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  • : Le blog de danielle vioux
  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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    2023

 

 

ELISABETH  ROSSETTI  38 ans

NUMA  PEREIRA  38 ans

YAZID EL HEFNA  40 ans

TANIA MARCHTCHIKOV  14 ans

 

                                            Scène 1

 

Elisabeth : Monsieur Pereira , c’est moi qui m’occuperai de vous pour ce transfert  thérapeutique. Je vous demanderai de retirer votre ceinture et tout bijou qui pourrait gêner . Il arrive que les produits utilisés provoquent une enflure passagère des doigts et des chevilles. Tout cela est totalement inoffensif rassurez vous . Vous pourrez rentrer chez vous après un repos de quelques minutes.

  Numa : Combien de temps dure le traitement ? N’êtes vous pas mon ancienne voisine ? Votre visage m’est familier.

  Elisabeth : Monsieur Pereira je ne suis pas tenue  de répondre aux questions personnelles. Je le ferai peut-être cependant après la séance. N’oubliez pas que la première médication que l’on vous a administrée à votre arrivée peut induire de fausses impressions de cette sorte.

 

 

Numa : Je me demande si j’ai bien fait de venir. Ce n’est pas comme si j’y avais été obligé par une décision de justice.

 

Elisabeth : Monsieur Pereira ces transferts sont tout à fait au point, pas plus dangereux que tous les produits frelatés que vous avez probablement absorbés

dans toutes vos soirées de la fin du siècle dernier pour danser tout votre saoul et mélanger votre sueur à celle de parfaites inconnues, et de surcroît le traitement est remboursé par le contrat social ordinaire, c’est vous dire comme il est banal. Je reçois une quinzaine de personnes  par semaine et heureusement qu’ils ne sont pas tous comme vous. Mon assistant vous a déjà expliqué tout ça en détail . Par ailleurs, comme vous le dites si bien, c’est vous même qui avez décidé de venir. Sans doute ressentiez vous une souffrance trop forte. Vous avez eu recours à nous comme à n’importe quel spécialiste, c’est tout.

 

Numa : Je crois que je préfère souffrir

 

Elisabeth : Personne ne préfère souffrir. Vous avez l’illusion de vivre plus intensément parce que vous avez mal. Mais vous préfèreriez posséder ce qui vous échappe ou réaliser vos rêves plutôt que de subir cette douleur qui vous ronge .Qu’elle ne soit pas physique n’y change rien. La médecine peut calmer cela aussi de nos jours . Et non plus à coup d’antidépresseurs qui modifiaient les symptômes mais pas le mal. Plus rapidement que les interminables analyses aussi. Enfin , décidez vous. Personne ne vous retient ici.

 

Numa : Excusez moi. C’est ridicule. Je suis prêt.

 

Elisabeth. Bien . Numa Pereira, trente huit ans, séparé de sa femme Astrid depuis six ans. Deux enfants de quatorze et huit ans qui vivent chez leur mère à

Oslo mais passent la plupart de leurs vacances chez vous . Vous travaillez pour une entreprise de logiciels basée à Marseille mais vous vous déplacez fréquemment à Londres et à Lisbonne. Vous avez des liaisons amoureuses assez fréquentes avec des femmes de ces trois villes. Vous n’avez pas de problème sexuel particulier, aucune tare, aucun handicap, aucune maladie transmissible curable ou non. Vous êtes venus nous consulter pour résoudre un conflit intérieur douloureux concernant Tania Marchtchikov, quatorze ans, fille de votre ami Leonid Marchtchikov, artiste peintre et directeur de Caucase productions . Soyez clair, vous êtes amoureux de Tania et elle non, c’est cela ?

 

Numa : Elle a l’âge de ma fille et c’est la fille de mon ami.

 

Elisabeth : Avez vous eu des relations intimes avec elle ?

 

Numa : Non

 

Elisabeth :Qu’est ce qui vous en a empêchés ?

 

Numa : Elle ne le souhaite pas. Elle ne me voit pas comme ça.

 

Elisabeth : Elle vous l’a dit ?

 

Numa : Nous n’avons jamais abordé le sujet ,ni même eu un geste équivoque. Je le sais, c’est tout. Elle n’est pas de ces filles qui veulent se faire des  hommes de l’âge de leur père pour se prouver je ne sais quoi. Elle a tous les garçons qu’elle veut, elle n’est ni frustrée ni privée d’amour. En fait, elle me raconte en général toutes ses aventures. Je suis son confident,son conseiller.

