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  • : Le blog de danielle vioux
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  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 10:01

en attendant [DVD (NTSC)]

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 21:54

Et revoici une aventure de ma journaliste/détective favorite, qui a le chic pour mener ses missions un peu à l'envers du sens commun...

Histoire écrite pour  " Impromptus littéraires" , ( en lien dans la colonne de gauche) le site atelier d'écriture qui propose un thème par semaine... Comme j'avais pris un peu de retard j'en ai traité sept d'un coup!!!! (C'est pas le titre d'un conte, ça?)

 

 

stock-photo-portrait-of-south-american-tapir-tapirus-terres.jpg

 

LE TAPIR, donc

 

Après sept semaines d’absence , (mais où la locataire du troisième était elle encore partie, se demandait la gardienne avec un rien de vertueuse réprobation )  Magda rentra chez elle pour y poser ses valises et y faire un peu de lessive. Deux lettres l’y attendaient. L’une, du magazine « La belle vie ». On lui rappelait qu’elle avait promis un article sur le vin ou plutôt une interview de Byerg Suerte, un excentrique amateur dont la cave abritait des grands crus  extrêmement rares, et que cet article aurait dû être livré  depuis longtemps. L’autre, de Suerte lui même, qui l’invitait , étrange coïncidence, à une petite fête le soir même en sa riche villa.

 

Magda prit une douche, mit une petite robe noire passe-partout, avec un vieux collier Inca et des chaussures à talons . Aussitôt elle se sentit prête à affronter  Suerte et probablement une cohorte de snobs et de milliardaires pérorant verre en main sur les difficultés auxquelles les riches de ce monde sont confrontés chaque jour  ou bien sur de vagues propositions artistiques expérimentales qu’ils se souvenaient d’avoir vues récemment. Cependant, quand elle arriva à la villa, ce fut Suerte lui même qui lui ouvrit, et il apparut très vite qu’ils étaient seuls tous les deux. « Pourquoi ce mensonge ? »  demanda Magda en le fixant délibérément droit dans les yeux, comme elle l’aurait fait pour un serpent, histoire de voir qui hypnotiserait l’autre. Suerte sourit, et Magda remarqua que ses deux canines étaient assez longues. « Une petite idée farfelue, rien de plus , dit il. Ne craignez rien. Faites moi confiance. J’aime les mises en scène, voilà tout »

 

Magda se dit que la situation avait toutes les caractéristiques de ces moments où l’instinct vous hurle de fuir au plus vite tandis que l’esprit d’aventure murmure qu’on aimerait bien rester quand même. Sans compter que la gardienne de l’immeuble, la mère de Magda et pas mal d’autres personnes l’auraient sans doute jugée inconsciente et stupide.  Mais elle prit le verre de vin que lui tendait Suerte  et tenta de se rappeler la première question qu’elle avait l’intention de lui poser pour le magazine. C’est alors qu’elle vit le tapir dans le fauteuil, au fond de la pièce. Discret mais incongru. « Mon ami Pablo », dit Suerte. « Ne vous fiez pas aux apparences. Il comprend tout, et parfois, s’il est d’humeur, il parle. » 

 

« C’est le vin », se dit Magda. « Ce doit être le vin, forcément. » Elle était à présent vêtue d’une longue robe cramoisie et le beau Byerg Suerte, car il était beau, bien sûr, souriait de toutes ses canines acérées, mais a distance raisonnable, car la table était longue, couverte de mets délicieux, et ils en étaient au septième verre de vin. La progression des arômes et des goûts était parfaite. Le discours de Suerte un enchantement. Magda passa machinalement sa main sur son cou pour vérifier qu’il était intact, car les pourpres et les carmins des vins et de la robe lui tournaient  la tête. Suerte éclata de rire . « Je n’ai plus besoin de me livrer à ces dégustations barbares, dit il. Le vin fait parfaitement  l’affaire. Il suffit de le choisir assez bon. Venez, nous allons faire un peu de musique. »  Pablo les suivit jusqu’au grand piano dans le salon adjacent, et Magda aurait juré voir le tapir sourire.

