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  • : Le blog de danielle vioux
  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 23:07
( écrit pour "Impromptus littéraires)


boue.jpg


Chaque matin, vers dix heures, je me levais de ma chaise et m’étirais avant d’aller enfiler un manteau et des bottes pour ma promenade par les chemins boueux au bord des champs encore enneigés. Je laissais à regret l’ordinateur en veille, mais c’était une discipline que je m’imposais, d’alterner ainsi les moments d’écriture et la mise en mouvement du corps que l’air glacé mordait malgré les vêtements épais. J’aimais sentir sur mon visage ce froid et cette humidité qui m’aéraient la tête et me remettaient dans la vraie vie.

 

Ce matin là, au détour du bois de Tendes, je croisai un inconnu aux  cheveux  noirs et aux yeux sombres,  vêtu d’un long  captcha de cuir  et portant un grand sac. Il me fixa longuement, me jaugea, tandis qu’il avançait vers moi. Je n’ai pas l’habitude de baisser les yeux. .Cependant je serrai plus fort mon bâton de marche, plus inquiète encore d’entendre derrière moi que l’homme s’était arrêté..

 

Je fis demi-tour, brandissant le bâton,  me demandant si je me souviendrais des mouvements que j’avais appris. Ou devrais-je partir en courant ? Ni l’une ni l’autre de ces idées ne me paraissait réaliste ou réalisable.

-Il a plu, dit l’homme.

Je m’attendais si peu à cette phrase que bêtement, toute à la pensée du roman policier que j’écrivais, je répondis

-Tant mieux, la pluie effacera les empreintes

L’homme sourit. Je me mordis les lèvres. Il n’ajouta rien, fit demi tour et reprit sa marche.

 

Je ne parvins pas à écrire un mot de plus ce jour là. Vers le soir, Je pris ma voiture pour aller faire quelques courses  à  Chavernais. Je garai  mon vieux fourgon  près de la place de la Mairie. Après avoir acheté ce dont j’avais besoin à la supérette et au tabac-journaux, j’hésitai à rentrer chez moi tout de suite. Les passants se hâtaient sous la morne lumière hivernale des lampadaires. Seuls les cafés encore ouverts promettaient chaleur et compagnie. Au lieu de cela j’entrai dans la cathédrale où une chorale répétait un spectacle pour le lendemain. Je me fis la réflexion que j’aimerais chanter moi aussi, et je restai longtemps à les écouter, comme dans un rêve.

 

Dehors , sur le parvis, je retrouvai mon inconnu du matin. Il crachait le feu pour trois ou quatre spectateurs avec la même énergie que s’il y en avait eu deux cent. La sueur coulait sur son visage noirci. Il avait un costume sans manches qui  contrastait avec nos nez rouges, nos manteaux et nos bonnets. Quelques personnes sortirent des bars pour nous rejoindre, attirés par la musique que son petit chariot déversait par les deux haut-parleurs. L’homme fit danser des massues enflammées, leur fit exécuter des tours et des saltos,  salua  l’assemblée, fit passer un chapeau. S’arrêtant devant moi à  nouveau il me fixa puis repartit vers la piste.

-Et pour finir, un petit numéro spécialement dédié à la dame que voici là bas !

Il prit un bâton de marche et  sans me quitter des yeux le fit virevolter devant, derrière, autour de lui, comme développant avec aisance et créativité le pauvre mouvement que j’avais esquissé pour me défendre  le matin au détour du bois de Tendes.

 

Le rouge qui me monta  à cet instant au visage n’était pas dû qu’au froid.

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Published by danielle vioux - dans créations passées
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