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  • : Le blog de danielle vioux
  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 11:57
un scénario écrit pour "Impromptus littéraires"



 

Grande ville, extérieur jour. Large avenue. Lumière d’automne . Une manifestation  défile en chantant des slogans. Les manifestants sont déterminés mais plutôt joyeux. Peut être à cause du beau temps, et malgré la sincérité de leur protestation. Peut être du seul fait d’être ensemble. Peut-être parce qu’on est dans une ville du midi.

 

Joan est attablée à une terrasse de café. Elle écrit à la main dans un carnet noir relié. Elle paraît paisible, heureuse de ce moment au soleil. Elle regarde passer le défilé.

 

Une radio à l’intérieur du bar  passe un programme musical. Joan n’y fait pas attention jusqu’au moment où  elle se rend compte que la radio joue le morceau « Graceful ghost ».

 Le volume sonore augmente un peu. Joan sursaute et regarde le défilé différemment, comme si elle y cherchait quelque chose, et deux jeunes manifestants apparaissent au milieu du cortège, comme venus de nulle part. Ils se tiennent la main et s’embrassent. Joan se lève brusquement, paie et marche rapidement vers la manifestation pour les suivre. Mais ils ont disparu.

 

Joan défile avec le cortège mais elle est comme absente. Elle essaie de chanter les slogans, de sauter, de lever le poing, mais elle n’y parvient pas. On dirait qu’elle a fait tous ces gestes là dans le passé mais qu’elle n’y arrive plus. Peut être est-ce trop ancien. Peut-être qu’elle n’y croit plus. Un militant annonce dans le haut parleur  ou  le porte-voix

 

 

Le militant : Les deux cortèges se sont rejoints et nous défilons à présent côte à côte ! Nous sommes des milliers et nous sommes ensemble ! Nous chantons ensemble et il est devenu impossible de ne pas entendre notre voix !

 

 

Des cris et des chants fusent à nouveau, puis s’estompent, se brouillent, comme si plusieurs manifestations se mêlaient.  Des larmes coulent  sur le visage de Joan, qui continue à défiler en silence.

 

Soudain, elle les aperçoit à nouveau, à quelques mètres devant elle. Ils marchent , s’arrêtent, s’embrassent. Elle n’essaie pas de les rejoindre. Elle les regarde, de loin.

 

Les larmes s’arrêtent. Elle sort son téléphone, cherche un numéro, ne le trouve pas, ne semble pas étonnée. Elle a une idée. Elle sort de son sac un deuxième carnet, très vieux, cherche quelque chose, ne trouve pas. Expression de découragement. Elle semble essayer de se rappeler quelque chose. Elle sourit . Elle essaie  un  numéro de téléphone.

 

Joan : Allo……..C’est Joan. ……….Joan, oui. …………C’est moi. …….. Tu n’as pas changé de numéro…..Tu habites toujours au même endroit ? …..C’est incroyable que moi, je t’appelle ?

 

Elle rit, comme soulagée.

 

Joan : Oui, c’est vrai. ……. Où je suis ? A deux pas de chez toi, je t’expliquerai…….. Je suis revenue, oui………..Pour quelque temps….le travail……

 

La manifestation s’éloigne sans elle, et les jeunes fantômes avec elle.

 

 

Joan : Maintenant, là ? …. Pourquoi pas ?  Tu répètes ?……. Tu joues toujours, alors? ………. C’est bien…..Je ne vais pas déranger, au moins ?…. …….Bon, d’accord……..J’arrive dans cinq minutes.

 

Joan marche dans les rues. Elle semble pressée. Elle arrive à un immeuble. Elle sonne, on répond. Porte donnant sur une cour intérieure, et au fond, un deuxième bâtiment. Par une fenêtre ouverte au deuxième étage, on entend « Graceful ghost » La porte du bâtiment est ouverte, ainsi que celle de l’appartement. Elle entre, marche dans la direction de la musique, s’assied sur le canapé. Le violoniste ébauche un salut courtois. Le pianiste lui adresse un sourire rayonnant, qu’elle lui rend de même. La pièce est pleine de photos : photos de  concert, photos de la vie quotidienne……Une photo montre une manifestation,   dans les années soixante, soixante-dix et deux jeunes gens enlacés .  Les deux musiciens jouent la fin du morceau. Joan et William se sourient.