 

Suerte se mit au piano et lança quelques notes joyeuses, sol si la ré sol do mi, en guise de prélude, puis attaqua quelques standards de jazz qu’il interpréta avec une voix chaude et sombre. Magda, debout à côté du piano, le rejoignit sur « Stormy weather », qu’elle connaissait assez bien, puis sur « All of me », tout en se demandant s’il n’allait pas considérer les paroles de la chanson comme une déclaration un peu directe. Mais déjà Suerte invitait Magda à danser tandis que Pablo prenait sa place au piano en fredonnant  avec un style tout particulier. « Quelle belle fête, dit Magda un peu essoufflée, et le plus étrange c’est que sans avoir pris la moindre note je me souviens de tout ce que vous avez raconté. Pour mon article je veux dire. » «  Et  vous êtes loin de tout savoir de moi,  chuchota Suerte. »  « Eh bien, avoua Magda, c’est la première fois que je danse avec …. » « Chut, dit Suerte » « Mais je dois dire, reprit Magda, que j’ai ma part d’ombre aussi, et vous pourriez bien avoir des surprises… »

 

A l’aube, Magda et Byerg Suerte sortirent admirer le lever du soleil depuis la grande terrasse de la villa. « Il faudra revenir », dit Suerte. « Volontiers, » dit Magda   avec bonne humeur « Ces vins étaient délicieux » Suerte éclata d’un grand rire heureux et son tapir galopa joyeusement sur les vastes étendues de pelouse trempée de rosée.

 

 

 

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 19:16

thumbs_peau-d-ane-19.jpg

 

par ici la visite...

http://www.theatre-3hangars.fr/

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 20:34

 

jpg_zarafa.jpg Zarafa va renaître!

 

Je cite Radio Grenouille:

 

Du 11 au 13 juin 2010, la Canebière accueille la deuxième édition du Festival du livre, avec une trentaine d’auteurs, des libraires, des éditeurs et de nombreuses associations partenaires.
Une manifestation très grand public pilotée par l’association Couleurs Cactus, à laquelle sont associés concerts, projections de films, ateliers d’écriture et concours de nouvelles.
La coordinatrice du projet, Cécile Silvestri, nous en décrit les objectifs. Elle est accompagnée de l’auteure Danielle Vioux, participante de la manifestation, dont le programme est détaillé ici.

Fête du livre sur la Canebière

 

Programme de la manifestation

http://flc2010.over-blog.com

link ( cliquer ici ou recopier le lien ci dessus)

 

 

L'interview de Cécile Silvestri, qui avait eu la gentillesse de m'inviter ce jour là, c'est sur Radio grenouille avec le lien

http://www.grenouille888.org/dyn/spip.php?article3160

 

Je lis avec Jade Ros "Les enfants du capitaine"  vers 18 h 15 au kiosque

 

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 22:12

Mise en scène Christian Compagnon

 

 

Jonathan-Margaux.JPG

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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 23:22

(Ecrit pour "Impromptus littéraires" )

Mur.JPG

 

-Attends, je t’aide

-Tu es sûre ?

-J’y arriverai, oui

-Attends. Tiens bon. J’ai du mal. C’est trop haut.

-Essaie encore. On a le temps. Ils sont loin.

-Le chantier là bas ?

-Personne. Abandonné, le chantier.

-Les voisins ?

-Comment savoir. Ils ont peur. Ils se terrent. Il faut risquer.

-Si j’arrive à… Ca va faire une grosse pression sur tes mains.

-Pas grave. Je fais comme on nous a appris. Je tiens bon. Je suis forte.

-Ah ! Ca y est. J’ai bien failli tomber. J’y suis. Oh !

-Qu’est-ce que tu vois ?

-Incroyable !

-Dis vite ! Regarde partout. Tu les vois ?

-Là bas, loin derrière, oui. Ils cherchent. Une vingtaine.

-Il ne faut pas qu’ils te voient

-Trop occupés. Ils ont arrêté quelqu’un je crois… Non. Il s’enfuit. Ils le poursuivent… dans l’autre direction. On est tranquilles.

-Pauvre gars.

-Ne réfléchis pas. Je t’aide. Tu vas monter aussi.

-Dis moi d’abord. Ce que tu vois.

-Des cours et des cours en enfilade. Des murs et des murs à franchir. A moins que…..

-Dis vite !

-Là bas, je crois, il y a… une sorte de ruelle

-Et plus loin ?

-A l’horizon, il y a…

-Il y a ?

-Un grand vide. Le désert. Peut être une oasis. Ou un mirage.

-Je veux voir.

-Prends ma main. Comme ça, voilà….Ne lâche pas…..Tu vois…Encore un effort…. Encore… Ca y est !

