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  • : Le blog de danielle vioux
  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 19:41

Respirer-encore-full-web-A4.jpg

 

Répétition publique sur invitation le dimanche 13 mars......

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Published by danielle vioux
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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 10:27

 

aigle019.gif

 

Le Théâtre des 1001 portes répète actuellement "Respirer encore", texte de Danielle Vioux, mise en scène Michèle Rochin.

Avec Jade Ros, Sandrine Gaulmin,Ali Mechoub, Jean Michel Guieu, Christophe Lancia, Danielle Vioux.

Une répétition générale ouverte au public ( nombre de places limité) est prévue le 13 mars à 18h à l'audito de l'At...rium, Salon de Provence.

Demandez votre invitation en laissant un message

Soutenez ce projet financièrement, en proposant des lieux pour l'accueillir,ou simplement par votre présence .

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 20:47

Caroline, merci pour ton message, je t'ai répondu au même endroit. Pour correspondre tu peux aussi utiliser "Contact" . Clique sur le mot en bas de la partie en haut à gauche. Je sais, ça ne se voit pas beaucoup...

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Published by danielle vioux
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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 22:41

C'est un monologue pour femme.

 

Il a été créé  à - Arcueil (Le Bahut, octobre 2000) Adaptation et Mise en scène Patrick simon-Dorr, avec Cécile Claudel  

 

Il a  fait l’objet d'une lecture (La Castellanne,Marseille)en 2001 lors de la semaine mondiale des auteurs vivants.

 

selvamfenetre-03.jpg

 

Voici le début:

 

Lucie à la fenêtre                     

 

 

Espace  vide. Sombre. On distingue à peine Lucie , debout, tenant à bout de bras un objet qui s’avère être un soutien-gorge. Lucie se balance doucement et chante . Le choix de la chanson est laissé à l’interprète mais il s’agit d’une vraie chanson chantée en entier et le mieux possible. Une suggestion : « Ca casse » (Maurane)

La chanson s’adresse très clairement au soutien-gorge, qui est en coton blanc tout simple, de petite taille, bonnets peu profonds. Lucie est vêtue de sombre, sans style particulier, des vêtements qui cachent le corps.A la fin de la chanson, la lumière est plus intense , assez chaude.

 

Lucie : ( détournant les yeux du soutien-gorge, s’adresse au public.)

             J’ai trouvé ce truc sous la table . Ca, et une bougie à  moitié consumée.

             Ce n’est pas à moi.

             Normalement, je n’aurais pas dû être là.

             Chez mes parents, j’aurais dû être.

              Seulement voilà, je suis rentrée un jour plus tôt.

            

 (Pendant le texte suivant, le soutien-gorge, comme oublié, prolonge simplement les gestes de Lucie.)

Je ne l’ai pas fait exprès, je le jure. Un concours de circonstances. J’avais conduit les enfants en Ardèche, enfin, seulement les deux derniers, parce que l’aîné, n’en parlons pas, plus question qu’il s’en aille deux mois là-bas, un mois c’est un maximum, alors il s’est trouvé un camp, un chantier international , avec ses copains du lycée . Son père l’a aidé je pense… Bref je devais rester trois jours. Et puis au bout d’un jour on s’était déjà disputées trois fois avec ma mère , et mon père m’avait fait une bonne douzaine de remarques sèches sur ma vie, mes vêtements, et les succès de mes sœurs. Avec mon père on ne peut pas se disputer parce qu’ il n’attend jamais la réponse. Il vous guillotine et puis il vous laisse toute seule avec votre tête sous le bras, débrouillez vous. Moi, je n’ai pas trouvé d’autre réponse que la fuite, depuis toujours, alors voilà, c’est ce que j’ai fait une fois de plus, j’ai fui. Un peu culpabilisée parce que les deux petits allaient rester là, entre ma mère qui crie et mon père coupeur de têtes, mais d’un autre côté ils cavalent dans la colline toute la journée et ils s’en moquent un peu .Et puis va savoir pourquoi, avec eux, il y a moins de cris, moins de sarcasmes, si j’osais je dirais :plus d’amour … si vous avez un bon microscope. 

 

(Elle roule le soutien-gorge en boule et le serre contre son cœur pendant le texte qui suit)

