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  • : Le blog de danielle vioux
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  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 22:41

C'est un monologue pour femme.

 

Il a été créé  à - Arcueil (Le Bahut, octobre 2000) Adaptation et Mise en scène Patrick simon-Dorr, avec Cécile Claudel  

 

Il a  fait l’objet d'une lecture (La Castellanne,Marseille)en 2001 lors de la semaine mondiale des auteurs vivants.

 

selvamfenetre-03.jpg

 

Voici le début:

 

Lucie à la fenêtre                     

 

 

Espace  vide. Sombre. On distingue à peine Lucie , debout, tenant à bout de bras un objet qui s’avère être un soutien-gorge. Lucie se balance doucement et chante . Le choix de la chanson est laissé à l’interprète mais il s’agit d’une vraie chanson chantée en entier et le mieux possible. Une suggestion : « Ca casse » (Maurane)

La chanson s’adresse très clairement au soutien-gorge, qui est en coton blanc tout simple, de petite taille, bonnets peu profonds. Lucie est vêtue de sombre, sans style particulier, des vêtements qui cachent le corps.A la fin de la chanson, la lumière est plus intense , assez chaude.

 

Lucie : ( détournant les yeux du soutien-gorge, s’adresse au public.)

             J’ai trouvé ce truc sous la table . Ca, et une bougie à  moitié consumée.

             Ce n’est pas à moi.

             Normalement, je n’aurais pas dû être là.

             Chez mes parents, j’aurais dû être.

              Seulement voilà, je suis rentrée un jour plus tôt.

            

 (Pendant le texte suivant, le soutien-gorge, comme oublié, prolonge simplement les gestes de Lucie.)

Je ne l’ai pas fait exprès, je le jure. Un concours de circonstances. J’avais conduit les enfants en Ardèche, enfin, seulement les deux derniers, parce que l’aîné, n’en parlons pas, plus question qu’il s’en aille deux mois là-bas, un mois c’est un maximum, alors il s’est trouvé un camp, un chantier international , avec ses copains du lycée . Son père l’a aidé je pense… Bref je devais rester trois jours. Et puis au bout d’un jour on s’était déjà disputées trois fois avec ma mère , et mon père m’avait fait une bonne douzaine de remarques sèches sur ma vie, mes vêtements, et les succès de mes sœurs. Avec mon père on ne peut pas se disputer parce qu’ il n’attend jamais la réponse. Il vous guillotine et puis il vous laisse toute seule avec votre tête sous le bras, débrouillez vous. Moi, je n’ai pas trouvé d’autre réponse que la fuite, depuis toujours, alors voilà, c’est ce que j’ai fait une fois de plus, j’ai fui. Un peu culpabilisée parce que les deux petits allaient rester là, entre ma mère qui crie et mon père coupeur de têtes, mais d’un autre côté ils cavalent dans la colline toute la journée et ils s’en moquent un peu .Et puis va savoir pourquoi, avec eux, il y a moins de cris, moins de sarcasmes, si j’osais je dirais :plus d’amour … si vous avez un bon microscope. 

 

(Elle roule le soutien-gorge en boule et le serre contre son cœur pendant le texte qui suit)