Dehors, il fait beau. Juste  deux petits nuages au milieu d’un ciel tout bleu. Au loin, on entend des cris et des chants.

 

 

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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 21:41




Ce week-end nous avons pratiquement fini le tournage de ce court métrage. ( Voir extrait du scénario dans la colonne de droite). Tournage mouvementé mais plein d'enseignements! Il reste une demi séquence à tourner dès que possible et peut être quelques plans à re-tourner .
Le film devrait être projeté en février à Salon et en mars au festival de Ventabren.
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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 15:24

Consigne: écrire sur le mot "Liberté"...



 

 

1999, d’après mes souvenirs. Ivan  et son fils Serioja passent une semaine chez nous. Ils parlent russe et allemand, je parle anglais et baragouine le russe avec un vocabulaire plus que sommaire,  dans le mépris le plus joyeux des règles de grammaire  Le reste de ma famille se contentera carrément d’un langage des signes maison et de quelques bouteilles de bon vin. La grand-mère observe avec bienveillance  et avec  la distance que lui confèrent ses quatre-vingt treize ans.  L’ambiance est très joyeuse. Nos invités sont faciles à vivre et les rires nous viennent facilement.

 

Quand nous nous promenons au marché ou dans les magasins, Ivan s’émerveille de la quantité de marchandises. Il dit que nous avons tellement de chance d’avoir tout ça, cette liberté d’acheter, de prendre, d’emporter chez soi, de posséder. Chez lui les magasins sont vides et il faut parfois la journée pour acheter à manger. Je pense aux maisons des autres personnes qui hébergent le groupe . Elles sont dix fois plus luxueuses que la nôtre, qui ressemble un peu à une grande bibliothèque mal remise d’une invasion tartare. Cependant, comparés à Ivan, nous sommes sans doute riches, avec nos salaires réguliers, même si Ivan a monté une petite entreprise modeste en plus de son travail  pour pouvoir y arriver et possède une petite isba en plus de l’appartement de location. J’essaie d’expliquer que les magasins sont pleins mais que ce qu’ils contiennent n’est pas à la portée de tous. Qu’ici c’est l’abondance mais que les différences sont énormes. Certains dépensent sans compter et d’autres ont du mal à finir le mois. Il dit : oui, oui , mais continue à regarder les étalages  avec envie.

 

Deux ans plus tard, je crois, c’est Natacha qui passe une semaine chez nous. Elle est jeune, belle et sûre d’elle. Elle travaille dans les hautes sphères et s’emploie à gravir les échelons avec détermination. Elle ne manque de rien, je pense. D’ailleurs, notre maison ne lui plait pas tellement. Elle aurait préféré rester chez ses hôtes précédents, plus jeunes, plus aisés  et plus conformes à l’idée qu’elle se fait de l’occident. Elle sourit poliment et nous faisons de même. Nous nous quittons assez soulagés.

 

Il n’y a pas de morale à cette histoire, juste des questions. Des pensées un peu enchevêtrées sur la liberté. Liberté de circulation, certes, liberté de pensée. Je ne saurais vivre heureuse sans et la souhaite évidemment à tous. Mais quelle est cette liberté qui étale insolemment ses richesses pour mieux les soustraire à certains ? Quelle est cette liberté de posséder censée nous rendre plus heureux dans une fuite en avant du toujours plus ?

 

Ces jours, ci, on lit dans les journaux des histoires de censure d’artistes, des histoires de mépris, des histoires de mensonge, des histoires de rappel aux normes. Des histoires de réécriture de l’histoire. Tout ce que nous avons reproché à certains pays dans le passé. Mais je ne devrais pas m’inquiéter, j’imagine. Tant qu’il y a des marchandises à acheter, nous ne risquons rien…..