Ce qui m’a décidée à partir, aussi, c’est que Jérôme voulait rentrer sur Marseille et qu’il n’avait pas de voiture, alors j’ai dit d’accord, je t’emmène. En souvenir de nos quatorze ans et de la fois du jeu de dames et des câlins sous les buissons. Enfin, ça je l’ai pensé, je ne l’ai pas dit. Je ne suis plus amoureuse de Jérôme depuis longtemps mais  ça me faisait plaisir de passer un moment avec lui ; On ne s’était pas vus depuis au moins dix ans parce qu’il ne vient pas souvent voir sa famille. Mais il ne faut pas dix minutes pour que j’aie l’impression qu’on s’est quitté la veille. Il vieillit bien, Jérôme. Il a les yeux qui pétillent et un grand sourire adolescent et il est même inutile de reprendre le résumé des épisodes précédents, on peut passer directement aux histoires en cours, il comprend aussitôt, il se rappelle le nom des gens dont on a parlé il y a dix ans, il écoute vraiment. J’aimerais bien qu’on soit amis, qu’on se voie ailleurs que là bas mais….disparaître, ça aussi c’est une chose qu’il sait bien faire.. sans adresse sans rien…pendant dix ans par exemple…(elle mordille le soutien-gorge d’un air absent)   enfin bon, en est rentrés ensemble…et je l’ai déposé pas loin de Castellanne, et là… il a fait quelque chose…qu’il n’avait pas fait depuis cet été de nos quatorze ans… à croire que la phrase il l’avait lue dans ma tête… il m’a… embrassée… et il a posé sa main….et je  l’ai laissé faire… et même… et tout cela avec le sentiment que ça ne m’arrivait pas à moi….En fait, je pensais à  Christian et au plaisir incroyable que j’ai avec lui… à comment je vibre avant même qu’il ne me touche…comment je supporte tout le reste à cause de ces moments là . Quand on arrête de se déchirer et de vouloir exiger de l’autre ce qu’il ne peut pas nous donner, lui qu’il ne regarde que moi et pas seulement mon cul, je veux dire moi entière….moi et personne d’autre…et moi que j’arrête de réclamer de l’amour, que je me contente de ma petite part privilégiée de femme officielle et mère des jumeaux…que je me contente de l’amour de ses mains sur mon cul et du plaisir qui monte en moi… Enfin je pensais à Christian pendant que les mains de Jérôme…et il y avait une étrange douleur …je veux dire douceur…dans ce baiser et ces caresses…pas un plaisir violent…autre chose…j’étais comme au dessus de mon corps et de cette voiture et je regardais la scène…Et puis il m’a lâchée et il a dit quelque chose d’étrange, une espèce de proverbe, en anglais, je crois que c’était « you only have to walk  into a dark wood before …. » je ne sais plus la suite… avec son sourire et ses yeux qui pétillent et peut être une petite nostalgie en plus, va savoir…puis il est sorti de la voiture et il a pris son sac et il s’est éloigné…et de là-bas, d’assez loin en fait, il m’a crié un numéro de téléphone et naturellement je n’avais pas de stylo, et en plus je n’étais pas sûre d’avoir bien entendu …je me le suis répété et répété mais j’avais un doute…un doute.

 

(Lumière froide. Lucie défroisse le soutien-gorge et le pose devant elle, assise au sol.)

Et puis je suis rentrée et j’ai trouvé ça. Ca et une bougie à moitié consumée. Et je pouvais sentir l’odeur d’encens même pas dissipée…Et j’avais même pas besoin d’aller voir sur le lecteur de CD pour savoir ce qu’il y avait : Keith Jarrett, le concert de Cologne…et je ne pouvais pas en vouloir aux deux petits seins blancs qui logeaient normalement dans les petits bonnets de coton d’avoir craqué pour cette jolie mise en scène, moi même quinze ans plus tôt…c’est comme ça que j’ai quitté François…

 François il n’a jamais compris que je sois partie juste parce que Christian faisait brûler des bougies et de l’encens et me faisait l’amour sur la musique de Keith Jarrett et c’est vrai que dit comme ça c’était un peu dérisoire. Après tout j’avais trente ans et un enfant et j’aurais dû me rendre compte que ces histoires de mise en scène ce n’était pas la vraie vie. Mais François c’était tellement la vraie vie que j’étouffais petit à petit, jour après jour, et comment lui expliquer que j’avais envie de fuir loin de lui pour faire l’amour à la lueur des bougies sur la musique de Keith Jarret avec un type qui le reste du temps allait me tuer à coups de phrases sèches sur mon corps, ma vie, et les succès des autres femmes, toutes les autres femmes tellement plus femmes que moi , à se demander pourquoi il revient toujours, en fait, sinon parce que justement, moi, j’encaisse sans broncher les petites phrases sèches, pour qu’il ne m’abandonne pas , jamais, jamais…

 

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 17:25

Ce  bref texte de théâtre  ( protégé mais pas encore édité) écrit en 2006 a aussi une version scénario et un court métrage a été tourné en 2008 (voir article à ce sujet    Jean-Louis Kamoun joue "Jean" ).

Le texte a été écrit lors d'un marathon d'écriture à Clermont Ferrand et comme il avait été nominé, on le trouve  en entier sur le site du Petit théâtre de Vallières. ( voir liens dans la colonne de gauche ).

Représentations à déclarer à la SACD.

Cette année là, en France c'était le CPE, les bloquages de lycées, les manifestations, et quand j'ai traversé Clermont Ferrand les murs étaient couverts d'affiches.

Ces éléments se sont mêlés  aux consignes données lors du "marathon"  et à mon envie d'explorer des futurs proches possibles, de réfléchir à ce qui risquait de se durcir encore dans les problématiques déja à l'oeuvre.......comme dans d'autres textes ( "Entre salamandre et Phénix", par exemple, ou "Respirer encore", ou " Un goût de Cannelle dans la bouche",  ou la co-écriture "Bleus")

Ces derniers jours, je me suis dit que le texte avait d'autres résonnances encore

 

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Résumé.

 

Marie, Jean, Victor et Nicolas ( soixante ans environ) se sont-ils connus autrefois ? Que sont-ils venus faire dans cette salle vide près du stade ? Quels sont ces bruits de l’autre côté du mur ?

 

Ca se passe quand, au fait ? Va savoir…

 

 

 

Extrait   "Ailleurs au même instant"  ( autre extrait colonne de droite)

 

 

 Victor -  Vous chantiez dans ce groupe, il y a quarante  ans.

 

Jean - Mais enfin pourquoi il me dit « vous »,  celui là ? Il  se croit  où ? Il croit qu’on va faire quoi ? Un rendez-vous mondain ?

 

Victor -  Il y a quarante ans. Vous parliez souvent dans les grandes réunions. Et vous aviez monté ce groupe. Vous donniez des concerts pendant les grèves. Ensuite, vous avez été un peu célèbres, pendant quelque temps.

 

Jean - Un peu célèbres, voilà.

 

Nicolas - Les affiches, tu les as ?

 Marie les sort du sac

Un avion décolle. Impossible de parler.

