.jpg     absence.jpg

 

Les présents sur le plateau

Léo, 65 ans, retraité de l’enseignement public (il joue Kei-Ui , dans la pièce de Théo, ainsi que le Sage des montagnes et le peuple)  

Fred, son fils, 45 ans (Chang Yang le paysan, l’Empereur Lê, le peuple)

Théo, son petit-fils, 17 ans (auteur de la pièce dans la pièce, joue le chœur et Tiê Mi l’enseignant)

Nati, sa belle-fille, 40 ans, infirmière ( Li Ying la paysanne, Sang Li le médecin, le chef des pillards, le peuple)

Steve, 27 ans, un voyageur australien

 

Les absents/présents

Sylvie, 64 ans, femme de Léo, en voyage

Valère, 11 ans, frère de Théo, hospitalisé   (le jeune  Chen Gao) , on a seulement les lettres qu'il écrit

 Armand, père de Léo, grand-père de Fred, arrière-grand-père de Théo, décédé un an plus tôt à l’âge de 96 ans)

 

 

 ne vous inquiétez pas, en fait c'est très simple!!!


*************************************************************************

 

 

 

Scène 1 : C’est comme ça chez nous tous les jours

 

 

 

Léo, Fred, Théo et Nati répètent une scène de la pièce de Théo. Vagues costumes chinois. Texte en main.

 

Théo ( le chœur) : Cette année là, il y eut une grande famine dans les villes.

(les autres  jouent le peuple des villes, cherchent de la nourriture et se plaignent de la faim)

Quelques  pillards se mirent à attaquer les paysans pour leur dérober de quoi manger.

Cela arriva aux oreilles de Kei-Ui, le conseiller de l’Empereur.

 

Nati / le chef des pillards (à Fred/ Chang Yang le paysan) : Nous avons faim ! Vous avez à manger pour nous tous. Donnez-nous la moitié de vos réserves. Et tant que nous y sommes, nous emporterons quelques vases et quelques tapis.

 

Fred / Chang Yang le paysan : Jamais de la vie. Vous n’avez qu’à travailler au lieu d’attendre qu’on vous nourrisse.

 

Nati / le chef des pillards : Mais nous travaillons quand nous le pouvons.

 

Fred / Chang Yang le paysan :  Nous avons tout juste assez pour nous. Pas question de partager.

 

Théo / le chœur : Cela arriva aux oreilles de Kei-Ui, le conseiller de l’Empereur.

 

Léo (Kei-Ui ) : Bonne affaire ! Je deviendrai bientôt Empereur à la place de l’Empereur.

 

Théo/ le chœur : Et en effet, quand le vieil Empereur fut malade, Kei-Ui le fourbe paya grassement un grand nombre de messagers qui s’en allèrent répandre aux quatre coins du pays la rumeur suivante : le vieil Empereur n’était plus capable de défendre le peuple contre les pillards. En revanche, lui, Kei-Ui, se faisait fort de les protéger tous et de les débarrasser des affamés qui les menaçaient.

 

Léo : le vieil Empereur Lê : Eh, attendez un peu ! Je suis encore là !

 

Le peuple : (Nati et Fred) : Vive le nouvel Empereur ! Nous n’avons plus peur ! Kei-Ui nous protègera et résoudra tous nos problèmes.

 

Léo : Excuse-moi Théo mais cette dernière phrase me paraît un peu faible. Ca sent la sitcom américaine à plein nez.

 

Théo : Mais vous êtes pénibles à la fin, on peut improviser là dessus… Kei-Ui nous donnera de beaux programmes télé, Kei-Ui nous donnera un idéal dans la vie…

 

Fred : Ce n’est pas franchement mieux.

 

Théo : L’essentiel c’est la situation. Il faut que le public comprenne la situation.

 

Nati : Ca me semble assez clair.

 

Fred : Mais pourquoi ta pièce s’appelle-t-elle « Comment Kei-Ui détruisit les montagnes ? »

 

Théo : Tu vas voir. Ca s’explique à la fin.

 

Nati : On se dépêche un peu, là, parce que je prends mon service à vingt et une heures. Fred, tu rentres de plus en plus tard.

 

Fred : Pas le choix. Si je veux garder mon boulot, faut que je finisse les projets dans les temps.

 

Léo : Ou qu’ils embauchent.

 

Fred : Rêve toujours, papa. On n’est plus dans ton monde.

 

Théo : Bon, on lit la scène suivante, donc ?

 

Nati : En vitesse, alors.

 

Théo (le chœur) Le Sage des montagnes essaya en vain d’avertir le peuple.

 

Léo / le Sage des montagnes : Peuple des campagnes, ne renoncez pas à tout ce qui fait votre vie.

 

Fred et Nati (le peuple ) : Mais nous y avons déjà renoncé ! Les choses ne sont plus comme autrefois ! Le pays n’est pas sûr ! Les pillards volent nos provisions ! Tous les jours ils sont plus nombreux. Nous devons dormir dans nos garde-manger et nous ne pouvons plus aller aux courses de chiens ou aux compétitions sportives qui faisaient notre bonheur.

 

Fred : Courses de chiens, tu es sûr ?

 

Théo : Ou quelque chose d’approchant… Je chercherai sur  wikipedia !

 

Fred  : Les anachronismes sont intéressants jusqu’à un certain point, mais c’est quand même un effet facile.

 

Théo : Oui, bon, c’est du détail, c’est la situation qui compte. On reprend ?

 

Léo / le Sage des montagnes : Kei-Ui n’a qu’une seule ambition : s’enrichir et enrichir ses proches.

 

Nati et Fred / Le peuple : Tant que nous aurons nos montagnes, nous serons riches. Nos montagnes nous protègent, c’est une vieille tradition qui le dit. Pour le reste, nous faisons confiance à Kei-Ui, il s’occupera de tout.

 

Léo : Tes métaphores sont un peu poussives.

 

Théo : Attends, tu vas voir la suite.