 





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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 15:18



Pas mal de visites ici et bien peu de messages....
Me sens comme derrière une vitre.
Si vous passez par ici , n'hésitez pas à réagir par mail ( le mieux)  ou par com ; surtout la première fois ; et même si vous n'avez pas trouvé ce que vous cherchiez ; et surtout si vous souhaitez utiliser même un extrait. Cela va sans dire, et ça va mieux en le disant.

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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 12:00

Il fallait s'inspirer de cette photo:

 


-Entrez si vous y tenez, mais taisez vous !

 

Le jeune technicien avait déjà disparu. Magda avança d’un pas hésitant dans la semi-obscurité. Plus loin dans l’immense hangar toute l’équipe de Marcel Latourrière attendait dans un silence pesant le retour du metteur en scène dans les décors gigantesques d’Hannibal le rebelle. Marcel Latourrière avait décidé de reconstituer l’ambiance des films muets. Pourtant cela n’expliquait pas ce perturbant silence. Marcel Latourrière était parti à la recherche de sa star platinée et jeune maîtresse du moment, Marjorie Stevens, et ne revenait plus. Les figurants sur-maquillés semblaient des statues. L’équipe technique était comme figée autour des caméras, des perches et des projecteurs. Un vrai château de la belle au bois dormant attendant un Prince Charmant vieillissant  pour reprendre le cours normal des choses. C’est à dire un film inutile, des images prétentieuses, un dialogue inepte, et un tyran qui hurlait pour parler, sauf à sa belle. Résigné, Frédéric Portel, le premier rôle masculin, s’était assis sur les marches du temple et somnolait vaguement, tout en jetant des coups d’œil furtifs à Magda, qui dans l’ombre, saisie par l’ambiance générale, essayait d’en voir le plus possible  en ne bougeant que les yeux. .

 

La veille , Frédéric avait appelé Magda. « Vous m’avez été recommandée. J’ai  besoin de vos services. Je ne pourrai pas vous payer très cher, je suis intermittent du spectacle si vous voyez ce que je veux dire. Mais trop, c’est trop. J’ai accepté ce film ridicule parce que je n’en pouvais plus de ne pas travailler. Mais ce type est fou. Il est persuadé que les gens vont confondre son film avec la suite du « Silence des agneaux » et venir en masse. Tout ça parce qu’il a négocié les droits des exploits de Lecter  en vain et qu’on lui a fourgué ce scénario de peplum pour une bouchée de pain. Bref, sa seule idée a été de jouer la carte du pseudo film muet  et c’est bien vrai que personne n’ose moufter devant lui, vu qu’il terrorise tout le monde. »

-Je ne vois pas en quoi je peux vous être utile, répondit Magda. Votre patron est un tyran, mais a-t-il enfreint le droit du travail ? vous avez des syndicats, non ? 

-Il est trop malin pour ça. Mais je sais qu’il a caché quelque part des papiers compromettants qui prouvent son implication dans des affaires louches . Si je les trouve….

-Apparemment vous n’avez pas besoin de moi pour obtenir des résultats dans vos recherches. Comment avez  vous appris l’existence de ces papiers ?

-Marjorie….. marmonna  Frédéric

-la maîtresse de Latourrière ?

-Oui… On a eu une vague histoire il y a sept ans, à l’école d’acteurs, et on est restés en bon termes….  Je n’approuve  pas sa liaison avec l’autre fou, mais bon, chacun sa survie. Seulement elle a repéré des choses qui l’inquiètent un peu…Et moi, du coup, je m’inquiète pour elle….

