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  • : Le blog de danielle vioux
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  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée, Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.

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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 22:12

 

Et merci à Tom qui a pris le temps de recopier toute cette série de nouvelles pour moi dans l'ordi!  ...........................

 

 

                                       cebolinha-h [DVD (NTSC)]

 

Capoeira! ( suite)

 

 

25 novembre : Je me suis fabriqué une espèce de tambour avec une vieille poubelle dont j’ai découpé le fond. Aux extrémités, j’ai tendu de larges bandes d’adhésif industriel, en couche épaisse, jusqu’à ce que ça fasse comme une peau. Ma main gauche est nue ; à la main droite je tiens une branche avec un chiffon roulé serré à un bout. Le vieux m’a appris les rythmes, c’est plutôt facile et ça résonne dans le ventre comme un appel, quelque chose de vital, je ne peux pas mieux dire. Moi avec mon tambour et le vieux Clément avec son arc en ferraille, on fait une belle paire. On a trouvé un endroit vraiment tranquille pour s’exercer, une petite cour où personne ne vient jamais. La vie ici est un curieux mélange d’interdits et de tolérances. Avec le bruit qu’on fait, on aurait du s’attirer des remarques depuis longtemps, mais non, rien. Les infirmiers, les médecins, même les gardes, je les ai vus rigoler, mais la plupart du temps, ils font comme si on n’existait même pas. Ils nous jugent sans doute inoffensifs.

 

30 novembre : Le vieux Clément est malade. Impossible de savoir si c’est sérieux ou pas, il ne veut rien dire : mais quand je vois son regard ça m’inquiète. En tout cas, pas question d’entrainement ces derniers jours. J’ai passé de longs moments à côté de son lit. La plupart du temps il somnolait en gémissant un peu. Plusieurs fois il s’est réveillé, il m’a raconté des histoires de sa jeunesse. Il dit qu’il ne croit pas avoir connu ma grand-mère, mais qu’il aurait bien aimé. Il riait doucement, sans doute de bons souvenirs. Je lui ai demandé si le monde avait changé comme il l’avait prévu. D’après lui, malgré « les machines et les gadgets » (ses propres mots), les gens sont toujours les mêmes. Les riches sont plus riches et les pauvres plus pauvres et ce n’est même plus la mode de s’intéresser à ça. De temps en temps, ici ou là, il y a un groupe humain qui s’énerve et qui essaie de tout casser, mais dans l’ensemble on sait étouffer ce genre d’histoire assez vite. A quoi bon pleurer sur quelques milliers de morts supplémentaires dont on ne connait même pas le nom ? La plupart du temps, il y a une centaine de guerres en cours, ici ou là (de préférence là). Quand j’étais gamin je mélangeais tout en regardant la mondivision, je veux dire je ne savais jamais si c’était des films ou des séries ou alors de vraies guerres. Je fais moins d’erreurs maintenant mais j’ai toujours l’impression désagréable que, s’ils ne me consultent jamais sur le scénario, il se pourrait fort bien qu’ils me demandent un jour, contre mon gré, de faire un peu de figuration… enfin, si l’on évite les zones de combat, les attentats, les accidents routiers ou aériens, les maladies dues à la pollution, les accidents chimiques ou nucléaires de type courant, on peut espérer avoir encore assez de chance pour échapper aux rixes, aux émeutes, et aux francs-tireurs schizo-visionnaires. Dit comme ça, on peut penser que c’est un monde invivable. Ben non, même pas. Moi, j’y vivais raisonnablement content jusqu’à cette affaire. Faut dire que j’avais pas de quoi comparer. De toute façon, Clément dit que ça a toujours été un truc ou l’autre, et qu’il faut s’accrocher quand même à la vie, qu’il n’y a rien de mieux. Qu’il faut voyager, et se battre contre tout ce qui nous semble mauvais, et rire avec les amis et tomber amoureux, faire des enfants, écrire des livres, inventer des musiques. Je voudrais bien qu’il ne meure pas tout de suite. Et moi non plus, j’ai pas envie de mourir. Pas avant d’avoir tout essayé.

 

15 décembre : Clément va mieux, mais il est toujours couché. Il m’a raconté ses voyages au Brésil, les gens qu’il a connus là-bas. Son visage s’illuminait. Je ne sais pas bien ce que ces gens avaient de spécial. D’après ce qu’il dit, la situation là-bas n’était déjà pas brillante alors. Enfin, il faut croire qu’ils savaient quelque chose que lui ne savait pas, et qu’ils la lui ont apprise. Il m’a chanté tous les rythmes de berimbau en m’expliquant leur sens : celui-ci signifie « attention, le maître arrive » ; tel autre « la police poursuit un esclave en fuite ». Ca me plait, cette idée de passer des messages avec un rythme. Clément jure qu’il sera debout bientôt, et me presse de trouver d’autres partenaires pour s’entraîner avec nous : on aura la musique et la danse en même temps. Moi j’aimais bien être seul avec lui, mais tant pis, il a raison. Je vais chercher.

 

15 décembre : Il y a une fille qui est venue d’elle-même. Dans les vingt ans. Le genre qui m’aurait tétanisé sur place autrefois, mais c’est drôle, je n’ai plus de désir. De mon côté, j’ai contacté un type qui fait le ménage dans les bâtiments et, quelque fois, des tours de garde, la nuit. La trentaine sympathique, de l’humour (il en faut, ici, pour tenir le coup. J’espère au moins qu’ils le paient bien, mais j’en doute). Pour finir, il y a un gamin, d’une douzaine d’années, qui trainait tout seul depuis quelque temps et qui s’accroche à moi comme la glu. J’ai commencé à leur apprendre les attaques en attendant le retour du vieux. Ils se débrouillent bien tous les trois. Même quelques esquives un peu acrobatiques, roues, roulades et sauts en l’air, ne leur font pas peur. Mais pour le berimbau c’est moi le roi ! J’ai même fabriqué un « caxixi » avec des branches souples tressées et des graviers. J’ai inventé un rythme nouveau qui signifie : « vieux Clément tu es ma famille et je t’aime ». Je suis allé le jouer au vieux dans sa chambre, on y est allé de notre larme tous les deux. Après, on s’est raconté des histoires et on a ri. Il voulait tout savoir sur ma vie avant, sur mes amours, sur les cours de capoeira avec moi comme professeur. Plus tard, j’ai encore pleuré tout seul dans mon lit. J’avais des douleurs dans tout le corps, de la fièvre. Peut-être que c’est juste la grippe, peut-être pas. J’espère que je retrouverai mes parents, j’espère encore. J’en ai besoin pour tenir, je ne peux pas faire autrement qu’espérer.

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Published by danielle vioux - dans créations passées
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