 

Nati : Oui, eh bien, demain peut être, parce que là j’y vais. (elle sort)

 

Fred : Et moi je vais cuisiner quelque chose. Je peux compter sur ton aide, l’artiste, où tu as une urgence d’écriture ?

 

Théo : Steve a dit qu’il nous préparait une spécialité.

 

Fred : Pas sûr d’aimer le ragoût de kangourou.

 

Léo : Toujours les clichés.

 

Fred : Oui, j’aime ça les clichés, papa. Ca me repose. ( Fred et Léo sortent.)

 

Théo : J’arrive dans deux minutes

 

 

Théo : (Au public) : C’est comme ça chez nous tous les jours. Un asile rempli de fous qui aiment la vie et  qui n’hésitent pas à jouer mes pièces de théâtre même si - comme dit mon grand-père Théo - jusqu’à nouvel ordre  Brecht a fait beaucoup mieux. Mais bon, je n’ai que dix-sept ans après tout. Et normalement, il y a deux personnes en plus. Mon petit frère Valère, qui est à l’hôpital, et ma grand-mère Sylvie qui est quelque part sur la route avec son sac à dos. Avant, il y avait aussi mon arrière-grand-père Armand, qui est mort il y a six mois. Et parfois, il y a en plus un ou plusieurs voyageurs qui dorment dans la chambre du grenier, là-haut. En ce moment, c’est Steve, un Australien qui joue du didgeridoo. Mon père, il a demandé si possible que Steve arrête de jouer quand il rentre du boulot. C’est dur pour lui là bas en ce moment dans son entreprise, alors quand il rentre, le plus qu’il puisse accepter, c’est de jouer  un petit rôle dans ma pièce. Ce qui est déjà, je trouve, une grande preuve d’amour paternel.

 

totem.jpg



T

O

T

E

M

S

  Résumé: Quant la vie t'a ballotté comme un paquet abandonné, quand tu ne sais plus qui tu es et ce que tu fais dans ce foyer où on t'a mis, alors, avec un peu de chance, tu renconbtreras un grand ou une grande qui te nommera... et ça fait toute la différence!


 

Arc

Chanson

Image

Forêt

Course

Argile

Plume

Barque

Fil

Karel ou Karole

Léo ou Léa

Sara ou Silvin

Gina ou Gino

Pierro ou  Pétra

Sofia ou Safiane (de loin le ou la plus âgé(e) )

Jane ou Jan

Eloïse ou Aloïs

Ilse ou Niels

 

 

Selon les possibilités, les personnages sont filles ou garçons.

Le chœur est composé de tout ou partie de ceux qui ne viennent pas de parler.

Maintenant et avant se télescopent parfois.

 

 

 

Scène 1 :  Tanière

 

Chœur :   Le hibou plisse une dernière fois les yeux

                 Les ouvre

                 Les ferme

                Et s’endort

                 Les animaux du jour hument la fraîcheur de l’aube

                Nous écoutons le silence qui a suivi les cris de la nuit

                Les tragédies de la nuit

                Les drames de ce jour n’ont pas encore commencé

 

Jane / Plume : Ni les comédies d’ailleurs

 

Chœur : Chhhhttttttttt

 

Sofia/Argile : Nous sommes là serrés les uns contre les autres

 

Chœur : Gelés

 

Eloïse/ Barque : Neuf petits Poucets

 

Sofia/Argile : Neuf et une grande Poucette

 

Chœur : Si tu veux

 

Karel/Arc : Nous sommes cachés dans une tanière vide

 

Sara/Image : Une tanière d’ours, peut-être.

 

Chœur : Chhhhht

 

Pierro/ Course : Où nous avons dormi serrés les uns contre les autres

 

Choeur : Nous entendions les battements de nos cœurs

 

Niels/Fil : Les gardiens du jour ne vont pas tarder à envahir le monde

 

Chœur : La forêt disparaîtra  comme par enchantement

 

Gina/ Forêt : Je suis forêt. C’est moi Forêt. Je redeviens Gina !

 

Chœur : Nous redevenons tous ce qu’ils croient que nous sommes

 

Karel/Arc  : Karel !

 

Léo/Chanson : Léo !

 

Sara/Image : Sara !

 

Pierro/ Course : Pierro !

 

Sofia/Argile : Sofia !

 

Jane / Plume : Jane !

 

Eloïse/ Barque : Eloïse !

 

Niels/Fil : Niels !

 

Chœur : Quelle incroyable tromperie !

 

 

 

Chanson de l’aube

 

Ne pas se fier aux apparences

Nous ne sommes pas tous

Ce que nous semblons être

Les mirages vous trompent

Vos yeux ne voient pas clair

Nous sommes survivants d’hier

Et cela nous donne une force étrange

 Qui nous conduit jusqu’à demain

 

 

 

Karel/Arc  : Je suis Arc !

 

Léo/Chanson : Je suis Chanson !

 

Sara/Image : Je suis Image !

 

Pierro/ Course : Je suis Course !

 

Sofia/Argile : Je suis Argile

 

 Jane / Plume : Je suis Plume !

 

Eloïse/ Barque : Je suis Barque !

 

Niels/Fil : Je suis Fil

 

Gina/ Forêt : Je suis Forêt !

 

Ils disparaissent

 

***************************************************************************

 

 

Scène 2    : Théâtre

 

Karel/ Arc, seul, écrit. Apparemment il tente de faire un devoir. Mais les feuilles s’animent et lui échappent. Il les rattrape, les froisse.

 

Karel/Arc : J’en ai marre

 

Chœur ( ils  passent la tête avec prudence ) Il en a marre !

 

Karel/Arc  Monsieur Fluchard ! J’y arrive pas !

 

Le chœur entre peu à peu

 

Pierro/ Course/  : Je vais faire Monsieur Fluchard !

 

Chœur : Monsieur Fluchard dit toujours la même chose

 

Pierro/ Course/ Fluchard : Mon petit, tu n’essaies pas vraiment.

 

Karel/Arc : Mais si, j’essaie !

 

Pierro/ Course/ Fluchard  Tes copains ne sont pas plus malins que toi

 

Chœur : Merci bien !