 

Nicolas - Pas mal.

 

Jean - Pas mal ! Jamais content, alors ? Un vieux reste de la Nouvelle Police ? Tu vas voir qu’il va nous dénoncer. Je n’ai pas confiance.

 

Nicolas - Jean, je suis entré à la Nouvelle Police parce que je n’avais pas le choix. Plus de travail stable, plus de droit au chômage, deux enfants ...

 

Jean - On a toujours le choix.


Nicolas - En tout cas on est tous dans la même galère. Le décret s’applique à tous. Une somme forfaitaire pour la retraite. De quoi tenir deux, trois ans. Et après, crève.

 

Jean - Comme si je ne le savais pas.

 

Nicolas - Alors où est la différence entre toi et moi ?

 

Jean - C’est que moi, je n’ai jamais rien renié

 

Nicolas - Tu as dormi en attendant que ça se passe.

 

Marie - On a tous dormi. Maintenant on est réveillés. Et c’est l’heure de sortir. (Silence)  Et j’ai peur. Même si…

 

Victor - On a tous peur.

 

Marie - Qu’est ce qui se passe si on est tout seuls ?

 

Jean - Marie ! (Silence) Mais c’est toi qui es venu nous chercher. Qui nous a persuadés !

 

Marie - D’un seul coup, je n’y crois plus

 

Nicolas - Des groupes de cinq comme le nôtre il y en a des milliers partout. Ailleurs, au même instant, ils se préparent comme nous.

 

Marie - Ca n’a plus de sens

 

Nicolas - Ca a le sens qu’on lui donne. Dans un pays où les rassemblements ne sont autorisés que pour se divertir, c’est déjà un événement.

 

Victor -  Imagine les murs couverts d’affiches

 

Jean - Imagine juste le fait d’être ensemble dehors, pas dans un stade-discothèque  ou un visio-burger-bowling-paradise. Juste être dehors, ensemble. Tous.

 

Marie - Comme autrefois. Pour dire qu’on n’est pas d’accord. Qu’il y a forcément d’autres solutions. Que de l’argent, il y en a.

 

Jean - A propos de danse, on ne les entend plus, les jeunes.

 

Victor - Tu sais qu’il y a eu un décret qui les concerne aussi.

 

Nicolas - Un de plus.

 

Jean - Ils s’en foutent.

 

Marie -  Comment tu le saurais ? Tu en fréquentes beaucoup ? C’est toi qui t’en fous, Jean. Tu ne t’intéresses qu’à ce qui te touche, toi, personnellement.

 

Nicolas - C’est un début. On y va ?

 

Marie - Tu n’étais pas comme ça autrefois.

 

Victor - Ce bruit, qu’est ce que c’est ?

 

Marie - Des tambours. Dehors.

 

Nicolas - Je vais voir. Je reviens.

 

 ( à suivre...)

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 12:18

masque chinois

 

 

Ce texte,  (protégé mais pas encore publié.......suivez mon regard) est destiné à une troupe d'adultes voulant monter un spectacle pour jeune public à partir du collège. Il parle du monde d'aujourd'hui vu à travers une famille  qui se débrouille comme elle peu tout en essayant d'inventer la vie. Le fils aîné  a écrit sa première pièce de théâtre et tente de la monter avec les autres membres de sa famille, ce qui ne va pas sans difficultés. En même temps j'avais envie de rendre hommage à Brecht avec un sourire fraternel  (craint dégun!) . Et de manière générale à tous les auteurs qui pensent que le théâtre a cette responsabilité là aussi, parler du monde, justement. Et ce texte parle aussi de l'absence, provisoire ou définitive, de ceux qu'on aime, et de comment on se débrouille avec. Et avant tout il parle de l'urgence de vivre, mais aussi de prendre son temps.

 

Comment Kei-Ui détruisit les montagnes 

 

Les présents sur le plateau

Léo, 65 ans, retraité de l’enseignement public (il joue Kei-Ui , dans la pièce de Théo, ainsi que le Sage des montagnes et le peuple)  

Fred, son fils, 45 ans (Chang Yang le paysan, l’Empereur Lê, le peuple)

Théo, son petit-fils, 17 ans (auteur de la pièce dans la pièce, joue le chœur et Tiê Mi l’enseignant)

Nati, sa belle-fille, 40 ans, infirmière ( Li Ying la paysanne, Sang Li le médecin, le chef des pillards, le peuple)

Steve, 27 ans, un voyageur australien

 

Les absents/présents

Sylvie, 64 ans, femme de Léo, en voyage

Valère, 11 ans, frère de Théo, hospitalisé   (le jeune  Chen Gao)

 Armand, père de Léo, grand-père de Fred, arrière-grand-père de Théo, décédé un an plus tôt à l’âge de 96 ans)

 

 

 

*************************************************************************

 

 

 

Scène 1 : C’est comme ça chez nous tous les jours

 

 

 

Léo, Fred, Théo et Nati répètent une scène de la pièce de Théo. Vagues costumes chinois. Texte en main.

 

Théo ( le chœur) : Cette année là, il y eut une grande famine dans les villes.

(les autres  jouent le peuple des villes, cherchent de la nourriture et se plaignent de la faim)

Quelques  pillards se mirent à attaquer les paysans pour leur dérober de quoi manger.

Cela arriva aux oreilles de Kei-Ui, le conseiller de l’Empereur.

 

Nati / le chef des pillards (à Fred/ Chang Yang le paysan) : Nous avons faim ! Vous avez à manger pour nous tous. Donnez-nous la moitié de vos réserves. Et tant que nous y sommes, nous emporterons quelques vases et quelques tapis.