 

 

Un bruissement parcourut l’assistance quand on commença à distinguer un lourd piétinement venant  du hangar contigu où l’on stockait le reste des décors et les lourdes machines articulées récupérées d’une troupe de théâtre partie vivre des jours meilleurs dans un pays où la création artistique était encore considérée comme indispensable et précieuse. ( Magda se jurait de découvrir un jour où se trouvait cet Eldorado). Un étrange équipage d’élephants  grands comme des mammouths,  de griffons menaçants, de dragons vengeurs  et  de lions géants des montagnes  entra au son de trompettes venues on ne sait d’où . Une clameur monta de l’assistance, acteurs, figurants, techniciens. Le cortège s’arrêta net devant les caméras  et le premier lion cracha par terre des restes sanguinolents et quelques os. Hurlements. Latourrière avait il pris lui même la suite de son héros Lecter et dévoré sa maîtresse ? la jeune Marjorie avait elle assassiné son amant pour le livrer aux crocs métallique d’un automate un peu perfectionné ? Magda regarda Frédéric . Il était blême. Allons bon, il n’avait quand même pas craqué sans attendre qu’elle essaie au moins de retrouver les fameux dossiers et tué son ex et le tyran d’un coup de hache Carthaginoise?

 

Soudain, Latourrière apparut couvert de sang et hilare, riant d’un rire dément. Derrière lui trottinait Marjorie une bouteille à  la main, remplie d’un liquide rouge destiné au maquillages et effets spéciaux. « Je vous ai bien eus ! » hurlait le metteur en scène en hoquetant de rire. Vous ne comprenez rien à rien ! Vous êtes tous virés ! »

-Je ne crois pas, dit la petite voie de Marjorie. Je vous quitte mais je reste sur le film, et vous aussi, et tout le monde ici aussi. Autant aller jusqu’au bout de cette nullité  et passer ensuite à autre chose. Seulement, on va renégocier les contrats. Je pense que si on multiplie les salaires par quatre ou cinq, ça devrait aller. Ca vous laisse de la marge, vu les affaires juteuses que vous avez faites depuis des années.

Latourrière  stoppa net  et se tut. Plus de rire sur son visage dégoulinant de sang factice.

 « Vi-rés, vous êtes tous vi-rés » ,martela t il. Et je vous défie de mettre vos syndicats sur l’affaire »

«  Ca dépend, murmura Marjorie avec douceur. Ce papier vous dit quelque chose ? Il y en a d’autres, bien cachés en lieu sûr »

 

 

Le tournage se termina sans encombre, contrats renégociés. Le film attira les curieux qui avaient entendu parler de la crise de folie de Latourrière, mais ne pouvait guère prétendre à plus de reconnaissance. Cependant le nouvel état des choses avait apporté une sorte de bonne humeur sans prétention à l’histoire d’Hannibal le rebelle (que Frédéric proposa en vain de rebaptiser « Marjorie la rebelle » ) et sortant de la projection avec ses nouveaux amis, Magda se dit qu’il aurait pu être bien pire.

-Les papiers étaient dans l’un des animaux, c’est cela ? demanda-t-elle

-Lui les avait cachés dans la tête du  grand griffon, où je les ai trouvés, répondit Marjorie,  et moi, ensuite, je les ai cachés dans l’avant-dernier éléphant avant de les brûler à la fin du tournage.. Il n’a même pas imaginé que je puisse choisir une cachette aussi proche de la sienne

-La défense droite était un peu de travers, c’est vrai.

-Tu as remarqué ça ? dit Frédéric ; Bravo Sherlock !

-Non, je fais juste mon intéressante. Je n’ai pas été utile à grand chose.

Frédéric jeta un coup d’œil rapide à Marjorie, qui l’enlaça. Frédéric sourit et se retourna vers Magda :

-On ne gagne pas à tous les coups ! dit-il…..mais tu peux te rattraper en étant témoin à notre mariage ! C’est moins style que détective, mais il paraît qu’il en faut…. alors !…..

 

 

 

 

 
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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 11:27


Je suis toujours à la recherche de projets passerelles... Si vous êtes musicien(ne) et qu'une des chansons sans musique vous inspire, n'hésitez pas à me contacter. Vous pouvez aussi me proposer des thèmes d'écriture.
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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 15:44
la consigne: utiliser l'expression "décrocher la lune"






Affiche du film de Georges Méliès



DECROCHER LA LUNE

 

 

« Décrocher la lune ? »

Le jeune stagiaire regardait les hommes d’un air inquiet. Les autres se retenaient pour ne pas rire. Certains frisaient l’apoplexie. Ce n’était pas tous les jours qu’on pouvait s’amuser un peu ! Le stagiaire, lui, pâlissait à vue d’oeil. Il avait le vertige avant même d’être monté à l’échelle. Il se demandait ce qu’il faisait là et regrettait avec amertume d’avoir choisi

L’entreprise  La Gagnante pour faire son stage  sur les conseils de son prof de maths et de ses parents. .