 

Pierro/ Course/ Fluchard : Seulement eux, ils essaient, et toi, tu n’essaies pas !

 

Chœur : Il n’essaie pas, c’est vrai

 

Karel/Arc : merci bien !

 

Pierro/ Course/ Fluchard : Ceux qui essaient réussissent

 

Chœur  Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt !

 

Karel/Arc : Si j’avais le choix, je dormirais jusqu’à midi.

 

Chœur :  Aide toi, le ciel t’aidera !

 

Pierro/ Course/ Fluchard  A bon chat, bon rat !

 

Chœur : Quoi ?

 

Pierro/ Course/ Fluchard : Je trouvais que ça faisait bien

 

Jane / Plume  C’est comme Madame Sobel

 

Eloïse/ Barque : La folle avec des lunettes ?

 

Jane / Plume : Elle me déteste

Eloïse/ Barque : Je fais madame Sobel

 

Chœur : Elle fait madame Sobel

 

Eloïse/ Barque/ Sobel : Jane, tais-toi s’il te plait

 

Jane / Plume  c’est pas moi m’dame

 

 Eloïse/ Barque/ Sobel  Ce n’est jamais toi. Où est ta préparation ?

 

Jane / Plume : J’l’ai pas faite m’dame

 

Eloïse/ Barque/ Sobel : Où est ton livre ?

 

Jane / Plume :J’l’ai oublié m’dame

 

Eloïse/ Barque/ Sobel : Tu le fais exprès !

 

Jane / Plume : Non, m’dame, j’étais chez mon père ce week-end. J’ai tout oublié chez lui

 

Eloïse/ Barque/ Sobel : Tu seras punie

 

Jane / Plume J’suis pas la seule m’dame

 

Chœur : Elle n’est pas la seule, c’est vrai

               Personne n’a fait sa préparation

 

Eloïse/Barque/Sobel ( découragée) : Il faut bien que je commence par quelqu’un

 

Jane/Plume : Les autres je ne sais pas pourquoi ils n’ont pas fait leur préparation. Moi c’est juste que je n’avais pas envie. Ca ne m’intéresse pas ce qu’on fait avec Madame Sobel. Pourtant j’aime écrire. Ah, ça oui ! Des histoires j’en ai des cahiers pleins.

 

Sofia/Argile : Avec des fautes partout

 

Jane/Plume : Et alors ?

 

Sofia/Argile : Et alors si tu joues du violon  ça ne fait rien que tu fasses des fausses notes ?

 

Jane/Plume : Rien à voir

 

Sofia/Argile :  Il faut que tu lises

 

Jane/Plume : Je n’aime pas trop lire

 

Chœur : On n’aime pas trop lire

 

Sofia/Argile : Je vous lirai, si vous voulez

 

Chœur : Voilà exactement ce qu’elle nous a dit.

 

 

 

 

 

 

***************************************************************************************************************************

 

 

 

     extrait de

"Respirer encore" (2008)


 

 

 

 

juliusturner_deportation1942.jpg       je ne peux pas mettre un extrait plus long pour l'instant ; me contacter

 

 

 

Résumé: Dans un monde en guerre et/ou en crise où tout le monde marche dans tous les sens et où on ne comprend plus rien à rien, "Elle" , l'enfant, va trouver des clés pour grandir, et de l'aide, avec la grand-mère, l'ange, lhomme  à l'harmonica et quelques autres fantômes...Rien n'est perdu tant que nous pouvons, ensemble, respirer encore...

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1          Au début

 

 

 

Eux       Ca pourrait commencer dans un théâtre vide.

Ca pourrait commencer  par un souffle de vent qui enfle jusqu’à disperser des papiers rangés là en attente.

Alors on voit que les spectateurs sont déjà là, en attente eux aussi.

Certains se lèvent spontanément pour aider à ramasser les papiers, puis retournent à leur place.

D’autres restent assis.

Le silence s’installe.

 

Elle : Je ne voulais pas.

Il a dit que je n’avais pas le choix.

Grand-mère était la seule.

 

L’ange : J’étais là.

 

Le vieil homme à l’harmonica : Je passais.

 

 

Eux : Ca pourrait commencer par un souffle de vent qui enfle jusqu’à détruire la maison de paille, la maison de bois. A chaque nouvelle maison détruite, des hommes, des femmes, des enfants, s’enfuient comme des fourmis sur des routes pas choisies. Ceux qui ont mis le feu diraient : comme des cafards. Hit the road, Jack. And never, never come back. Jack prend la route et n’est pas Kerouac qui veut. Jack marche et se cache et pense à sa fille. Il se demande si elle et la grand-mère sont vivantes. Il se demande si le feu est passé par la maison  en bois de la grand-mère. Il se demande si la grand-mère fait le poids.

 

Elle : C’est la troisième cerise que je reçois sur la tête. Même pas bonne. Moitié bouffée par les oiseaux. Ou pourrie, carrément .

 

L’ange : Pas ma faute si tu es venue sous mon cerisier.

 

Elle : Une cerise qui parle.

 

L’ange : Patience

 

Elle : Patience je n’ai pas. Peux pas attendre. Gloutonne de cerises et dévoreuse de secrets. Boulimique de jeux et d’histoires.

 

L’ange : Tu apprendras.

 

Eux : Et comme ça les sept premiers jours. La voix de l’ange qu’elle prend pour une cerise. La voix de l’homme qu’elle prend pour le vent dans les hauts sapins. Et Elle qui explore le territoire de jeux, les prés en pente autour de la maison de la grand-mère. Tout cet espace lui donne le vertige. Elle se sent libre, en sécurité. Vingt minutes de marche jusqu’au village en bas et trente au retour. Pas même un vrai chemin. La grand-mère la nourrit, l’embrasse mouillé avant de la border. La grand-mère qu’elle n’avait jamais vue, qui n’est probablement pas sa propre grand-mère : son père est resté très évasif là-dessus.