- Serre moi dans tes bras. Je tremble.

-Regarde. Que vois tu, toi ?

-Je vois la liberté. Peut être. Je vois l’espoir.

-Alors, on y va.

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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 16:57

acc-photos-tango-023--DVD--NTSC--.JPG

 

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Le "Tango du poulailler" a donc été primé ce week end!   (Voir colonne de gauche, rubrique "actualités")

 

Je suis très heureuse de cet encouragement  à toute l'équipe du film, car je suis bien consciente aussi des imperfections du film dans la forme ( ma première "réalisation")

 

Fière aussi que ce soit justement ce prix là (prix "Charly Costa") étant donné la qualité des films que faisait CCosta.

 

Consciente que "Le Mazet" et " CI-Taime" ( deux films que j'ai beaucoup aimés)  méritaient au moins autant le prix, mais ils en ont eu d'autres du même niveau, alors...

 

Le jury a souhaité mettre l'accent sur le fond, le propos des films. Cela m'encourage à continuer à traiter dans les scénarios des thèmes qui me tiennent à coeur: Dire le monde, témoigner, transmettre,réfléchir, anticiper...

 

Dans notre club, "Les diamants sont éphémères" , de Damien Rizzo, a eu un prix d'encouragement, et "Comme sur des roulettes" , de Laurent et Janou Becker, qui ont maintenant ouvert leur propre club, un prix du public.

 

Tierry Dary, auteur de la musique du tango, est content aussi!

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23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 23:07
( écrit pour "Impromptus littéraires)


boue.jpg


Chaque matin, vers dix heures, je me levais de ma chaise et m’étirais avant d’aller enfiler un manteau et des bottes pour ma promenade par les chemins boueux au bord des champs encore enneigés. Je laissais à regret l’ordinateur en veille, mais c’était une discipline que je m’imposais, d’alterner ainsi les moments d’écriture et la mise en mouvement du corps que l’air glacé mordait malgré les vêtements épais. J’aimais sentir sur mon visage ce froid et cette humidité qui m’aéraient la tête et me remettaient dans la vraie vie.

 

Ce matin là, au détour du bois de Tendes, je croisai un inconnu aux  cheveux  noirs et aux yeux sombres,  vêtu d’un long  captcha de cuir  et portant un grand sac. Il me fixa longuement, me jaugea, tandis qu’il avançait vers moi. Je n’ai pas l’habitude de baisser les yeux. .Cependant je serrai plus fort mon bâton de marche, plus inquiète encore d’entendre derrière moi que l’homme s’était arrêté..

 

Je fis demi-tour, brandissant le bâton,  me demandant si je me souviendrais des mouvements que j’avais appris. Ou devrais-je partir en courant ? Ni l’une ni l’autre de ces idées ne me paraissait réaliste ou réalisable.

-Il a plu, dit l’homme.

Je m’attendais si peu à cette phrase que bêtement, toute à la pensée du roman policier que j’écrivais, je répondis

-Tant mieux, la pluie effacera les empreintes

L’homme sourit. Je me mordis les lèvres. Il n’ajouta rien, fit demi tour et reprit sa marche.

 

Je ne parvins pas à écrire un mot de plus ce jour là. Vers le soir, Je pris ma voiture pour aller faire quelques courses  à  Chavernais. Je garai  mon vieux fourgon  près de la place de la Mairie. Après avoir acheté ce dont j’avais besoin à la supérette et au tabac-journaux, j’hésitai à rentrer chez moi tout de suite. Les passants se hâtaient sous la morne lumière hivernale des lampadaires. Seuls les cafés encore ouverts promettaient chaleur et compagnie. Au lieu de cela j’entrai dans la cathédrale où une chorale répétait un spectacle pour le lendemain. Je me fis la réflexion que j’aimerais chanter moi aussi, et je restai longtemps à les écouter, comme dans un rêve.

 

Dehors , sur le parvis, je retrouvai mon inconnu du matin. Il crachait le feu pour trois ou quatre spectateurs avec la même énergie que s’il y en avait eu deux cent. La sueur coulait sur son visage noirci. Il avait un costume sans manches qui  contrastait avec nos nez rouges, nos manteaux et nos bonnets. Quelques personnes sortirent des bars pour nous rejoindre, attirés par la musique que son petit chariot déversait par les deux haut-parleurs. L’homme fit danser des massues enflammées, leur fit exécuter des tours et des saltos,  salua  l’assemblée, fit passer un chapeau. S’arrêtant devant moi à  nouveau il me fixa puis repartit vers la piste.