 

Fred / Chang Yang le paysan : Jamais de la vie. Vous n’avez qu’à travailler au lieu d’attendre qu’on vous nourrisse.

 

Nati / le chef des pillards : Mais nous travaillons quand nous le pouvons.

 

Fred / Chang Yang le paysan :  Nous avons tout juste assez pour nous. Pas question de partager.

 

Théo / le chœur : Cela arriva aux oreilles de Kei-Ui, le conseiller de l’Empereur.

 

Léo (Kei-Ui ) : Bonne affaire ! Je deviendrai bientôt Empereur à la place de l’Empereur.

 

Théo/ le chœur : Et en effet, quand le vieil Empereur fut malade, Kei-Ui le fourbe paya grassement un grand nombre de messagers qui s’en allèrent répandre aux quatre coins du pays la rumeur suivante : le vieil Empereur n’était plus capable de défendre le peuple contre les pillards. En revanche, lui, Kei-Ui, se faisait fort de les protéger tous et de les débarrasser des affamés qui les menaçaient.

 

Léo : le vieil Empereur Lê : Eh, attendez un peu ! Je suis encore là !

 

Le peuple : (Nati et Fred) : Vive le nouvel Empereur ! Nous n’avons plus peur ! Kei-Ui nous protègera et résoudra tous nos problèmes.

 

Léo : Excuse-moi Théo mais cette dernière phrase me paraît un peu faible. Ca sent la sitcom américaine à plein nez.

 

Théo : Mais vous êtes pénibles à la fin, on peut improviser là dessus… Kei-Ui nous donnera de beaux programmes télé, Kei-Ui nous donnera un idéal dans la vie…

 

Fred : Ce n’est pas franchement mieux.

 

Théo : L’essentiel c’est la situation. Il faut que le public comprenne la situation.

 

Nati : Ca me semble assez clair.

 

Fred : Mais pourquoi ta pièce s’appelle-t-elle « Comment Kei-Ui détruisit les montagnes ? »

 

Théo : Tu vas voir. Ca s’explique à la fin.

 

Nati : On se dépêche un peu, là, parce que je prends mon service à vingt et une heures. Fred, tu rentres de plus en plus tard.

 

Fred : Pas le choix. Si je veux garder mon boulot, faut que je finisse les projets dans les temps.

 

Léo : Ou qu’ils embauchent.

 

Fred : Rêve toujours, papa. On n’est plus dans ton monde.

 

Théo : Bon, on lit la scène suivante, donc ?

 

Nati : En vitesse, alors.

 

Théo (le chœur) Le Sage des montagnes essaya en vain d’avertir le peuple.

 

Léo / le Sage des montagnes : Peuple des campagnes, ne renoncez pas à tout ce qui fait votre vie.

 

Fred et Nati (le peuple ) : Mais nous y avons déjà renoncé ! Les choses ne sont plus comme autrefois ! Le pays n’est pas sûr ! Les pillards volent nos provisions ! Tous les jours ils sont plus nombreux. Nous devons dormir dans nos garde-manger et nous ne pouvons plus aller aux courses de chiens ou aux compétitions sportives qui faisaient notre bonheur.

 

Fred : Courses de chiens, tu es sûr ?

 

Théo : Ou quelque chose d’approchant… Je chercherai sur  wikipedia !

 

Fred  : Les anachronismes sont intéressants jusqu’à un certain point, mais c’est quand même un effet facile.

 

Théo : Oui, bon, c’est du détail, c’est la situation qui compte. On reprend ?

 

Léo / le Sage des montagnes : Kei-Ui n’a qu’une seule ambition : s’enrichir et enrichir ses proches.

 

Nati et Fred / Le peuple : Tant que nous aurons nos montagnes, nous serons riches. Nos montagnes nous protègent, c’est une vieille tradition qui le dit. Pour le reste, nous faisons confiance à Kei-Ui, il s’occupera de tout.

 

Léo : Tes métaphores sont un peu poussives.

 

Théo : Attends, tu vas voir la suite.

 

Nati : Oui, eh bien, demain peut être, parce que là j’y vais. (elle sort)

 

Fred : Et moi je vais cuisiner quelque chose. Je peux compter sur ton aide, l’artiste, où tu as une urgence d’écriture ?

 

Théo : Steve a dit qu’il nous préparait une spécialité.

 

Fred : Pas sûr d’aimer le ragoût de kangourou.

 

Léo : Toujours les clichés.

 

Fred : Oui, j’aime ça les clichés, papa. Ca me repose. ( Fred et Léo sortent.)

 

Théo : J’arrive dans deux minutes

 

 

Théo : (Au public) : C’est comme ça chez nous tous les jours. Un asile rempli de fous qui aiment la vie et  qui n’hésitent pas à jouer mes pièces de théâtre même si - comme dit mon grand-père Théo - jusqu’à nouvel ordre  Brecht a fait beaucoup mieux. Mais bon, je n’ai que dix-sept ans après tout. Et normalement, il y a deux personnes en plus. Mon petit frère Valère, qui est à l’hôpital, et ma grand-mère Sylvie qui est quelque part sur la route avec son sac à dos. Avant, il y avait aussi mon arrière-grand-père Armand, qui est mort il y a six mois. Et parfois, il y a en plus un ou plusieurs voyageurs qui dorment dans la chambre du grenier, là-haut. En ce moment, c’est Steve, un Australien qui joue du didgeridoo. Mon père, il a demandé si possible que Steve arrête de jouer quand il rentre du boulot. C’est dur pour lui là bas en ce moment dans son entreprise, alors quand il rentre, le plus qu’il puisse accepter, c’est de jouer  un petit rôle dans ma pièce. Ce qui est déjà, je trouve, une grande preuve d’amour paternel.