 

Le vieil homme à l’harmonica : Quand j’étais jeune je rêvais d’un accordéon. Ceux qui pouvaient s’en payer un étaient recherchés comme la pluie. Pas besoin d’un orchestre pour faire danser les filles. Tu bats la mesure du pied, tu souffles la ritournelle, emballez c’est pesé ! Mais il m’aurait fallu dix ans pour l’acheter, cet accordéon, et là haut les vieux ça ne leur aurait pas trop plu. Moi, j’étais pas né pour faire l’artiste : Pour travailler aux champs, oui, et pour construire des murs, réparer des meubles ou des charrues, et même bricoler un moteur pas trop compliqué. Mais artiste à quoi ça rime, c’est pas pour nous. Quand même, moi, j’aurais aimé, voilà. Alors finalement, avec les quatre sous que je gagnais ici ou là à donner la main pour un travail ou un autre, je me suis acheté un harmonica. Et j’ai commencé à jouer. A l’oreille, puisque je ne connaissais rien à la musique.

 

Eux : Et comme ça les sept premiers jours. La grand-mère qui cavale après les deux chèvres et les trois brebis ou se courbe sur les cultures de son petit jardin et se relève en grinçant comme une vieille porte. Et Elle qui respire un air tout différent d’en bas là bas. Un air qui se respire sans masque. Un air qui trimballe des parfums d’herbes et d’arbres, de terre humide, de champignons. La grand-mère ne parle guère. Perdu l’habitude. Ou parle aux arbres et aux pommes de terre, aux salades, aux oiseaux. Tout pareil. La grand-mère est la reine d’ici en haut. Et  l’enfant, bientôt, apprend à faire de même.

 

Elle :  Oiseau, est ce que tu as vu mon père sur la route ? Est-ce qu’il est vivant ?

 

Eux : L’oiseau tourne et tourne en cercles au-dessus du pré. Son cri est rauque, son message est sombre. Oui, le père est vivant. Mais il marche et marche encore avec des millions d’autres et pas plus qu’eux ne sait au fond pourquoi il marche et où il va. Les incendies jaillissent ici où là sans raison logique, la terre est un seul volcan qui se réveille et crache sa haine. Sauf que le volcan ne s’est pas éveillé tout seul. Sauf que cette haine est humaine, haine d’humains pour d’autres humains. Sauf que l’eau manque en bas et que l’air y devient irrespirable. Le père est vivant et il marche et ne trouve pas ce qu’il cherche. Pourquoi il n’est pas monté chez la grand-mère pour s’y réfugier  aussi, va savoir. Mais il s’est contenté de donner  une petite poussée dans le dos de son enfant pour la mettre en route sur le sentier  en pente. Vas tout droit et tu trouveras  le bon chemin. Je t’ai toujours montré le bon chemin.  Et Elle a ravalé ses larmes : un baiser sur la joue, sur le front, elle aurait voulu. Les bras du père autour d’elle serrés comme protection contre le monde. Mais juste cette poussée, juste cette phrase ce matin là, après qu’ils ont dormi cachés dans des buissons pas loin de la route. Elle son petit sac sur le dos, lui son gros sac, chacun une couverture, un couteau, des allumettes et quelques vêtements. Ce qu’il a d’autre dans son grand sac elle ne le sait pas. Quand elle se retourne après une cinquantaine de mètres, il a déjà disparu.

 

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S

  Résumé: Quant la vie t'a ballotté comme un paquet abandonné, quand tu ne sais plus qui tu es et ce que tu fais dans ce foyer où on t'a mis, alors, avec un peu de chance, tu renconbtreras un grand ou une grande qui te nommera... et ça fait toute la différence!


 

Arc

Chanson

Image

Forêt

Course

Argile

Plume

Barque

Fil

Karel ou Karole

Léo ou Léa

Sara ou Silvin

Gina ou Gino

Pierro ou  Pétra

Sofia ou Safiane (de loin le ou la plus âgé(e) )

Jane ou Jan

Eloïse ou Aloïs

Ilse ou Niels

 

 

Selon les possibilités, les personnages sont filles ou garçons.

Le chœur est composé de tout ou partie de ceux qui ne viennent pas de parler.

Maintenant et avant se télescopent parfois.

 

 

 

Scène 1 :  Tanière

 

Chœur :   Le hibou plisse une dernière fois les yeux

                 Les ouvre

                 Les ferme

                Et s’endort

                 Les animaux du jour hument la fraîcheur de l’aube

                Nous écoutons le silence qui a suivi les cris de la nuit

                Les tragédies de la nuit

                Les drames de ce jour n’ont pas encore commencé

 

Jane / Plume : Ni les comédies d’ailleurs

 

Chœur : Chhhhttttttttt

 

Sofia/Argile : Nous sommes là serrés les uns contre les autres

 

Chœur : Gelés

 

Eloïse/ Barque : Neuf petits Poucets

 

Sofia/Argile : Neuf et une grande Poucette

 

Chœur : Si tu veux

 

Karel/Arc : Nous sommes cachés dans une tanière vide

 

Sara/Image : Une tanière d’ours, peut-être.

 

Chœur : Chhhhht

 

Pierro/ Course : Où nous avons dormi serrés les uns contre les autres

 

Choeur : Nous entendions les battements de nos cœurs

 

Niels/Fil : Les gardiens du jour ne vont pas tarder à envahir le monde

 

Chœur : La forêt disparaîtra  comme par enchantement

 

Gina/ Forêt : Je suis forêt. C’est moi Forêt. Je redeviens Gina !

 

Chœur : Nous redevenons tous ce qu’ils croient que nous sommes

 

Karel/Arc  : Karel !

 

Léo/Chanson : Léo !

 

Sara/Image : Sara !

 

Pierro/ Course : Pierro !

 

Sofia/Argile : Sofia !

 

Jane / Plume : Jane !

 

Eloïse/ Barque : Eloïse !

 

Niels/Fil : Niels !

 

Chœur : Quelle incroyable tromperie !

 

 

 

Chanson de l’aube

 

Ne pas se fier aux apparences

Nous ne sommes pas tous

Ce que nous semblons être

Les mirages vous trompent

Vos yeux ne voient pas clair

Nous sommes survivants d’hier

Et cela nous donne une force étrange

 Qui nous conduit jusqu’à demain

 

 

 

Karel/Arc  : Je suis Arc !