-Et pour finir, un petit numéro spécialement dédié à la dame que voici là bas !

Il prit un bâton de marche et  sans me quitter des yeux le fit virevolter devant, derrière, autour de lui, comme développant avec aisance et créativité le pauvre mouvement que j’avais esquissé pour me défendre  le matin au détour du bois de Tendes.

 

Le rouge qui me monta  à cet instant au visage n’était pas dû qu’au froid.

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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 19:04

C'est une "nouvelle ancienne", elle a déja été publiée sur "impromptus littéraires" il y a un an ou deux, de plus elle est dans les "pages"... j'ai un peu honte de la recycler ainsi mais je revendique le droit à la paresse...


gitan.jpg



Le samedi c’est plus tranquille. Il y a moins de monde. Je retourne au camp avec mon appareil photo . Elle est là avec les deux plus petits. Elle traverse le terrain et je ne vois qu’elle comme un soleil. L’éclair du flash. Elle lève les yeux et le soleil vire à l’orage. Pas de sourire sur son beau visage usé de fatigue. Le soleil a hâlé sa peau. Elle me fixe avec dureté sous les longues mèches de sa frange. Je ne bouge pas mais je jette des regards obliques pour voir si ses frères ou le reste de la famille sont dans les parages. Mais non, je le sais bien, ça fait des semaines que je les observe. Tout à coup je ne suis plus sûr de rien. Hier, ce matin encore, je ne pensais qu’à cette photo. Qu’à voler son image. Ou demander, peut-être. S’il vous plait, laissez moi prendre un cliché, juste un. Cliché, tu peux le dire, me nargue la petite voix dans ma tête. Cliché. Ce que tu imagines de sa vie. L’idée que tu te fais de sa pauvreté. Je lutte pied à pied avec la petite voix pendant les secondes infinies où la femme  marche vers moi,  sans lâcher les enfants. Témoigner. Ce que je veux faire. Dire l’injustice. Me battre pour que ça change, me battre avec mes photos. Tu parles. Naïf que tu es. Elle me fait face. Je ne suis pas très grand, ni très costaud. Un instant, l’ombre d’un sourire étire un peu sa bouche et fait comme une brève étincelle dans ses yeux . Je suis si troublé que je la laisse prendre l’appareil à mon cou. Je veux parler mais aucun mot ne sort. Elle a une odeur  de vanille qui me tourne la tête. Elle tient l’appareil à bout de bras et réussit je ne sais comment  à prendre une photo de nos deux visages emmêlés tandis qu’elle écrase mes lèvres avec les siennes. . Le baiser s’épanouit en coquelicot dans ma bouche. Puis elle me lâche et me rend l’appareil. Les deux petits , visage levé, contemplent la scène avec intérêt. Elle dit « Barre-toi, connard ». Et je m’enfuis, en effet, tandis qu’elle fait demi-tour comme si de rien n’était. Je cours tout au long du chemin de poussière jusqu’à la départementale où j’ai laissé ma vieille camionnette. Je cours jusqu’au labo et m’enferme avec des musiques jusqu’au moment ou dans les bacs les photos apparaissent  peu à peu. Elle avec les deux petits. Et notre baiser si mal cadré qu’on ne voit que nos mentons et des mèches de cheveux, les siens, bruns, les miens, blonds, un peu de son cou, et en arrière plan, au loin, toute la famille qui rentre en poussant de vieilles voitures d’enfant pleines de trésors dérisoires.

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 11:29
bar-2.jpg

( texte écrit pour "Impromptus littéraires" )

 Quand je suis arrivé pour prendre mon service, ils m’ont dit que finalement j’étais off cette nuit là. Ca m’a un peu énervé qu’ils me préviennent  à la dernière minute, mais bon, à part ça le boulot est plutôt peinard dans l’ensemble.  Le jour je peux aller tranquille à la fac suivre des cours ou travailler en B.U. La nuit dans mon pavillon les vieux sont assez calmes, je ne sais pas ce qu’ils leur mettent dans la soupe mais en général quand j’arrive ils sont tous au lit et je n’ai plus qu’à aller éteindre les lumières. La nuit ils ont les couches, pas besoin de les lever. Moi j’aimerais pas  trop qu’on me lange comme un vieux bébé, mais bon… L’avantage c’est que je peux dormir aussi. Cerise sur le gâteau, la chambre minuscule qui me sert de base mes nuits de surveillance m’est attribuée à plein temps, et moi franchement, cette petite cellule à peine plus grande que le lit une place, ça me suffit. Si je veux faire la fête les nuits off, je vais squatter chez des potes. Financièrement, je me débrouille comme ça.

