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  • : Le blog de danielle vioux
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 22:52

 

Cette nouvelle est également un monologue pour le théâtre

 

                                          IS403-026.jpg

 

 

 

 

                            Capoeira


 

5 septembre : Hier, nous avons commencé les cours de capoeira. Le vieux m’a étonné. Vraiment. Sans compter l’état où nous sommes tous, cette vieille fatigue, et tous les examens qu’ils nous font subir tous les jours. Quand il s’est mis à chanter pour accompagner sa danse, je me suis senti rempli d’une énergie que je n’aurais jamais cru avoir. Personne ne nous a empêchés de faire notre petit jeu. Des infirmiers sont même passés en rigolant. Ils vont sans doute écrire un rapport disant qu’on est complètement dingue, mais ce n’est pas le pire qui puisse nous arriver.

 

17 septembre : Gros accès de déprime. Trois morts hier. Evacués discrètement, mais l’information passe toujours. Ca me rend fou furieux de penser à ces morts imbéciles, à cet accident qui aurait pu être évité ; sans compter qu’ils auraient pu nous avertir, je ne sais pas moi, quelque chose comme « restez chez vous », « prenez une douche ». Mais non, rien. J’ai pas envie de mourir à dix-huit ans, c’est trop bête. Le vieux a essayé de me consoler ; il taillait une longue branche de noisetier avec son « opinel », une vieillerie qu’il a toujours dans sa poche et qui lui vient de son propre grand-père. Il a dit que des accidents comme ça il en avait connu plusieurs dans sa vie, qu’on n’avait jamais réussi à obtenir des informations dignes de ce nom parce qu’ils avaient trop peur qu’on leur foute leur pouvoir en l’air, et cætera, et cætera. Si j’ai bien compris, le grand-père du vieux ne lui a pas seulement légué son opinel, mais aussi ce qu’il appelle « ses idées anarchistes ».

 

10 octobre : Avec la branche, le vieux a fabriqué une espèce d’instrument de musique, un arc avec une « calebasse » dessus (une boite de conserve, en fait). On tape avec une baguette sur le fil de fer qui tend l’arc, et la calebasse s’appuie par instants sur la poitrine du musicien pour faire caisse de résonnance. Ca donne un rythme lancinant qui ferait mourir de rire la plupart des jeunes de mon âge. Il faut bien le dire, question musique, c’est un peu la préhistoire. Mais ça m’a rappelé de vieilles cassettes que ma grand-mère me jouait quand j’étais petit. En y réfléchissant bien, elle était un peu dingue aussi cette grand-mère. Il me revient des fragments d’histoires qu’elle racontait, des voyages, tout ça. Si ça se trouve, ils se sont connus quand ils étaient jeunes, ma grand-mère et le vieux. Faudra que je lui demande.

 

21 octobre : Tout d’abord, il y a « martello », le marteau : on lance le pied face au partenaire, l’autre jambe un peu pliée pour abaisser le centre de gravité. On s’arrête à un millimètre du menton de l’autre, mais de toute façon la plupart du temps, l’autre réussit à éviter le coup, surtout quand c’est ce vieux malin de Clément (je connais son nom maintenant). Il a aussi « le ciseau » et puis « Rabo de araia », ou quelque chose comme ça. Le vieux n’est pas très sûr des noms, mais il se rappelle les mouvements avec son corps comme si c’était hier, à ce qu’il dit. Moi je trouve que c’est plutôt un combat qu’une danse, c’est d’ailleurs pour ça que ça me plait. Clément raconte qu’autrefois, au Brésil, les esclaves noirs venus d’Afrique s’entrainaient à se battre ainsi. Mais comme c’était interdit, ils faisaient comme si c’était une danse. Et ils jouaient aussi cette musique avec l’arc à la calebasse qui s’appelait « berimbau ». Comme ça, je comprends. Et vraiment, on rigole bien. Ca n’empêche pas le cafard de revenir après, quand on va faire les examens, les prises de sang, quand on a des tubes partout et qu’il faut rester sur le lit sans bouger avec des idées noires ; mais je pense à la séance du lendemain, et ça me donne du courage.

 

3 novembre : Ca peut sembler bizarre que je passe tout ce temps avec le vieux, mais je n’ai jamais été très heureux avec les jeunes de mon âge. Pas malheureux non plus je veux dire. Ils m’acceptent bien, je ne suis pas différent en apparence, je ris des mêmes blagues, j’écoute les mêmes musiques et j’ai eu une bonne quinzaine de petites amies depuis mes quatorze ans. Mais plus que tout j’aime la solitude et réfléchir à la vie, à la mort, à ce que je veux faire si je m’en sors. J’aimerais voyager mais on dirait que ça se fait de moins en moins, je suppose qu’il est plus facile et plus sûr de voir le monde sur un écran vidéo. De plus ils en passent tellement, de ces vidéodocs, qu’on a toujours une impression de déjà-vu, alors à quoi bon ?

Et puis pour ça il faudrait que j’aie de l’argent, donc que je travaille, et avec un emploi pour dix à quinze personnes je ne suis pas près d’y arriver. Autrefois, j’aimais bien l’école et je me débrouillais plutôt bien en informatique et communication, et puis d’un seul coup, tout m’a paru totalement absurde alors j’ai laissé tomber. C’était il y a un an et je n’ai toujours pas trouvé ce qui pourrait m’intéresser. Mes parents n’étaient pas contents, ils ont essayés toutes les thérapies de la planète, ils se font vraiment du souci pour moi. Enfin de toute façon, impossible de savoir s’ils sont encore en vie à l’heure qu’il est. On ne sait jamais, peut-être qu’ils sont dans un autre camp comme celui-ci, « zone à faible risque de contamination » ça s’appelle. Quand je vois le nombre de morts tous les jours, qu’est-ce que ça doit être ailleurs. Moi je crois qu’ils appellent ça comme ça pour nous remonter le moral. Quoi qu’il en soit, c’est plutôt rare. La plupart des gens restent allongés sur leur lit toute la sainte journée, devant des vidéoséries du genre «  tu m’en achètes six milles épisodes et je t’en donne soixante en prime ». C’est facile d’avoir des calmants en prétextant qu’on a mal, les infirmiers sont débordés alors ça les arrange. Parmi les «  malades » il y a un marché noir de produits divers. Je me demande comment les gens peuvent penser à faire de l’argent dans ces circonstances. Quant à Clément, il rigole et il dit : «Rien de nouveau sous le soleil ». Drôle de soleil.

 

( à suivre)

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Published by danielle vioux - dans créations passées
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