 

Elisabeth : Que ressentez vous alors ?

 

Numa : A votre avis ? Quelque chose comme un combat de dragons dans mon ventre, assorti certains jours d’une espèce de nausée tout à fait intéressante du point de vue clinique.

 

Elisabeth : Qu’est ce qui vous a empêché de lui parler ?

 

Numa : Je l’aime, un point c’est tout. Je peux baiser ailleurs, ce n’est pas un problème. J’aimerais faire l’amour avec elle ,oui, mais dans faire l’amour, s’il manque l’amour de l’autre à quoi bon le faire ? Non ce n’est pas cela . C’est cet amour qui me ronge et cette impossibilité. Mais dans cette vie seulement comprenez vous ? Je suis sûr qu’il y a eu une autre vie ou nous nous sommes aimés, c’est impossible autrement, cette souffrance quand elle en aime d’autres, ce vide absolu quand elle me quitte.

 

Elisabeth :Monsieur Pereira, vous n’êtes pas le premier à aimer qui ne l’aime pas , à choisir pathologiquement des amours impossibles ou à désirer la fille de son ami.

 

Numa : Je veux ce transfert, ,je veux savoir. Peut être que tous les autres aussi,  dans une autre vie …

 

Elisabeth : C’est possible. Une dernière question. Avez vous déjà fait des expériences de remontée Karmique sous hypnose ?

 

Numa : Deux fois, l’année dernière . Ca ne suffit pas. Trop flou. Je veux un vrai séjour dans une vie ou Tania et moi nous nous sommes aimés.Je me moque du contrat social. Je peux payer. J’en veux pour mon argent. Ces guides Karmiques sont souvent des charlatans.

 

Elisabeth : Je veux, je veux…Vous n’avez pas changé,vraiment . Buvez,maintenant.

Allongez vous ici.  Le transfert va commencer d’ici peu.

 

Numa : Qu’avez vous dit ? Je savais que nous nous connaissions.

 

Elisabeth : Taisez – vous . Fixez la photo de Tania au dessus de vous.

Sinon, c’est moi que vous risquez de retrouver ailleurs . Et je ne crois pas que ce

Soit moi qui vous intéresse.

 

       µµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµ

 

 

                                 Scène 2

 

Elisabeth : Vous pouvez vous lever maintenant. Voulez vous nous parler de votre expérience ? Voici le docteur Yazid  El Hefna qui dirige le département transferts  de notre établissement. Il est l’auteur d’une thèse sur le sujet et souhaite entendre tous les détails que vous voudrez bien lui donner. Ce n’est pas une obligation bien entendu.

 

Yazid : Votre nom ne sera pas cité si nous publions un mémoire.

 

Numa :Vous ne pouvez pas savoir

 

Elisabeth :Vous l’avez retrouvée

 

Numa : Je suis Grégoire Faltreface, fils de drapier , comédien de trétaux, elle est Simonetta  Sorelli, italienne, veuve de Sandro Sorelli, les vêtements sont ceux de la Renaissance et la ville Lyon, France .

 

Elisabeth :Elle vous aime ?

 

Numa : Elle a tout quitté pour moi

 

Elisabeth : Vous êtes un romantique, finalement

 

Numa : Des heures d’un bonheur si fou que je ne peux les dire

 

Elisabeth : Vingt sept minutes exactement

 

Numa : une éternité

 

Yazid : Perceviez vous les sons ? les odeurs ? les sensations tactiles ?

 

Numa : son parfum est de vanille et de jasmin, sa voix chaude ,sa peau douce sous mes doigts et mes lèvres

 

Elisabeth : vanille et jasmin à cette époque vous êtes sûr ?

 

Numa : j’essaie de la décrire avec les mots que j’ai

 

Yazid : le décor ?

 

Numa : Une chambre assez grande, un lit, les couleurs sont des bruns ,des ocres, une touche de rose violacé, il y a un tapis au sol,non,une peau, et un feu, un feu

 

Yazid :Que faites vous ?

 

Numa : Nous nous étreignons. Ce n’est pas la première fois. Mais cette fois ci nous allons rester ensemble longtemps et une grande joie nous inonde .

 

Elisabeth : Votre histoire est un ramassis de clichés

 

Yazid :Elisabeth, qu’est ce qui te prend ? Pas de commentaires personnels.