 

Léo/Chanson : Je suis Chanson !

 

Sara/Image : Je suis Image !

 

Pierro/ Course : Je suis Course !

 

Sofia/Argile : Je suis Argile

 

 Jane / Plume : Je suis Plume !

 

Eloïse/ Barque : Je suis Barque !

 

Niels/Fil : Je suis Fil

 

Gina/ Forêt : Je suis Forêt !

 

Ils disparaissent

 

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Scène 2    : Théâtre

 

Karel/ Arc, seul, écrit. Apparemment il tente de faire un devoir. Mais les feuilles s’animent et lui échappent. Il les rattrape, les froisse.

 

Karel/Arc : J’en ai marre

 

Chœur ( ils  passent la tête avec prudence ) Il en a marre !

 

Karel/Arc  Monsieur Fluchard ! J’y arrive pas !

 

Le chœur entre peu à peu

 

Pierro/ Course/  : Je vais faire Monsieur Fluchard !

 

Chœur : Monsieur Fluchard dit toujours la même chose

 

Pierro/ Course/ Fluchard : Mon petit, tu n’essaies pas vraiment.

 

Karel/Arc : Mais si, j’essaie !

 

Pierro/ Course/ Fluchard  Tes copains ne sont pas plus malins que toi

 

Chœur : Merci bien !

 

Pierro/ Course/ Fluchard : Seulement eux, ils essaient, et toi, tu n’essaies pas !

 

Chœur : Il n’essaie pas, c’est vrai

 

Karel/Arc : merci bien !

 

Pierro/ Course/ Fluchard : Ceux qui essaient réussissent

 

Chœur  Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt !

 

Karel/Arc : Si j’avais le choix, je dormirais jusqu’à midi.

 

Chœur :  Aide toi, le ciel t’aidera !

 

Pierro/ Course/ Fluchard  A bon chat, bon rat !

 

Chœur : Quoi ?

 

Pierro/ Course/ Fluchard : Je trouvais que ça faisait bien

 

Jane / Plume  C’est comme Madame Sobel

 

Eloïse/ Barque : La folle avec des lunettes ?

 

Jane / Plume : Elle me déteste

Eloïse/ Barque : Je fais madame Sobel

 

Chœur : Elle fait madame Sobel

 

Eloïse/ Barque/ Sobel : Jane, tais-toi s’il te plait

 

Jane / Plume  c’est pas moi m’dame

 

 Eloïse/ Barque/ Sobel  Ce n’est jamais toi. Où est ta préparation ?

 

Jane / Plume : J’l’ai pas faite m’dame

 

Eloïse/ Barque/ Sobel : Où est ton livre ?

 

Jane / Plume :J’l’ai oublié m’dame

 

Eloïse/ Barque/ Sobel : Tu le fais exprès !

 

Jane / Plume : Non, m’dame, j’étais chez mon père ce week-end. J’ai tout oublié chez lui

 

Eloïse/ Barque/ Sobel : Tu seras punie

 

Jane / Plume J’suis pas la seule m’dame

 

Chœur : Elle n’est pas la seule, c’est vrai

               Personne n’a fait sa préparation

 

Eloïse/Barque/Sobel ( découragée) : Il faut bien que je commence par quelqu’un

 

Jane/Plume : Les autres je ne sais pas pourquoi ils n’ont pas fait leur préparation. Moi c’est juste que je n’avais pas envie. Ca ne m’intéresse pas ce qu’on fait avec Madame Sobel. Pourtant j’aime écrire. Ah, ça oui ! Des histoires j’en ai des cahiers pleins.

 

Sofia/Argile : Avec des fautes partout

 

Jane/Plume : Et alors ?

 

Sofia/Argile : Et alors si tu joues du violon  ça ne fait rien que tu fasses des fausses notes ?

 

Jane/Plume : Rien à voir

 

Sofia/Argile :  Il faut que tu lises

 

Jane/Plume : Je n’aime pas trop lire

 

Chœur : On n’aime pas trop lire

 

Sofia/Argile : Je vous lirai, si vous voulez

 

Chœur : Voilà exactement ce qu’elle nous a dit.

 

 

 

 

 

 

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     extrait de

"Respirer encore" (2008)


 

 

 

 

juliusturner_deportation1942.jpg       je ne peux pas mettre un extrait plus long pour l'instant ; me contacter

 

 

 

Résumé: Dans un monde en guerre et/ou en crise où tout le monde marche dans tous les sens et où on ne comprend plus rien à rien, "Elle" , l'enfant, va trouver des clés pour grandir, et de l'aide, avec la grand-mère, l'ange, lhomme  à l'harmonica et quelques autres fantômes...Rien n'est perdu tant que nous pouvons, ensemble, respirer encore...

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1          Au début

 

 

 

Eux       Ca pourrait commencer dans un théâtre vide.

Ca pourrait commencer  par un souffle de vent qui enfle jusqu’à disperser des papiers rangés là en attente.

Alors on voit que les spectateurs sont déjà là, en attente eux aussi.

Certains se lèvent spontanément pour aider à ramasser les papiers, puis retournent à leur place.

D’autres restent assis.

Le silence s’installe.

 

Elle : Je ne voulais pas.

Il a dit que je n’avais pas le choix.

Grand-mère était la seule.

 

L’ange : J’étais là.

 

Le vieil homme à l’harmonica : Je passais.

 

 

Eux : Ca pourrait commencer par un souffle de vent qui enfle jusqu’à détruire la maison de paille, la maison de bois. A chaque nouvelle maison détruite, des hommes, des femmes, des enfants, s’enfuient comme des fourmis sur des routes pas choisies. Ceux qui ont mis le feu diraient : comme des cafards. Hit the road, Jack. And never, never come back. Jack prend la route et n’est pas Kerouac qui veut. Jack marche et se cache et pense à sa fille. Il se demande si elle et la grand-mère sont vivantes. Il se demande si le feu est passé par la maison  en bois de la grand-mère. Il se demande si la grand-mère fait le poids.

