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  • : Le blog de danielle vioux
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  • : Extraits de textes (théâtre, nouvelles, romans, fragments,poèmes, chansons) textes brefs et chroniques, Liens avec d'autres sites d'artistes croisés sur ma route. J'attends d'autres rencontres artistiques, d'autres projets, des propositions pour créer ensemble.
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  • danielle vioux
  • .J'écris pour le théâtre, et des romans, des nouvelles, des scénarios, de la poésie. J'ai enseigné l’anglais et le théâtre en lycée,  Membre du Grete ( théâtre / éducation) , Présidente des Eat Méditerranée 
Lectures, mises en espace ou mises en scène, stages.
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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 22:15

Un texte écrit pour "Impromptus littéraires"  ( lien dans la colonne de gauche): Consigne: le texte doit commencer par    "Ses doigts effilés aux ongles soignés caressaient....."

 




Les mains blanches

 

 Ses doigts effilés aux ongles soignés caressaient le contrat avec une douceur obscène. Un contrat de quarante deux pages  avec de nombreux passages en petits caractères que le vieux Bastien , assis en face de lui de l’autre côté du large bureau high-tech,ne pouvait pas lire de tout façon.. Il y avait longtemps qu’il ne pouvait plus se permettre de faire renouveler ses lunettes. « Excusez-moi, monsieur , dit-il avec douceur, mais je n’ai pas vraiment le choix, n’est ce pas ? »

 

-         On a toujours le choix, Monsieur, heu…Bastien… Lambert…

-         Il ne me reste plus rien, vous le savez bien.

-         Sans doute avez vous dépensé trop vite et sans prudence, Monsieur Lambert. Vous auriez du prendre un conseiller financier.

 

Bastien ne répondit pas. La rondeur poupine du visage de l’homme derrière le bureau contrastait avec ses longs doigts qu’on aurait dits comme neufs, aseptisés, inhumains. Le visage, orné de lunettes fines,  lui donnait l’air étonné mais roublard d’un vieil  enfant satisfait.  Bastien se rappela soudain une chanson que chantait son grand père.

 

Ils ont les mains blanches
Les mains maquillées
Ils ont les mains blanches
Par l'or elles sont souillées
Ca sent le trafic, c'est sale, c'est malsain
Voilà c'qu'on appelle un poil dans la main !


-Pardon ? dit l’homme avec une légère touche d’agressivité qu’il n’avait pas tout à fait réussi à contenir. Que chantez-vous ? Pourquoi riez-vous ?

« Je ne m’étais pas rendu compte que je chantais, dit Bastien », et l’homme crut le voir se redresser un peu, prendre confiance en lui en quelque sorte, ce qui n’était pas cohérent avec la situation, mais après tout, il retombait sans doute en enfance. « Quant à rire, ajouta Bastien paisiblement, c’est avec les chansonnettes une des dernières choses que je peux m’offrir, voyez vous. Mais finissons-en. Lisez-moi le résumé de ce contrat et je le signerai. »


L’homme lut : « Monsieur Bastien Lambert, ayant épuisé la retraite qui lui a été versée à l'âge de soixante dix ans, il y a dix ans, et ne pouvant plus subvenir à ses besoins, étant sans famille vivante, accepte de se vendre comme esclave à Monsieur  Jean Foxy-Crook, directeur de la banque Shark Ltd, lequel s’engage à le nourrir et le loger contre dix heures de menu travaux quotidiens dans sa maison de campagne, jusqu’à ce que Monsieur Lambert soit trop vieux ou trop invalide pour s’acquitter de ces travaux. Il sera ensuite dirigé vers une structure apte à gérer la situation »

 

Bastien signa et alla s’asseoir dans le hall, en attendant que l’on vienne le chercher pour le conduire chez Monsieur Foxy-Crook. Par la fenêtre il contemplait un ciel immense ou flottaient des nuages dorés par le couchant. Il songea au tableau qui ornait la salle de classe de son enfance. Un peintre Anglais dont il avait oublié le nom. Un nuage dessina un instant les traits de Rose-Marie, morte depuis quinze ans déjà, et Bastien sourit. Avec un peu de chance, il mourrait avant qu’on ait à l’emmener à l’abattoir.

 

 

 

 

 

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Published by danielle vioux - dans créations passées
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