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  • : Le blog de danielle vioux
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  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 23:30

texte écrit pour "Impromptus littéraires"

 

Jazz.jpg

 

 

Jazz

 

-Bon, m’a dit la prof, alors le concert c’est jeudi prochain, à vingt heures, on répète juste avant, disons seize heures, vous aurez vingt minutes chacun. Si les musiciens sont à l’heure, s’ils n’ont pas oublié. Qu’est ce que tu as, tu es toute pâle ?

-Vingt minutes ? Jeudi ?

- Voilà, c’est ce que j’ai dit.

-Et euh… Si je me plante, ils rattrappent ?

-Ah non, ça marche pas comme ça, pas pour une présentation d’élèves. C’est à toi de suivre. A jeudi, donc. Elle sourit. Un sourire encourageant, le sourire de la prof qui pense que peut être, disons une chance d’une sur cent, son élève la moins douée s’en tirera sans trop de dégâts. Que c’est possible, finalement. Pas complètement impossible.

 

J’ai une semaine. Je travaille tous les jours mon morceau. J’écoute enregistrement sur enregistrement. J’énerve tout le monde autour de moi. Une amie plus patiente me donne quelques conseils. De toute façon, je l’ai travaillé, ce morceau, avec ma prof. . On l’a choisi ensemble. « Happy to be here with you. » Un titre qui rassure, qui protège, qui augure d’une prestation honnête. Pas question d’improviser, on verra ça quand je serai plus sûre de moi. Pour l’instant, il faut déjà que je sache, comment dire… quand commencer et quand finir. Ce qui n’est pas rien, en jazz. Pour moi.

 

Le jour du concert, je m’assieds dans la salle avec les autres élèves. Je crois qu’on peut entendre les battements de mon cœur à dix mètres, ils doivent tous chercher où se cache le deuxième batteur  qui joue sur un tempo aussi irrégulier. Mon ventre me chante des chansons tragi-comiques et mes pieds pointent spontanément vers la sortie, je dois ressembler à un bas-relief égyptien. Je n’ai jamais eu autant envie de fuir, mais je me ressaisis, me morigène, me raisonne, ce n’est pas le bout du monde quand même de chanter « Happy to be here with you » dans une boite de jazz, devant un parterre d’autres élèves amateurs et de musiciens en formation !

 

La répétition, bien trop courte à mon goût, ne se passe pas si mal, même si ma voix n’est plus qu’un souffle quand j’annonce le morceau. Un saxophoniste maussade ( on l’a réquisitionné, ou quoi ?) joue sans me regarder, la basse et la batterie sont plutôt neutres, ou  bien élevés peut-être, le pianiste est franchement souriant, il me fait des signes très clairs quand c’est à moi, bref j’ai l’impression d’avancer en terrain défriché, même si l’accompagnement ne ressemble en rien, à mes yeux de novice, à l’enregistrement sur lequel j’ai préparé le morceau. Enfin, ma voix ne sort pas trop mal, disons que je suis à mon maximum, je me dis qu’il y a même un ou deux passages pas trop mal réussis.

 

Comme je passe en septième position, sur douze élèves, j’ai le temps de mariner dans mon angoisse qui remonte peu à peu. Ils sont tous meilleurs que moi, bien meilleurs. Je suis la honte de ce cours. Mais franchement, qu’est ce qui me pousse à me mettre dans des situations pareilles ?

 

C’est à moi ! Mon sourire   est comme collé sur ma bouche et mes jambes tremblottent un peu. Me voici sur la scène, déjà. Je regarde le pianiste, quêtant un sourire rassurant, mais il est très occupé à plaquer les premiers accords sur son clavier et ne s’occupe plus du tout de moi. Dans mon désarroi je loupe mon entrée. Mes jambes sont en coton, je commence à paniquer. La prof  me fait des signes et démarre silencieusement avec moi au prochain tour de manège. Ca y est ! Je suis sur les rails ou à peu près. Heureusement parce que le pianiste est parti sur sa propre planète  et se fait plaisir avec quelques acrobaties musicales et autres  joyeusetés du même niveau. Bon, je me maintiens à peu près. Solo du saxophone, toujours aussi maussade. Doit être sa nature. Ou sa vision du musicien maudit. Je suis tellement déprimée moi aussi qu’à nouveau je rate la reprise, et c’est reparti pour un tour, puis je me récupère. Manquerait plus que je chante faux, ce que j’évite à peu près, ou que ma voix se coince carrément, ce qui est assez limite une fois ou deux. La fin du morceau est à peu près correcte, mais j’avance sur un tel champ de ruines que j’ai la mine du soldat vaincu. Je pense qu’assez peu de gens ont été convaincus ce soir là que j’étais heureuse d’être là avec eux.

 

Je me suis quand même réinscrite au cours l’année suivante.

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Published by danielle vioux - dans créations passées
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