 

Elle : C’est la troisième cerise que je reçois sur la tête. Même pas bonne. Moitié bouffée par les oiseaux. Ou pourrie, carrément .

 

L’ange : Pas ma faute si tu es venue sous mon cerisier.

 

Elle : Une cerise qui parle.

 

L’ange : Patience

 

Elle : Patience je n’ai pas. Peux pas attendre. Gloutonne de cerises et dévoreuse de secrets. Boulimique de jeux et d’histoires.

 

L’ange : Tu apprendras.

 

Eux : Et comme ça les sept premiers jours. La voix de l’ange qu’elle prend pour une cerise. La voix de l’homme qu’elle prend pour le vent dans les hauts sapins. Et Elle qui explore le territoire de jeux, les prés en pente autour de la maison de la grand-mère. Tout cet espace lui donne le vertige. Elle se sent libre, en sécurité. Vingt minutes de marche jusqu’au village en bas et trente au retour. Pas même un vrai chemin. La grand-mère la nourrit, l’embrasse mouillé avant de la border. La grand-mère qu’elle n’avait jamais vue, qui n’est probablement pas sa propre grand-mère : son père est resté très évasif là-dessus.

 

Le vieil homme à l’harmonica : Quand j’étais jeune je rêvais d’un accordéon. Ceux qui pouvaient s’en payer un étaient recherchés comme la pluie. Pas besoin d’un orchestre pour faire danser les filles. Tu bats la mesure du pied, tu souffles la ritournelle, emballez c’est pesé ! Mais il m’aurait fallu dix ans pour l’acheter, cet accordéon, et là haut les vieux ça ne leur aurait pas trop plu. Moi, j’étais pas né pour faire l’artiste : Pour travailler aux champs, oui, et pour construire des murs, réparer des meubles ou des charrues, et même bricoler un moteur pas trop compliqué. Mais artiste à quoi ça rime, c’est pas pour nous. Quand même, moi, j’aurais aimé, voilà. Alors finalement, avec les quatre sous que je gagnais ici ou là à donner la main pour un travail ou un autre, je me suis acheté un harmonica. Et j’ai commencé à jouer. A l’oreille, puisque je ne connaissais rien à la musique.

 

Eux : Et comme ça les sept premiers jours. La grand-mère qui cavale après les deux chèvres et les trois brebis ou se courbe sur les cultures de son petit jardin et se relève en grinçant comme une vieille porte. Et Elle qui respire un air tout différent d’en bas là bas. Un air qui se respire sans masque. Un air qui trimballe des parfums d’herbes et d’arbres, de terre humide, de champignons. La grand-mère ne parle guère. Perdu l’habitude. Ou parle aux arbres et aux pommes de terre, aux salades, aux oiseaux. Tout pareil. La grand-mère est la reine d’ici en haut. Et  l’enfant, bientôt, apprend à faire de même.

 

Elle :  Oiseau, est ce que tu as vu mon père sur la route ? Est-ce qu’il est vivant ?

 

Eux : L’oiseau tourne et tourne en cercles au-dessus du pré. Son cri est rauque, son message est sombre. Oui, le père est vivant. Mais il marche et marche encore avec des millions d’autres et pas plus qu’eux ne sait au fond pourquoi il marche et où il va. Les incendies jaillissent ici où là sans raison logique, la terre est un seul volcan qui se réveille et crache sa haine. Sauf que le volcan ne s’est pas éveillé tout seul. Sauf que cette haine est humaine, haine d’humains pour d’autres humains. Sauf que l’eau manque en bas et que l’air y devient irrespirable. Le père est vivant et il marche et ne trouve pas ce qu’il cherche. Pourquoi il n’est pas monté chez la grand-mère pour s’y réfugier  aussi, va savoir. Mais il s’est contenté de donner  une petite poussée dans le dos de son enfant pour la mettre en route sur le sentier  en pente. Vas tout droit et tu trouveras  le bon chemin. Je t’ai toujours montré le bon chemin.  Et Elle a ravalé ses larmes : un baiser sur la joue, sur le front, elle aurait voulu. Les bras du père autour d’elle serrés comme protection contre le monde. Mais juste cette poussée, juste cette phrase ce matin là, après qu’ils ont dormi cachés dans des buissons pas loin de la route. Elle son petit sac sur le dos, lui son gros sac, chacun une couverture, un couteau, des allumettes et quelques vêtements. Ce qu’il a d’autre dans son grand sac elle ne le sait pas. Quand elle se retourne après une cinquantaine de mètres, il a déjà disparu.

 

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T

O

T

E

M

S

  Résumé: Quant la vie t'a ballotté comme un paquet abandonné, quand tu ne sais plus qui tu es et ce que tu fais dans ce foyer où on t'a mis, alors, avec un peu de chance, tu renconbtreras un grand ou une grande qui te nommera... et ça fait toute la différence!


 

Arc

Chanson

Image

Forêt

Course

Argile

Plume

Barque

Fil

Karel ou Karole

Léo ou Léa

Sara ou Silvin

Gina ou Gino

Pierro ou  Pétra

Sofia ou Safiane (de loin le ou la plus âgé(e) )

Jane ou Jan

Eloïse ou Aloïs

Ilse ou Niels

 

 

Selon les possibilités, les personnages sont filles ou garçons.

Le chœur est composé de tout ou partie de ceux qui ne viennent pas de parler.

Maintenant et avant se télescopent parfois.

 

 

 

Scène 1 :  Tanière

 

Chœur :   Le hibou plisse une dernière fois les yeux

                 Les ouvre

                 Les ferme

                Et s’endort

                 Les animaux du jour hument la fraîcheur de l’aube

                Nous écoutons le silence qui a suivi les cris de la nuit

                Les tragédies de la nuit

                Les drames de ce jour n’ont pas encore commencé

 

Jane / Plume : Ni les comédies d’ailleurs

 

Chœur : Chhhhttttttttt

 

Sofia/Argile : Nous sommes là serrés les uns contre les autres

 

Chœur : Gelés

 

Eloïse/ Barque : Neuf petits Poucets

 

Sofia/Argile : Neuf et une grande Poucette

 

Chœur : Si tu veux

 

Karel/Arc : Nous sommes cachés dans une tanière vide

 

Sara/Image : Une tanière d’ours, peut-être.