 

Bref ce soir là c’était un peu tard pour faire des plans,  j’étais fatigué de toute façon, j’ai décidé d’aller bouquiner tranquille dans ma chambrette puis de dormir comme un ange. Ce que j’ai fait. Et va savoir pourquoi, à une heure du mat, insomnie. Je tourne et je vire, les yeux grands ouverts, il fait chaud, on est en juillet, finalement je décide d’aller faire un tour dans le parc. Et là, qu’est ce que je vois ? Une petite silhouette très décidée qui se dirige vers la sortie. Sans doute  une infirmière qui a fini son service, je me dis. Mais ce qui est bizarre, c’est  que la petite silhouette se cache dans les buissons , et quand une voiture sort du parc et ouvre le portail avec la télécommande, la petite silhouette se glisse hors des buissons et sort comme une ombre derrière la voiture.

Alors là, je commence à être vraiment intéressé, je passe par la petite porte avec ma clé, je suis la petite silhouette qui se dirige vers le centre ville quelques rues plus loin. Bon pied bon œil, on dirait. Je reconnais la petite dame qui n’est là que depuis une semaine ou deux. Sa famille l’a placée parce que, paraît-il ,elle ne fait que des bêtises. Au passage ils ont récupéré une assez belle villa. La journée, la petite dame reste tranquille sans trop parler à qui que ce soit , d’après le personnel de jour. Un modèle de petite octogénaire qui ne cause pas de problèmes à l’institution. Ou peut-être qu’ils lui mettent des calmants dans son petit déj aussi. Mais ce soir, on dirait bien qu’elle n’a pas mangé sa soupe.

 

La voilà qui se dirige vers un café ouvert, et qui entre comme en territoire conquis. De fait, debout au comptoir où j’ai commandé une bière, je la vois qui va parler à l’un et à l’autre , les gars qui jouent au billard ont l’air morts de rire à ses vannes, les jeunes à la table du fond vont lui faire la bise tandis qu’elle commande un truc qui ressemble assez , vu de loin, à un ti’ punch. Elle a quitté sa veste, et dessous elle a une jolie robe noire assez classe et un gros collier africain. Elle se passe la main dans les cheveux comme une jeunette  et flirte outrageusement avec tout un chacun. Personne ne semble étonné ou choqué. On dirait qu’elle a fréquenté ce bar tous les soirs de sa vie et c’est peut-être vrai après tout.

 

Là, je suis carrément conquis. Je vais m’asseoir à une table et j’ai l’impression d’être au cinéma. La voilà qui danse sur une musique caliente avec deux ou trois gars un peu éméchés. Puis elle se met au piano et chante un truc jazzy avec une voix tout à fait  correcte. Et tout à coup elle se lève et marche droit vers moi tandis qu’un autre client du bar prend la suite au piano pour un blues qui déchire. « Fais moi danser, Harold, » elle me dit avec une sourire à faire fondre un glacier et sauver in extrémis le Titanic. Je regarde autour de moi, vu que je m’appelle Nicolas en fait, mais c’est bien à moi qu’elle parle. Alors je me lève et on danse un slow tous les deux. «  Mon amoureux n’est pas venu ce soir, elle me dit. C’est encore sa famille qui l’aura empêché de sortir. » Je rigole franchement et elle aussi. « Pour tout dire, elle ajoute, je commence à être un peu fatiguée et je sais que tu as la clé. A mon âge, c’est un peu difficile d’escalader les murs et les portails. »

 

Alors on rentre tous les deux tranquilles à la maison de retraite. On passe par la petite porte et je la raccompagne vers sa chambre. A un moment donné on voit mon collègue qui fait sa ronde et on se cache tous les deux dans le local aux poubelles en pouffant comme des gamins.

Après, je lui fais un gros bisou et je la borde dans son lit. « Bonne nuit, Harold, elle me dit avec bonne humeur. Il faudra qu’on remette ça. » « Je m’appelle Nicolas », je dis. Mais elle ne m’écoute pas. Elle dort déjà.

 

 

 

 

 

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