 

Elisabeth : Franchement les humains n’ont que des fantasmes à cent sous

 

Numa :Je ne sais pas ce qu’est « cent sous », mais j’ai été heureux, plus heureux que jamais .

 

Yazid :Je vais vous chercher un questionnaire. Vous pouvez le remplir avant de partir. Vous reviendrez nous voir dans un mois pour un bilan. Nous souhaitons savoir si cette séance vous a aidé ou si une autre sera nécessaire. Allez reprendre vos affaires dans la pièce voisine. (Numa sort)

Elisabeth, j’ai réservé deux places au théâtre

 

Elisabeth : Je vais me coucher tôt

 

Yazid :Tu adorais le théâtre

 

Elisabeth : J’aime toujours

 

Yazid : J’ai envie de toi

 

Elisabeth : Si tu veux

 

Yazid : Elisabeth ça ne me suffit pas. Je te veux en entier, avec aussi ton intelligence et tes sentiments

 

Elisabeth :C’est une phase.

 

Yazid :Elle dure un peu trop

 

Elisabeth : Je vais faire de mon mieux. (Yazid sort, Numa revient.)

 

Numa : Plus heureux que jamais …

 

Elisabeth : Je n’ai jamais été ta voisine, Numa Pereira. Je suis Elisabeth Rossetti

Et nous étions ensemble à l’université. Tu es sorti avec ma copine Carla  Lopez

pendant six mois en 2005, nous étions en troisième année.

 

Numa : Carla Lopez …

 

Elisabeth : Une brune aux yeux bleus avec un voilier tatoué sur la fesse gauche et un serpent de mer à l’intérieur de la cuisse. D’un goût très sûr mais ça se faisait beaucoup à l’époque et Carla n’en ratait jamais une pour ce qui était de crocheter les hommes. Tu sais comment elle t’a eu ? C’était à un spectacle à la fac .Elle était à un bout de la pièce et toi à l’autre et elle est allé tout droit sur toi ,elle t’a plaqué au mur en te tenant les deux mains, elle a collé son corps contre le tien et elle t’a soufflé quelque chose en plein visage à propos de ce fameux serpent de mer. Tu as adoré ça.

 

Numa :Elisabeth Rossetti..

 

Elisabeth :Oh moi je me suis contentée de récupérer pour vous les cours que vous manquiez dans la contemplation de vos respectives vanités, puis de te fournir des kilos de mouchoirs quand elle t’a quitté pour un footballeur suédois,

J’aurais bien donné davantage ,mais ça ne t’intéressait même pas.

 

Numa : Comment ai-je pu t’oublier

 

Elisabeth :Comme tu as pu oublier toutes les autres

 

Numa : Il faudra qu’on se revoie

 

Elisabeth : Quand tu auras besoin de moi

 

Numa : C’est grâce à toi que j’ai retrouvé Simonetta Sorelli. Je ne l’oublierai jamais.

 

Elisabeth :Je suis Italienne, moi aussi.

 

 

 

 

 

 

 

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extrait de:         VOYAGEUSES  DES EAUX SALEES

 

 

 


Ava : celle de la mémoire

Eve : celle qui court (on entend sa voix, son souffle, mais on ne la voit peut-être pas)

Evaam : celle qui parle à son enfant mort-né

Maeva : celle qui accouche d’un enfant vivant

 

 

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PREMIER MOUVEMENT

 

Ava :

 

Elle court. Il y a une éternité qu’elle court sur cette longue route droite et plate à l’infini…. C’est comme si elle était née courant ainsi, pieds nus sans doute car ses pieds lui font mal, jambes nues car elle sent battre contre elles la jupe mouillée, déchirée. Elle n’est que ces pieds, ces jambes qui la propulsent vers l’avant, ce souffle, ce moteur, ce mouvement indispensable, cet instinct…

 
Evaam

 

Mon fils, il y a si longtemps déjà que tu as coulé comme une lave entre mes jambes pour aller mourir dans des chiffons souillés… On pourrait croire que la tête oublie.. mais le ventre, lui, n’oublie pas… Tu es si fort en moi dans ton absence que je hurle à l’intérieur chaque nuit pour essayer de te faire revenir, même si je sais que c’est impossible. Un soldat éventré sur le champ de bataille essaie de toutes ses forces de mourant de remettre dans son ventre les entrailles qu’une arbalète a répandu sur le sol noir… telle je suis, disputant aux corbeaux tes restes pitoyables, pour les enfouir de force en moi, pour te sentir encore bouger en moi, pour que tu reviennes vivre dans cette sombre caverne stérile… 