 

 

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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 19:30

 

Il s'agit d'un texte à jouer en atelier  ou groupe théâtre pour des enfants et des adolescents

La "porte sur l'autre pays" conduit sur une scène les personnages de cette pièce.

C'est une thématique née de mon expérience en atelier et option théâtre, et qui revient régulièrement dans ce que j'écris: l'idée que le théâtre ( et l'art en général) n'est pas un luxe mais une nécessité, et que par la pratique artistique les enfants et adolescents se construisent  et se trouvent. Il n'y a pa de miracle mais simplement des humains plus forts pour affronter la vie.

 

Ce texte n'est pas (encore?) publié

 

porte007.gif

 

 

Milou

Stef

Babou

Yazid

Marco

Anton

Sabrina

MK

Nadia

Sofi

Yoda

(Selon les possibilités, Babou peut être une fille  au lieu d’un garçon)

 

 Scène 1

 

Milou : (entre avec des planches) Marre de recevoir des ordres : (voix aigue)  « Porte ça , Milou. » (voix moyenne)  « Va acheter le pain , Milou. » (voix grave) « Jai pu d’cigarettes, Milou » »  Aucune différence. Ici, là bas.  Chez ma mère. Au foyer. A l’atelier du patron .Tout pareil la vie.

 

Stef : T’exagères. C’est pas à ce point là.(entre en traînant des tôles, ou éventuellement des plaques de lino ou de toile enduite) J’ai réussi à chtoublarver ça.

 

Milou : Tu fais trop de bruit

 

Milou essaie d’assembler des planches, en les retenant de ses main, pour voir l’effet produit

 

Stef : T’as même pas de clous

 

Milou : Ioda les apporte

 

Stef : Elle tient vraiment à ce nom ridicule ?

 

Milou : Oui, elle aime mieux ça que Janine

 

Stef : Ouais, bon..

 

Stef imite Milou, mais  avec les tôles, sans grand succès

 

Milou : Sofi apporte des cartons, il y en a plein chez son père. Yazid apporte d’autres planches. Nadia des pots de peintures.

 

Milou : Et  Babou ? Il apporte quoi Babou ? (où : Elle apporte quoi..)

 

Milou : Il porte rien, Babou. Il crie, ça il sait bien faire.

 

(voix de Babou) « Milou, il reste des planches ! viens les chercher ! »

 

 

Scène 2 

 

 

Les amoureux, enlacés, près du tas de matériaux provisoirement abandonné par Stef et Milou. Marco tire de sa poche une petite boite , en sort une paire de boucles d’oreilles, les donne à Sabrina qui les essaie.

 

Marco : Elles te vont bien

 

Sabrina : Tu me fais trop de cadeaux, mon Marco. Je ne sais même pas où tu prends l’argent.

 

Marco : Rien n’est trop beau pour toi, ma douceur.

 

Sabrina : Je t’aime mon Marco.

 

Silence.

 

Sabrina : Et pour le bébé, on fait quoi ?

 

Silence.  Entrée de Maman Krismeuss, clocharde, chargée de sacs, qui s’installe dans son endroit favori sans s’occuper d’eux)

 

Marco : Je réfléchis, ma douceur. Je réfléchis.

 

Silence. Elle sourit de toutes ses forces. Il l’embrasse, se lève, sort.

 

Chanson de Sabrina :

 

J’ai mal au cœur de toi mon bébé dans mon ventre

Ca ressemble pas tellement à ce qu’on m’avait dit

Pour le conte de fées, j’crois qu’il faudra attendre

L’père Noël m’a gâtée, mais il a mal choisi

 

J’aimais mieux les fou-rires avec les copines

J’aimais mieux les rêves  le soir dans mon lit

J’aimais mieux  le temps d’avant aujourd’hui

C’est un mauvais téléfilm

Une télé réalité de la vraie vie

J’veux sortir de l’écran

Avant que ça finisse mal

Avant que ça finisse mal

 

 

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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 12:16

 

Jazz

 

En passant sur le blog du Tadorne, 

http://www.festivalier.net/article-mes-dix-chefs-d-oeuvre-en-2010-63706107.htm

que je vous recommande,

 

j'ai trouvé un lien avec le site Marseille Face B, qui traite de la Culture à Marseille

http://www.marseille-face-b.fr/

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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 23:09

 

C'est, si l'on peut dire, la suite de "Lili", ou en tout cas la suite de la saga familiale, faite de mémoire fragmentée et de fiction inventée.

 

Ca se passe de 1937 à 1949....

 

.... boue  

 

SCENE 1

************************************************* 


1937

 

**************************************************************************

 

 

Suzon : La colère que j’avais ! Ce village, pour les vacances, passe encore, j’y avais de jolis souvenirs, mais aller y habiter pour toujours ! Autant s’enterrer directement au cimetière !

Papa, j’ai dix huit ans ! je suis bien en ville ! aller vivre là bas, autant aller s’enterrer directement au cimetière !

Oui, et autant parler à un mur ! Quand mon père avait quelque chose en tête même ma mère n’y pouvait rien. Il prenait sa retraite de gendarme, et ce serait dans son village natal. Il n’y avait plus qu’à suivre. Alors j’ai dit au revoir aux copines avec qui je rigolais après l’atelier , Marina dont les parents tenaient un café et Julie qui plaisait aux hommes, la petite Renée qui avait peur de tout et Sylvie avec son joli rire et sa façon câline de nous serrer dans ses bras.

 

Renée : tu nous écriras, dis

 

Marina : ca n’est pas juste, vraiment

 

Sylvie : ma douce tu vas nous manquer

 

Renée   ce ne sera pas pareil sans toi

 

Marina : peut être que je pourrais demander à mon père de te faire travailler au bar, tu prendrais un meublé en ville.