 

Chœur : Chhhhht

 

Pierro/ Course : Où nous avons dormi serrés les uns contre les autres

 

Choeur : Nous entendions les battements de nos cœurs

 

Niels/Fil : Les gardiens du jour ne vont pas tarder à envahir le monde

 

Chœur : La forêt disparaîtra  comme par enchantement

 

Gina/ Forêt : Je suis forêt. C’est moi Forêt. Je redeviens Gina !

 

Chœur : Nous redevenons tous ce qu’ils croient que nous sommes

 

Karel/Arc  : Karel !

 

Léo/Chanson : Léo !

 

Sara/Image : Sara !

 

Pierro/ Course : Pierro !

 

Sofia/Argile : Sofia !

 

Jane / Plume : Jane !

 

Eloïse/ Barque : Eloïse !

 

Niels/Fil : Niels !

 

Chœur : Quelle incroyable tromperie !

 

 

 

Chanson de l’aube

 

Ne pas se fier aux apparences

Nous ne sommes pas tous

Ce que nous semblons être

Les mirages vous trompent

Vos yeux ne voient pas clair

Nous sommes survivants d’hier

Et cela nous donne une force étrange

 Qui nous conduit jusqu’à demain

 

 

 

Karel/Arc  : Je suis Arc !

 

Léo/Chanson : Je suis Chanson !

 

Sara/Image : Je suis Image !

 

Pierro/ Course : Je suis Course !

 

Sofia/Argile : Je suis Argile

 

 Jane / Plume : Je suis Plume !

 

Eloïse/ Barque : Je suis Barque !

 

Niels/Fil : Je suis Fil

 

Gina/ Forêt : Je suis Forêt !

 

Ils disparaissent

 

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Scène 2    : Théâtre

 

Karel/ Arc, seul, écrit. Apparemment il tente de faire un devoir. Mais les feuilles s’animent et lui échappent. Il les rattrape, les froisse.

 

Karel/Arc : J’en ai marre

 

Chœur ( ils  passent la tête avec prudence ) Il en a marre !

 

Karel/Arc  Monsieur Fluchard ! J’y arrive pas !

 

Le chœur entre peu à peu

 

Pierro/ Course/  : Je vais faire Monsieur Fluchard !

 

Chœur : Monsieur Fluchard dit toujours la même chose

 

Pierro/ Course/ Fluchard : Mon petit, tu n’essaies pas vraiment.

 

Karel/Arc : Mais si, j’essaie !

 

Pierro/ Course/ Fluchard  Tes copains ne sont pas plus malins que toi

 

Chœur : Merci bien !

 

Pierro/ Course/ Fluchard : Seulement eux, ils essaient, et toi, tu n’essaies pas !

 

Chœur : Il n’essaie pas, c’est vrai

 

Karel/Arc : merci bien !

 

Pierro/ Course/ Fluchard : Ceux qui essaient réussissent

 

Chœur  Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt !

 

Karel/Arc : Si j’avais le choix, je dormirais jusqu’à midi.

 

Chœur :  Aide toi, le ciel t’aidera !

 

Pierro/ Course/ Fluchard  A bon chat, bon rat !

 

Chœur : Quoi ?

 

Pierro/ Course/ Fluchard : Je trouvais que ça faisait bien

 

Jane / Plume  C’est comme Madame Sobel

 

Eloïse/ Barque : La folle avec des lunettes ?

 

Jane / Plume : Elle me déteste

Eloïse/ Barque : Je fais madame Sobel

 

Chœur : Elle fait madame Sobel

 

Eloïse/ Barque/ Sobel : Jane, tais-toi s’il te plait

 

Jane / Plume  c’est pas moi m’dame

 

 Eloïse/ Barque/ Sobel  Ce n’est jamais toi. Où est ta préparation ?

 

Jane / Plume : J’l’ai pas faite m’dame

 

Eloïse/ Barque/ Sobel : Où est ton livre ?

 

Jane / Plume :J’l’ai oublié m’dame

 

Eloïse/ Barque/ Sobel : Tu le fais exprès !

 

Jane / Plume : Non, m’dame, j’étais chez mon père ce week-end. J’ai tout oublié chez lui

 

Eloïse/ Barque/ Sobel : Tu seras punie

 

Jane / Plume J’suis pas la seule m’dame

 

Chœur : Elle n’est pas la seule, c’est vrai

               Personne n’a fait sa préparation

 

Eloïse/Barque/Sobel ( découragée) : Il faut bien que je commence par quelqu’un

 

Jane/Plume : Les autres je ne sais pas pourquoi ils n’ont pas fait leur préparation. Moi c’est juste que je n’avais pas envie. Ca ne m’intéresse pas ce qu’on fait avec Madame Sobel. Pourtant j’aime écrire. Ah, ça oui ! Des histoires j’en ai des cahiers pleins.

 

Sofia/Argile : Avec des fautes partout

 

Jane/Plume : Et alors ?

 

Sofia/Argile : Et alors si tu joues du violon  ça ne fait rien que tu fasses des fausses notes ?

 

Jane/Plume : Rien à voir

 

Sofia/Argile :  Il faut que tu lises

 

Jane/Plume : Je n’aime pas trop lire

 

Chœur : On n’aime pas trop lire

 

Sofia/Argile : Je vous lirai, si vous voulez

 

Chœur : Voilà exactement ce qu’elle nous a dit.

 

 

 

 

 

 

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     extrait de

"Respirer encore" (2008)


 

 

 

 

juliusturner_deportation1942.jpg       je ne peux pas mettre un extrait plus long pour l'instant ; me contacter

 

 

 

Résumé: Dans un monde en guerre et/ou en crise où tout le monde marche dans tous les sens et où on ne comprend plus rien à rien, "Elle" , l'enfant, va trouver des clés pour grandir, et de l'aide, avec la grand-mère, l'ange, lhomme  à l'harmonica et quelques autres fantômes...Rien n'est perdu tant que nous pouvons, ensemble, respirer encore...