 

 La lune était une décoration en carton pâte rescapée de la fête d’Halloween. Ce soir là, l’entreprise avait autorisé tous les employés à cesser le travail trente cinq minutes plus tôt afin de se livrer à une demi-heure de joie conviviale, chapeaux de sorcières et cotillons, citrouilles en pâte à sucre, pastis, vin, bière et  petits gâteaux salés. Rien de tel pour fédérer les troupes et apaiser les rancoeurs. On avait même embauché un DJ pour assurer l’ambiance musicale et les gars du bureau d’études  de Lyon accompagnés d’un directeur des ventes et d’un directeur technique  avaient fait le déplacement en avion pour bien montrer que la hiérarchie s’intéressait à tout le personnel. Après la fête, la boite responsable de la déco avait tout remballé prestement  mais avait omis de récupérer la lune accrochée au plafond du grand hall. C’est alors que les derniers gars  passablement éméchés, qui tardaient à rentrer chez eux,  eurent cette brillante idée : demander au petit jeune de monter à la grande  échelle et  de la décrocher, car, disaient ils, le lendemain, quand le travail aurait repris, ça ferait quand même désordre, et l’équipe de Lyon avait bien souligné que sans ordre pas d’efficacité, et sans efficacité pas de profit.

 

Le stagiaire, résigné, commença à grimper sur les premiers barreaux. Il n’était resté après la fête que parce que l’un des gars devait le reconduire chez lui, assez loin en banlieue. Un , deux, trois. Il s’arrêta, regarda les hommes, qui le regardaient :  "Aaaaalleeeeeez ! " s’exclamaient-ils joyeusement pour l’encourager. Quatre, cinq, six. L’échelle trembla un peu. Cependant une ou deux voix commençaient à s’élever avec quelque discordance dans le convivial concert. Bon, ça suffit, arrêtez. La plaisanterie a assez duré. Le gamin à peur, il a peur, voilà tout. S’il a un accident, vous imaginez les conséquences ! Sept, huit, neuf. L’échelle tremblait de plus en plus, ou était ce le jeune stagiaire ? Curieusement, les voix qui le soutenaient dans son désir de ne pas monter lui donnaient le courage de monter plus haut encore. Dix, onze, douze. L’échelle commença à glisser imperceptiblement. Un cri s’éleva et les hommes n’entendirent pas la femme de ménage entrer avec l’aspirateur et les seaux. Deux hommes se précipitèrent pour tenir l’échelle. On entendit un grand soupir de soulagement.

 

Treize, quatorze, quinze, seize, dix-sept, dix huit.  Le gamin était presque en haut mais il était clair que de toute façon, l’échelle était  trop courte. Même au dernier barreau, il n’atteindrait pas la lune en carton pâte qui se balançait doucement au bout d’un fil.  Tout à coup, un bruit, et tous les regards se détournèrent. La jeune femme de ménage    avait commencé à escalader prestement l’un des murs, en s’aidant des aspérités diverses, lampes, étagères, moulures, décorations. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire elle était déjà suspendue par les pieds au plafond, décrochait la lune et , tenant le fil entre ses dents, la faisait descendre assez bas pour que le stagiaire puisse la récupérer. Il y eut un silence parfait, puis les applaudissements crépitèrent, sincères, ravis. On pouvait vraiment le dire, ceux qui étaient partis plus tôt avaient raté le meilleur de la fête !