Ce qui m’a décidée à partir, aussi, c’est que Jérôme voulait rentrer sur Marseille et qu’il n’avait pas de voiture, alors j’ai dit d’accord, je t’emmène. En souvenir de nos quatorze ans et de la fois du jeu de dames et des câlins sous les buissons. Enfin, ça je l’ai pensé, je ne l’ai pas dit. Je ne suis plus amoureuse de Jérôme depuis longtemps mais  ça me faisait plaisir de passer un moment avec lui ; On ne s’était pas vus depuis au moins dix ans parce qu’il ne vient pas souvent voir sa famille. Mais il ne faut pas dix minutes pour que j’aie l’impression qu’on s’est quitté la veille. Il vieillit bien, Jérôme. Il a les yeux qui pétillent et un grand sourire adolescent et il est même inutile de reprendre le résumé des épisodes précédents, on peut passer directement aux histoires en cours, il comprend aussitôt, il se rappelle le nom des gens dont on a parlé il y a dix ans, il écoute vraiment. J’aimerais bien qu’on soit amis, qu’on se voie ailleurs que là bas mais….disparaître, ça aussi c’est une chose qu’il sait bien faire.. sans adresse sans rien…pendant dix ans par exemple…(elle mordille le soutien-gorge d’un air absent)   enfin bon, en est rentrés ensemble…et je l’ai déposé pas loin de Castellanne, et là… il a fait quelque chose…qu’il n’avait pas fait depuis cet été de nos quatorze ans… à croire que la phrase il l’avait lue dans ma tête… il m’a… embrassée… et il a posé sa main….et je  l’ai laissé faire… et même… et tout cela avec le sentiment que ça ne m’arrivait pas à moi….En fait, je pensais à  Christian et au plaisir incroyable que j’ai avec lui… à comment je vibre avant même qu’il ne me touche…comment je supporte tout le reste à cause de ces moments là . Quand on arrête de se déchirer et de vouloir exiger de l’autre ce qu’il ne peut pas nous donner, lui qu’il ne regarde que moi et pas seulement mon cul, je veux dire moi entière….moi et personne d’autre…et moi que j’arrête de réclamer de l’amour, que je me contente de ma petite part privilégiée de femme officielle et mère des jumeaux…que je me contente de l’amour de ses mains sur mon cul et du plaisir qui monte en moi… Enfin je pensais à Christian pendant que les mains de Jérôme…et il y avait une étrange douleur …je veux dire douceur…dans ce baiser et ces caresses…pas un plaisir violent…autre chose…j’étais comme au dessus de mon corps et de cette voiture et je regardais la scène…Et puis il m’a lâchée et il a dit quelque chose d’étrange, une espèce de proverbe, en anglais, je crois que c’était « you only have to walk  into a dark wood before …. » je ne sais plus la suite… avec son sourire et ses yeux qui pétillent et peut être une petite nostalgie en plus, va savoir…puis il est sorti de la voiture et il a pris son sac et il s’est éloigné…et de là-bas, d’assez loin en fait, il m’a crié un numéro de téléphone et naturellement je n’avais pas de stylo, et en plus je n’étais pas sûre d’avoir bien entendu …je me le suis répété et répété mais j’avais un doute…un doute.

 

(Lumière froide. Lucie défroisse le soutien-gorge et le pose devant elle, assise au sol.)

Et puis je suis rentrée et j’ai trouvé ça. Ca et une bougie à moitié consumée. Et je pouvais sentir l’odeur d’encens même pas dissipée…Et j’avais même pas besoin d’aller voir sur le lecteur de CD pour savoir ce qu’il y avait : Keith Jarrett, le concert de Cologne…et je ne pouvais pas en vouloir aux deux petits seins blancs qui logeaient normalement dans les petits bonnets de coton d’avoir craqué pour cette jolie mise en scène, moi même quinze ans plus tôt…c’est comme ça que j’ai quitté François…

 François il n’a jamais compris que je sois partie juste parce que Christian faisait brûler des bougies et de l’encens et me faisait l’amour sur la musique de Keith Jarrett et c’est vrai que dit comme ça c’était un peu dérisoire. Après tout j’avais trente ans et un enfant et j’aurais dû me rendre compte que ces histoires de mise en scène ce n’était pas la vraie vie. Mais François c’était tellement la vraie vie que j’étouffais petit à petit, jour après jour, et comment lui expliquer que j’avais envie de fuir loin de lui pour faire l’amour à la lueur des bougies sur la musique de Keith Jarret avec un type qui le reste du temps allait me tuer à coups de phrases sèches sur mon corps, ma vie, et les succès des autres femmes, toutes les autres femmes tellement plus femmes que moi , à se demander pourquoi il revient toujours, en fait, sinon parce que justement, moi, j’encaisse sans broncher les petites phrases sèches, pour qu’il ne m’abandonne pas , jamais, jamais…

 

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Published by danielle vioux - dans créations passées
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