 

Suzon  Mon père ne voudra pas.. C’est une vraie tête de mule. Je vous écrirai les filles. Et je verrai si je peux venir me placer comme bonne l’an prochain.

 

 Sylvie : Tu crois qu’ils voudront bien ?

 

Suzon : Ca les rassurera de me savoir chez quelqu’un.

  On s’est écrit, assez régulièrement ce premier hiver. Mais ce qui m’a fait tenir, c’est la radio. 

 

La mère «(chante) « sombreros et mantilles)

 

Suzon :Ma mère adorait Rina Ketty

 

Radio : « Aqui radio Andorre ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! »

 

Suzon  Moi ce que je préférais c’était les disques demandés.

 

Radio : De la part de Robert pour sa chérie éternelle

 

Suzon :  La radio c’était la gaîté dans la maison. C’était la fenêtre sur le monde. Devant la radio je respirais . Je n’avais même plus à me cacher de mon frère Jacques comme au temps de notre enfance

 

Jacques  ( enfant) : Tu LIS ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !Je vais le dire à maman

 

Suzon : Pour ma famille, lire était  une perte de temps, un luxe de riches oisifs ou de retraités. La radio était une institution, une amie. Et puis, elle n’empêchait pas l’activité.

 

La mère : Tu as fini ton repassage ? Epluche moi donc les légumes pour la soupe.

 

Suzon : Maman ? Tu peux mettre le poste plus fort ? J’entends rien avec l’eau qui coule !

Le père : Encore ces âneries de disques demandés ! Mettez plutôt  le poste parisien, c’est l’heure des nouvelles.

 

Suzon : Mon père était un homme jovial avec ses amis et les étrangers, autoritaire et exigeant avec sa famille. Enfin je simplifie un peu , mais c’était souvent comme ça . Et je peux dire que si ma mère et lui se disputaient beaucoup, ça ne l’empêchait pas d’adresser des œillades aux dames à la première occasion. Les gens l’aimaient bien je crois. Je crois aussi que lui et ma mère n’étaient pas heureux en ménage. Alors lui, il avait les promenades à bicyclette, le café, son atelier, les longues palabres avec tous ceux qu’il rencontrait. Ma mère avait son thé, qu’elle buvait et offrait plus généreusement que toutes les anglaises d’Angleterre, et nous, et sa maison, et son jardin, et la radio

 

La mère :  Tu as mal à la tête ? je vais te faire un thé. C’est la digestion, ça.  Tu es fatiguée ? Tu veux un thé ? Ca va te  remettre d’aplomb. ne reste pas à mionner comme ça ma fille. Bois un thé et remets toi au travail. Moi j’en boirai un avec toi, ça va me donner un peu d’allant.

 

Suzon : Le soir parfois on nous laissait  veiller quand d’autres gens du village  venaient écouter les pièces radiophoniques. A cette époque là , seulement trois familles avaient la radio. Les Montgeais, évidemment. Ensuite ceux du Marquis, parce que Lili, que je ne connaissais pas encore , enfin  pas vraiment, avait dit à ses parents………………….

 

Lili : Pourquoi ne pas être curieux ?  Pourquoi n’y aurait il que les bourgeois pour avoir le confort moderne ? .Nous aussi on a envie de savoir ce qui se passe dans le monde

 

Suzon : ………………Et nous. Alors voilà, c’était comme les veillées d’avant, sauf qu’il y avait la radio en plus.

 

Radio : Musique/ Extrait de pièce radiophonique

 

Suzon : Et mes frères et moi on restait là aussi. Les hommes buvaient de la gnôle , les femmes et les enfants de l’infusion. Mes copines me manquaient, mais je commençais presque à m’habituer 

 

Une femme : Des prétentieux, avec leur radio.

 

Un homme :  Des retraités ! Je t’en donnerai moi des retraités. Est ce que j’ai une retraite moi ?

 

Une femme  Pas question que j’aille faire la veillée avec eux, même s’ils me le demandent.

 

Suzon : Et comme ça, entre la radio, ma famille, les voisins gentils et les voisins grincheux, l’hiver 37-38 a passé, et le printemps est revenu.

 

 

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Scène 2        

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     printemps       1938

 

 

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La mère. Je suis moulue. Je vais me faire un thé.

 

Suzon : Je vais à la fruitière

 

La mère : Ne tarde pas . Le souper n’est pas prêt.

 

Suzon : La  fruitière c’était un prétexte. On se retrouvait tous là , le soir, tous les jeunes du village, avec les bidons en fer-blanc, à attendre le lait mousseux. On riait et on se bousculait , on se cherchait, on se trouvait. On s’attardait autour du bassin. On chantait des chansons, on plaisantait. Les voisins ronchonnaient des protestations, des critiques, parce qu’on était bruyants et jeunes mais ils le faisaient sans colère, juste pour maintenir les traditions, et nous, on s’en tirait par une blague et on continuait de plus belle.

 

Bruit de moto pétaradante

 

Lucien : Ah voilà le Lili qui passe

 

Rose : J’irais bien à la vogue  dimanche

 

Suzon : Lili avait acheté une moto, une dollar, et les dimanches il menait les filles au bal. Sinon, on faisait facilement dix kilomètres à pied et retour, ensemble, bras-dessus  bras-dessous, sans se plaindre, pour le plaisir d’aller danser. Mais la moto, ç’était un avantage ! Lili avait pu l’acheter parce qu’à ce moment là son père avait sa retraite de cantonnier , que lui même donnait volontiers un coup de main  aux routes ou aux constructions, et que la famille avait quatre vaches, une vraie richesse . Et puis il était seul avec ses parents depuis que les trois aînés avaient fait leur vie.