 

« Si tu attends que j’aie fini mon travail, dit la jeune femme à l’adolescent, je te raccompagne. C’est quand même plus sûr . » Les gars  partirent un à un, en partie dégrisés par toutes ces émotions contradictoires. L’intensité du bonheur qu’ils avaient éprouvé quand la fille avait escaladé le mur et fait ses acrobaties imprévues, le sentiment que ce moment où elle avait tenu entre ses dents la décoration de carton pâte   et l’avait approchée doucement de la main tendue du stagiaire  était précieux et rare,  tout cela les troublait un peu. Ils marchaient songeurs jusqu'à leurs voitures, comme si quelque chose s’enfuyait déja, une idée qu’ils avaient été tout proches de saisir mais qui leur avait échappé, finalement.

 


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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 12:23






J'ai choisi celle ci parce qu'elle suggère un oeil, et que c'est l'oeil, justement, qui m'intéresse, le regard posé sur l'apparemment banal, le contradictoire, le curieux, le faussement ordinaire. Pour voir les autres photos, le lien est dans la colonne de gauche.
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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 18:28

Une aventure de Magda détective


Assise dans un vieux fauteuil de cuir défraîchi, Magda regardait le vieil homme allongé inerte sur le lit, vêtu d’un costume anthracite dans lequel il flottait un peu. Elle n’éprouvait aucune tristesse, malgré l’affection qu’elle lui portait, car il avait quatre-vingt-seize ans et avait eu somme toute une bonne vie, pleine d’amis, d’amours, d’engagements divers, de musique et de bons repas partagés. Son visage pâli était paisible et même presque malicieux, comme s’il avait fait une bonne blague. Magda le regardait pensive. Il essayait de lui dire quelque chose, mais quoi ?

Quelques jours plus tôt, le vieil homme lui avait téléphoné. Il ne se sentait pas très bien et souhaitait lui confier un secret. Cela avait à voir avec la famille, apparemment, la nièce qui le gardait et son mari, ainsi qu’avec une autre nièce qui semblait attendre avec hâte sa disparition. 


Le vieux Siméon avait malheureusement enterré sa femme Claudie trente ans plus tôt et le couple n’avait pas eu d’enfants. Ses deux héritières étaient ses deux nièces, Sophie la fille de son défunt frère Albert, qui logeait chez lui avec son mari Jacques depuis huit ans afin de s’occuper de lui, et Marina, la fille de son frère Raoul, qui dépensait joyeusement l’héritage de ses parents et tentait depuis longtemps de persuader le grand-oncle de lui céder la maison en viager et de partir en maison de retraite...

 

Magda se souvenait des soirées d’autrefois avec Siméon et ses amis, des gens de tous âges , extravagants, colorés, fraternels. Avec eux elle se sentait adoptée et  protégée. Ils s’intéressaient à elle et lui parlaient comme à une adulte, alors que pour ses parents elle n’était qu’une gamine dont les opinions importaient peu. Chez Siméon, la vie était une aventure permanente. On ne savait jamais si la soirée se terminerait en jam session improvisée, en sortie nocturne pour installer du land art aux alentours de la maison, ou en collage d’affiches révolutionnaires sur les murs du centre ville . Plus tard, Magda avait continué à rendre visite au vieil homme chaque fois qu’elle revenait voir ses parents. Les amis des fêtes de jadis disparaissaient un à un, mais la maison gardait comme un écho généreux de leurs voix et de leurs rires. C’était avant que Sophie vienne s’installer chez lui, quand il était apparu évident qu’il ne pouvait plus vivre seul. Sophie et son mari étaient des gens généreux mais le mari de Sophie aimait le calme. Finies les fêtes, les amis, les amours. Heureusement, Valentin, le fils de Sophie et  Jacques, s’était mis à la musique, et jouait jeux interdits avec bonne humeur et détermination à la guitare tandis que son grand-oncle l’accompagnait d'une oreille indulgente au saxophone. Un gamin sympa, Valentin. Qu’était-il devenu ?