 

 

Ava , à Evaam

 

Veux tu de l’eau ? Ils ne t’ont rien laissé. Laisse moi laver ton front avec mes larmes. La pitié que de te voir ainsi dans ta cellule à demi-nue. Ta peau portera encore les marques de leurs fouets  quand monteront les premières flammes. Ton souffle est presque éteint, on se demande ce qu’ils s’obstinent à vouloir brûler, ce n’est pas ce feu là qui nous réchauffera, pauvre de nous. Pour la douleur, tu la sentiras sans doute, mais je sais que pour toi la douleur n’a plus de nom depuis que tu l’as donné à ton enfant mort. Appuie toi sur moi, repose toi un peu. Laisse aller ton corps contre le mien. Abandonne-toi.  

 

Evaam :

Je ne saurais dire qui t’a mis dans mon ventre, de notre seigneur Roland qui m’avait prise deux ou trois fois tandis que je cueillais des herbes  aux collines qui entourent le château, ou du serf Jean qui m’aimait bien et que j’aurais pu épouser si Roland ne l’avait pas emmené en guerre et laissé mort en quelque fosse anonyme. Cela n’est qu’historiette de toute façon comparé à l’histoire de mon amour pour toi, mon fils au nom de souffrance, mon fils né et mort dans ce même ventre qui n’a pas su t’y retenir assez longtemps pour que tu marches au monde. 

 

Ava

 

A gauche, des terres sèches, à droite un long grillage deux fois plus haut qu’elle, impossible à franchir. Au grillage de vieux sacs plastiques accrochés par le vent, un vieux panneau rouillé, des mots incompréhensibles….Derrière le grillage il n’y a rien et cependant quelque chose, le souvenir fantomatique d’un absurde troupeau de maisons toutes semblables semées à intervalles réguliers, des maisons mortes aux volets clos, des menaces de maisons dévorées par le temps.

Courant, elle émerge du brouillard informe de ses pensées.

 

Voix d’Eve :

 

 Eve… je m’appelle Eve… Ca je crois que c’est sûr… J’ai quinze ans… trente… cinquante… davantage peut-être… Je suis née courant ainsi, j’ai vécu dans ce souffle court, les pieds sur le goudron fondu, dans la poussière…

 

Ava, à Maeva

 

Vous vous débrouillez bien. Essayez de rester encore un peu debout. C’est mieux, pour la douleur. Respirez tranquillement. Reprenez l’exercice. Voilà, oui, c’est bien… le bassin…

Un peu plus long, le souffle... Une bougie, vous vous rappelez ? Laissez moi passer derrière vous et vous soutenir dans mes bras… là… voilà… c’est parfait. Appuyez vous sur moi… Laissez vous aller…

 

 
 
CHANSON de Maeva

 

J’ai peur de ne pas savoir

J’ai peur de ne pas pouvoir

Et pourtant

Me voici les bras ouverts

 

Autrefois, je vivais sans toi

On peut dire que je vivais bien

Des jours avec et des jours sans

Comme tout le monde

Mais enfin, je cueillais la vie

Sans trop d’angoisse

 

J’ai toujours vécu avec toi

Toi, moi dans le même corps

La même pensée, le même souffle

Je suis née avec toi dans mon ventre

Coups de tambour et frétillements de poisson

Comment te laisser nager à la surface ?

 

J’ai peur de ne pas savoir,

 j’ai peur de ne pas pouvoir

J’ai peur de ne pas vouloir

Et pourtant me voici les bras ouverts

 

Maeva

 

Je crois que je pourrais dire à quel instant exactement je l’ai conçu, par ce que l’amour n’avait jamais été aussi doux, et parce que juste après j’avais envie de pleurer et mes larmes étaient du miel salé comme le suc qui coule de mon sexe quand on sait le caresser. Je suis restée là dans ce bercement immobile au centre de mon propre corps, consciente du contact des draps plissés sur ma peau, humant avec gourmandise l’odeur de lavande qui montait des champs par la fenêtre ouverte sur une chaude nuit de juillet. Les yeux fermés j’entendais la respiration atténuée de l’homme qui est mon amant et son père et qui dormait déjà, tandis que je commençais mon tour de sentinelle.

 

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