 

Radio : valse musette 

 

Le père : Suzon, rentre à la maison !

 

Lili : Il y a quelqu’un ?

 

Le père : Il te faut quelque chose ?

 

Lili : J’ai acheté un bison d’essence et…

 

Suzon : Non, ce n’est pas ça, je me trompe. Je recommence.

 

Le père : Oh Lili, te voilà bien gai à siffler comme un pinson

 

Lili  siffle : Insouciante bergeronnette

                   Joli petit oiseau des cieux

 

Le père : Ils attendront bien un peu ton bidon d’esssence, chez toi. Nos meubles ont fini par arriver et j’ai besoin d’un coup de main

 

Suzon : Pendant le reste de l’après midi, ce jour là, j’ai regardé les hommes en train de décharger et de monter les meubles. J’ai  souri à Lili et lui,  il m’a souri aussi.

 

Radio : Chanson d’amour. Lili et Suzon dansent. « la java bleue »

 

La mère : Suzon tu es trop jeune !

 

Suzon : Mais je n’ai pas envie de me marier !

 

Le père : Ne t’en vas pas fauter et nous mettre tous dans l’embarras

 

La mère : Profite de la vie ! Lili a huit ans de plus que toi !

 

Le père : Il n’a pas de situation ! Si encore c’était Albert !

 

Suzon : mais Albert ne m’intéresse pas

            Albert avait encore quatre ans de plus de toute façon. Et Lili était jeune et optimiste, il dévorait la vie. Tous les deux, vraiment,  on s’est bien amusés pendant sept ans.

 

 

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 21:58

LILI DU MARQUIS

 

 

A l'origine, il y a toutes les questions que j'ai posées à mon père, la tentative de faire quelque chose de cette mémoire incomplète, ( voir extrait prologue dans la colonne de droite), le désir que ne disparaissent pas les histoires du peuple,  les histoires du passé.

 

L'envie aussi d'aborder des thèmes qui me tiennent à coeur: qu'est ce qui forme un homme?

 

Pour Lili, petit paysan savoyard, deux instrituteurs, une famiille , et les récits des rescapés de 14-18 à la veillée...

 

Théâtre des 1001 portes" a joué cette pièce en 2006-7 dans une mise en scène de Jean Louis Kamoun et envisage  de la reprendre en 2011 .

 

Texte protégé  mais  pas encore publié........à suivre


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Scène 1  (1913 à 1916) : Un pré en pente

 

(Chœur de la mémoire des arbres) 

 

Rayon de soleil -chaud- gratter tête . Bouger un peu, moitié endormi . Pousse toi, mais pousse toi donc . Coup de pied , simulacre de bagarre, sommeil , seule la haine est vraie . Ma place, ta place, toujours . Essaie un peu d’appeler maman, tu verras ce que je te ferai  . Il pleure, le plus petit des deux. Mais maman, ça, non, jamais, même si les larmes en traînées sales sur les joues, même si envie de chaud autour . Maman dehors déja sans doute, charrier l’eau , charrier le bois, des choses qu’on ne sait pas . Maman pas là, maman fait tout . Maman regarde la route , beaucoup .

 

Lever. Soupe chaude sur le poêle. Epaisse aujourd’hui . Bonne. Bol ébréché, toujours pour le petit . Coule un peu .Tant pis . Frère moyen crie, frappe. Courir vite. Se cacher. Le temps passe dans le nid odorant du foin de l’année dernière .

Sent bon . Chaud . Se rendormir  .  

 

Journée en champ les vaches, avec grande soeur, plutôt gentille , caresse un peu, gratte, mais pense à d’autres choses, sourit, pleure, sais pas, maman dispute. Grand frère calme, beaucoup parti , travaille aux routes . Rentre tard, des pièces, des sous , maman contente un peu . Frère moyen parti à l’école . Tranquille, assis dans le pré en pente avec grande soeur . Soleil, chaud , gratter tête, école bientôt aussi . Pas à côté de mon frère , je veux  . Apprendre à lire oui, mais assis tout seul .

 

En fin d’après midi un visiteur apparut au bout du chemin . L’enfant était seul avec les vaches et le chien . Il s’étonna que le chien ne montrât pas les dents à cet inconnu  . Le chien s’approcha de l’homme et le sentit soigneusement . Il ne lui fit pas fête mais retourna s’asseoir satisfait ,comme pour bien montrer qu’il était à son poste et faisait ce qu’il y avait à faire . L’homme, vêtu de manière étrange et chargé d’un sac assez lourd, ne s’arrêta que pour  laisser le chien sentir son odeur . Il repartit vers la maison, boitant un peu, sans presque regarder l’enfant  .

 

Veillée du soir . L’homme est resté . Mangé soupe, polenta , bu la gnôle .Parti pisser dehors . Maman, pourquoi il a une robe cet homme . Maman rit . C’est ton père, c’est son manteau de soldat qui lui traîne aux pieds, pour lui la guerre est finie, le revoilà . 

 

Dans la nuit la mère a gémi . L’enfant aussi , qui ne l’avait jamais entendue se plaindre ainsi dans le noir . Le frère moyen lance des coups de pied rageurs .Tais toi, mais tais toi donc .

 

Le lendemain, dans le pré en pente, l’enfant se fabriqua son premier jouet ,avec des bobines de fil de sa mère et des morceaux d’une caisse cassée . C’était un petit chariot qui ne roulait pas parce qu’il avait fixé les bobines tant bien que mal mais il apprendrait .Peut -être à l’école . L’instituteur savait sans doute faire des chariots qui roulent . En attendant il entassa dedans de l’herbe et des petits cailloux et rêva longuement d’y atteler des grenouilles ou des criquets . C’était le premier jouet de sa vie et il avait fallu qu’il le fabrique lui-même . Ce jour là, il se sentit grand .