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1          Au début

 

 

 

Eux       Ca pourrait commencer dans un théâtre vide.

Ca pourrait commencer  par un souffle de vent qui enfle jusqu’à disperser des papiers rangés là en attente.

Alors on voit que les spectateurs sont déjà là, en attente eux aussi.

Certains se lèvent spontanément pour aider à ramasser les papiers, puis retournent à leur place.

D’autres restent assis.

Le silence s’installe.

 

Elle : Je ne voulais pas.

Il a dit que je n’avais pas le choix.

Grand-mère était la seule.

 

L’ange : J’étais là.

 

Le vieil homme à l’harmonica : Je passais.

 

 

Eux : Ca pourrait commencer par un souffle de vent qui enfle jusqu’à détruire la maison de paille, la maison de bois. A chaque nouvelle maison détruite, des hommes, des femmes, des enfants, s’enfuient comme des fourmis sur des routes pas choisies. Ceux qui ont mis le feu diraient : comme des cafards. Hit the road, Jack. And never, never come back. Jack prend la route et n’est pas Kerouac qui veut. Jack marche et se cache et pense à sa fille. Il se demande si elle et la grand-mère sont vivantes. Il se demande si le feu est passé par la maison  en bois de la grand-mère. Il se demande si la grand-mère fait le poids.

 

Elle : C’est la troisième cerise que je reçois sur la tête. Même pas bonne. Moitié bouffée par les oiseaux. Ou pourrie, carrément .

 

L’ange : Pas ma faute si tu es venue sous mon cerisier.

 

Elle : Une cerise qui parle.

 

L’ange : Patience

 

Elle : Patience je n’ai pas. Peux pas attendre. Gloutonne de cerises et dévoreuse de secrets. Boulimique de jeux et d’histoires.

 

L’ange : Tu apprendras.

 

Eux : Et comme ça les sept premiers jours. La voix de l’ange qu’elle prend pour une cerise. La voix de l’homme qu’elle prend pour le vent dans les hauts sapins. Et Elle qui explore le territoire de jeux, les prés en pente autour de la maison de la grand-mère. Tout cet espace lui donne le vertige. Elle se sent libre, en sécurité. Vingt minutes de marche jusqu’au village en bas et trente au retour. Pas même un vrai chemin. La grand-mère la nourrit, l’embrasse mouillé avant de la border. La grand-mère qu’elle n’avait jamais vue, qui n’est probablement pas sa propre grand-mère : son père est resté très évasif là-dessus.

 

Le vieil homme à l’harmonica : Quand j’étais jeune je rêvais d’un accordéon. Ceux qui pouvaient s’en payer un étaient recherchés comme la pluie. Pas besoin d’un orchestre pour faire danser les filles. Tu bats la mesure du pied, tu souffles la ritournelle, emballez c’est pesé ! Mais il m’aurait fallu dix ans pour l’acheter, cet accordéon, et là haut les vieux ça ne leur aurait pas trop plu. Moi, j’étais pas né pour faire l’artiste : Pour travailler aux champs, oui, et pour construire des murs, réparer des meubles ou des charrues, et même bricoler un moteur pas trop compliqué. Mais artiste à quoi ça rime, c’est pas pour nous. Quand même, moi, j’aurais aimé, voilà. Alors finalement, avec les quatre sous que je gagnais ici ou là à donner la main pour un travail ou un autre, je me suis acheté un harmonica. Et j’ai commencé à jouer. A l’oreille, puisque je ne connaissais rien à la musique.

 

Eux : Et comme ça les sept premiers jours. La grand-mère qui cavale après les deux chèvres et les trois brebis ou se courbe sur les cultures de son petit jardin et se relève en grinçant comme une vieille porte. Et Elle qui respire un air tout différent d’en bas là bas. Un air qui se respire sans masque. Un air qui trimballe des parfums d’herbes et d’arbres, de terre humide, de champignons. La grand-mère ne parle guère. Perdu l’habitude. Ou parle aux arbres et aux pommes de terre, aux salades, aux oiseaux. Tout pareil. La grand-mère est la reine d’ici en haut. Et  l’enfant, bientôt, apprend à faire de même.

 

Elle :  Oiseau, est ce que tu as vu mon père sur la route ? Est-ce qu’il est vivant ?

 

Eux : L’oiseau tourne et tourne en cercles au-dessus du pré. Son cri est rauque, son message est sombre. Oui, le père est vivant. Mais il marche et marche encore avec des millions d’autres et pas plus qu’eux ne sait au fond pourquoi il marche et où il va. Les incendies jaillissent ici où là sans raison logique, la terre est un seul volcan qui se réveille et crache sa haine. Sauf que le volcan ne s’est pas éveillé tout seul. Sauf que cette haine est humaine, haine d’humains pour d’autres humains. Sauf que l’eau manque en bas et que l’air y devient irrespirable. Le père est vivant et il marche et ne trouve pas ce qu’il cherche. Pourquoi il n’est pas monté chez la grand-mère pour s’y réfugier  aussi, va savoir. Mais il s’est contenté de donner  une petite poussée dans le dos de son enfant pour la mettre en route sur le sentier  en pente. Vas tout droit et tu trouveras  le bon chemin. Je t’ai toujours montré le bon chemin.  Et Elle a ravalé ses larmes : un baiser sur la joue, sur le front, elle aurait voulu. Les bras du père autour d’elle serrés comme protection contre le monde. Mais juste cette poussée, juste cette phrase ce matin là, après qu’ils ont dormi cachés dans des buissons pas loin de la route. Elle son petit sac sur le dos, lui son gros sac, chacun une couverture, un couteau, des allumettes et quelques vêtements. Ce qu’il a d’autre dans son grand sac elle ne le sait pas. Quand elle se retourne après une cinquantaine de mètres, il a déjà disparu.

 

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