 

Mais voici que Magda se ressaisit. Fini les rêveries. Reprenons. Siméon est mort avant de révéler son secret. Sophie dit qu’il y a un testament qui stipule que la maison lui revient puisqu’elle s’est occupée de lui , tandis que Marina clame qu’il y a un autre testament qui lui donne la maison à elle seule, puisque Sophie et Jacques en possèdent une autre où ils vivaient avant. « Mais où est le saxophone ? » se demande Magda. Jacques veut le vendre mais Sophie dit que si Valentin le veut, ce sera un souvenir de son grand-oncle. Magda sursaute. Sophie entre, justement. « Au fait, dit-elle, je ne sais pas pourquoi mais mon oncle avait toujours dit que si vous veniez, il faudrait vous faire écouter ça » . Et elle met un CD dans le lecteur. Un frisson hérisse la peau de Magda, tandis qu’à travers la voix de la chanteuse, Siméon semble s’adresser à elle. « je vous laisse écouter », dit Sophie, et elle sort.

 

« A fleur de mots je me balance
et lance un message à la mer
mon talisman, mon jour de chance
je t’invite , entre dans la danse,
le printemps vient après l’hiver »

 

Une vieille chanson que Magda aimait écouter quand elle venait chez Siméon . Une rengaine un peu sucrée sur laquelle aimaient improviser tous ces musiciens fous qui peuplaient la maison ; « Ca ne m’avance pas beaucoup » pense Magda. « Qu’est ce que tu veux, Siméon ? Que je danse autour de ton lit de mort ? » Puis elle se reprend. Une rengaine « sucrée » ? Bien sûr ! Il s’agit de ce tour de « magie » que Siméon lui faisait autrefois. Elle cherche des yeux le bocal de sucres enveloppés de papier que Siméon a toujours récupérés dans les cafés. Il est là, sur l’étagère. Le papier de deux des sucres n’a pas été recollé. Un verre d’eau à présent. Juste pour le plaisir car Magda peut déjà lire les mots sur les morceaux. Le sucre tombe dans le verre et les mots affleurent à la surface de l’eau peu à peu. " arbre"  et "cabane" .  Valentin entre. Magda reconnaît les yeux et sourire de l’enfant sur le visage de l’adulte. « Viens, dit elle. J’ai quelque chose d’important à te montrer ». Ils sortent tous deux devant les yeux ébahis de Sophie et de Jacques. En route pour le petit bois derrière la maison, leurs mains se cherchent et se trouvent en un mouvement libre et naturel.

 

Dans la cabane en haut de l’arbre il y a un paquet et le dernier testament de Siméon qui partage sa propriété entre ses deux nièces, car, dit-il, « dans sa vie il n’a jamais pu choisir entre la cigale et la fourmi », et lègue « la boite du saxophone avec tout ce qu’il y a dedans » à son petit-neveu Valentin. Dans la boite, il y a le saxophone , mais aussi des gros rouleaux de billets comme si le grand-oncle avait dévalisé une banque avant de mourir, et un billet d’avion pour deux personnes pour Salvador da Bahia, Brésil. Valentin regarde Magda. Il dit : « Autrefois tu étais trop grande pour que j’ose … » . Elle sourit : « C’est d’accord, . Je n’ai rien de prévu pour les mois à venir. Mais la guitare?…». Il dit : « J’ai appris le saxophone aussi . Une fois qu’on a commencé…»

 

« A fleur de mots je me balance
et lance un message à la mer
mon talisman, mon jour de chance
je t’invite , entre dans la danse,
le printemps vient après l’hiver ….»

 

Dans le petit bois retentit la mélodie et c’est Magda qui chante, la voix un peu serrée à cause de l’émotion, mais assez juste, et avec la certitude que ce cadeau est à cueillir et savourer comme il le mérite, c’est à dire avec passion et folie. Là bas, dans la grande maison, sur son lit, le vieux Siméon semble toujours sourire.

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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 23:35



Superbe affiche créée par Maël Galland pour une des lectures du théâtre des 1001 portes sur des textes que j'avais écrits pour un travail avec Rodia Bayginot. Je fais cette lecture avec la voix et l'acordéon de Jade Ross. Maël avait déja fait l'affiche de "Lili du marquis" il y a quelques années ainsi qu'une affiche pour "Une nuit des rois" montée au lycée  peu après. J'aime l'affiche d'autour du végétal" parce qu'elle ne cherche  pas à illustrer mais nous emmène bien plus loin encore...
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