 

Scène 2  (1919) L’école

 

 

La maîtresse, Eulalie Botrel

Une vingtaine d’enfants de six à quatorze ans

(Le premier prénom peut être remplacé par le 2e pour une distribution avec 4 femmes et 3 hommes seulement. Henriette, Séraphine, Ernestine, Lili, Albert, François, et Mlle B.)

Ou tout autre arrangement..

 

E B : J’espère que nous ferons du bon travail ensemble. Je sais que vous étiez très attachés à votre maître Monsieur Lepraz. Il a pris sa retraite et il habite maintenant chez sa fille à Moutiers. Je ferai de mon mieux pour le remplacer.

 

Ernestine : C’est votre premier poste, mademoiselle ?

 

E B : Le deuxième. J’ai commencé dans un village au dessus d’Aiguebelle.

 

Louis / Henriette:  Mon père dit qu’ils vous ont chassée de là-bas.

 

E B : Chassée ? Non. Je voulais me rapprocher de ma mère, qui habite près de Grenoble. Les enfants, pour commencer vous allez tous me dire le meilleur souvenir que vous gardez de Mr Lepraz. Par exemple, la chose la plus importante qu’il vous ait apprise.

 

Grégoire /Ernestine: Ah Mademoiselle, ça c’est trop difficile, demandez moi de vous réciter la table de sept, ça j’ai fini par y arriver.

 

E B : La table de sept on y viendra, Grégoire, non, ce que je veux maintenant c’est que vous fermiez tous les yeux une minute… voilà…maintenant pensez à monsieur Lepraz…vous voyez son visage ? Il sourit ou il est sérieux ?

 

Séraphine : Il sourit Mademoiselle 

 

Albert ( frère moyen) : Ah bien sûr, à toi il pouvait te faire des sourires, tous tes problèmes justes et pas une faute à tes dictées.

 

Gustave / Henriette: Il est sérieux mais pas en colère.

 

Lili : Il a une petite lumière dans l’œil comme quand il se retient de rire.

 

Thérèse/ Séraphine : Est-ce qu’on ne le reverra plus jamais Mademoiselle ?

 

E B : Je ne sais pas, Thérèse, peut être qu’on pourra arranger quelque chose.

N’ouvrez pas les yeux. Dites moi, maintenant. Le moment le plus important pour vous, pour chacun, de toutes ces heures avec monsieur Lepraz

 

Victor/ Henriette : Le jour où il nous a raconté Joseph Barra. Je veux être courageux. Comme lui. Mourir pour la patrie.

 

Ernestine : Jeanne d’ Arc sur le bûcher. Elle regarde en l’air vers les cieux et le feu lui brûle déjà les pieds. Elle est si belle. Vous aimez Jeanne d’Arc, Mademoiselle ?

 

E B : C’était une femme bien courageuse.

 

Louis/ Henriette : Mon père dit que Dieu l’a soutenue, en lui permettant de supporter ses souffrances, comme les chrétiens aux lions, moi c’est eux que j’ai préférés.

 

E B : je ne sais pas, Louis, elle croyait à quelque chose, certainement, et les premiers chrétiens aussi…mais il n’y a pas que Dieu pour nous aider à nous dépasser…

 

Henriette  : Vous ne croyez pas en Dieu, Mademoiselle ?

 

EB : Je ne sais pas, je vais à la messe et j’aime les cantiques ,.. mais des preuves personne n’en a jamais eu………..Mais en l’homme oui je crois….je crois en l’homme, bien sûr.

 

Lili : C’est ce que dit Anselme quand il se dispute avec mon père à la veillée et mon père dit que l’homme est mauvais et Anselme dit qu’on peut changer ça

 

François (frère aîné) : Mais tais toi donc Lili tu es trop petit pour comprendre.

 

Albert (frère moyen) : Mon petit frère, Mademoiselle, il est tellement bête que quand mon père est rentré blessé  en 1916, il ne l’a même pas reconnu et il l’a pris pour une femme !

 

E B : Ton frère avait cinq ans , Albert ,et ton père était parti depuis bien longtemps, et puis je suis sûre qu’il portait cette longue capote de soldat que ton frère ne lui avait jamais vue.

 

François : C’est vrai, Mademoiselle, et Mademoiselle, au fait, c’est moi qui remplis le poële le matin tout ce mois avec Albert, on apporte tous une bûche. Et après ce sera le tour de Thérèse et de Camille.

 

E B : Bon, je l’aurais demandé un peu plus tard.

 

Thérèse / Ernestine: Moi, mademoiselle, je veux parler du jour où Monsieur Lepraz nous a emmenés à Chambéry

 

Séraphine ; Et moi, du tour de France de deux enfants

 

Robert / Albert: Moi de la géométrie quand on fait les grandes figures au tableau

 

Clara/ François : Moi je veux dire une récitation

 

Lili : moi, quand je serai grand, je veux être instituteur et apprendre aux enfants .

 

Albert : Quand tu seras grand tu travailleras aux champs comme tout le monde et tu resteras ici toute ta vie. Et moi j’irai en ville et je travaillerai aux chemins de fer et je ne reviendrai jamais

 

Lili : Il faudrait déjà que tu aies ton certificat.

 

François : Et moi aussi, mademoiselle, il faut que je l’aie. Je veux travailler comme cantonnier avec mon père l’année prochaine et j’ai déjà échoué deux fois

 

E B : Tu l’auras, François, tu l’auras , fais moi confiance ;

 

( à suivre...)

 

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