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  • : Le blog de danielle vioux
  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 15:44
la consigne: utiliser l'expression "décrocher la lune"






Affiche du film de Georges Méliès



DECROCHER LA LUNE

 

 

« Décrocher la lune ? »

Le jeune stagiaire regardait les hommes d’un air inquiet. Les autres se retenaient pour ne pas rire. Certains frisaient l’apoplexie. Ce n’était pas tous les jours qu’on pouvait s’amuser un peu ! Le stagiaire, lui, pâlissait à vue d’oeil. Il avait le vertige avant même d’être monté à l’échelle. Il se demandait ce qu’il faisait là et regrettait avec amertume d’avoir choisi

L’entreprise  La Gagnante pour faire son stage  sur les conseils de son prof de maths et de ses parents. .

 

 La lune était une décoration en carton pâte rescapée de la fête d’Halloween. Ce soir là, l’entreprise avait autorisé tous les employés à cesser le travail trente cinq minutes plus tôt afin de se livrer à une demi-heure de joie conviviale, chapeaux de sorcières et cotillons, citrouilles en pâte à sucre, pastis, vin, bière et  petits gâteaux salés. Rien de tel pour fédérer les troupes et apaiser les rancoeurs. On avait même embauché un DJ pour assurer l’ambiance musicale et les gars du bureau d’études  de Lyon accompagnés d’un directeur des ventes et d’un directeur technique  avaient fait le déplacement en avion pour bien montrer que la hiérarchie s’intéressait à tout le personnel. Après la fête, la boite responsable de la déco avait tout remballé prestement  mais avait omis de récupérer la lune accrochée au plafond du grand hall. C’est alors que les derniers gars  passablement éméchés, qui tardaient à rentrer chez eux,  eurent cette brillante idée : demander au petit jeune de monter à la grande  échelle et  de la décrocher, car, disaient ils, le lendemain, quand le travail aurait repris, ça ferait quand même désordre, et l’équipe de Lyon avait bien souligné que sans ordre pas d’efficacité, et sans efficacité pas de profit.

 

Le stagiaire, résigné, commença à grimper sur les premiers barreaux. Il n’était resté après la fête que parce que l’un des gars devait le reconduire chez lui, assez loin en banlieue. Un , deux, trois. Il s’arrêta, regarda les hommes, qui le regardaient :  "Aaaaalleeeeeez ! " s’exclamaient-ils joyeusement pour l’encourager. Quatre, cinq, six. L’échelle trembla un peu. Cependant une ou deux voix commençaient à s’élever avec quelque discordance dans le convivial concert. Bon, ça suffit, arrêtez. La plaisanterie a assez duré. Le gamin à peur, il a peur, voilà tout. S’il a un accident, vous imaginez les conséquences ! Sept, huit, neuf. L’échelle tremblait de plus en plus, ou était ce le jeune stagiaire ? Curieusement, les voix qui le soutenaient dans son désir de ne pas monter lui donnaient le courage de monter plus haut encore. Dix, onze, douze. L’échelle commença à glisser imperceptiblement. Un cri s’éleva et les hommes n’entendirent pas la femme de ménage entrer avec l’aspirateur et les seaux. Deux hommes se précipitèrent pour tenir l’échelle. On entendit un grand soupir de soulagement.

 

Treize, quatorze, quinze, seize, dix-sept, dix huit.  Le gamin était presque en haut mais il était clair que de toute façon, l’échelle était  trop courte. Même au dernier barreau, il n’atteindrait pas la lune en carton pâte qui se balançait doucement au bout d’un fil.  Tout à coup, un bruit, et tous les regards se détournèrent. La jeune femme de ménage    avait commencé à escalader prestement l’un des murs, en s’aidant des aspérités diverses, lampes, étagères, moulures, décorations. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire elle était déjà suspendue par les pieds au plafond, décrochait la lune et , tenant le fil entre ses dents, la faisait descendre assez bas pour que le stagiaire puisse la récupérer. Il y eut un silence parfait, puis les applaudissements crépitèrent, sincères, ravis. On pouvait vraiment le dire, ceux qui étaient partis plus tôt avaient raté le meilleur de la fête !

 

« Si tu attends que j’aie fini mon travail, dit la jeune femme à l’adolescent, je te raccompagne. C’est quand même plus sûr . » Les gars  partirent un à un, en partie dégrisés par toutes ces émotions contradictoires. L’intensité du bonheur qu’ils avaient éprouvé quand la fille avait escaladé le mur et fait ses acrobaties imprévues, le sentiment que ce moment où elle avait tenu entre ses dents la décoration de carton pâte   et l’avait approchée doucement de la main tendue du stagiaire  était précieux et rare,  tout cela les troublait un peu. Ils marchaient songeurs jusqu'à leurs voitures, comme si quelque chose s’enfuyait déja, une idée qu’ils avaient été tout proches de saisir mais qui leur avait échappé, finalement.

 


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Published by danielle vioux - dans créations passées
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